Exaltant
Le spectacle « Les salamandres dansent » naît en 2008 au moment de la création de la Compagnie Vivre dans le feu. Le titre sous lequel Tzvetan Todorov regroupe les écrits intimes de Marina Tsvetaeva – figure reconnue aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes russes du début du xxe siècle – donne le nom à ce nouveau groupe théâtral rassemblant de jeunes artistes et ayant pour objectif la transmission des grands textes littéraires.
rois jeunes femmes cherchent à comprendre qui était la poète russe Marina Tsvetaeva au destin
si particulier… », nous annonce la présentation du spectacle. On pourrait donc s’attendre à participer à une œuvre théâtrale en chantier, en train de naître sous nos yeux. Tout au
contraire, nous assistons à une création accomplie, structurée, toute prête à bousculer le spectateur.
Le projet est très louable et fort intéressant : Louise Lévêque, Pauline Clément et Hélène Defline entreprennent une recherche poussée sur la vie et l’œuvre de Tsvetaeva, méconnue de son vivant et réhabilitée seulement en 1955, afin de la faire (re)découvrir au large public français. Amie de Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, la poète russe s’exila à l’étranger, entre autres en France, dans les années vingt. De retour en Russie à la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle fut confrontée à une hostilité oppressante qui la poussa au suicide en 1941.
Le pari (délicat !) étant de matérialiser sa parole, de rendre sa poésie physique et adaptable à une scène théâtrale. À cet égard, les trois jeunes comédiennes réussissent brillamment à incarner les propos urgents qui émanent des textes de Tsvetaeva. Par l’intermédiaire de la poésie citée, elles se questionnent sur les relations humaines, sur l’amour, la mort, la souffrance… afin de nous transmettre cette nécessité brûlante de vivre pleinement et d’exalter l’existence, à rebours de la neutralité et l’inertie de la société moderne.
C’est un beau travail scénique, engagé et esthétique, qui recourt à une scénographie subtile et mobile, conçue essentiellement à partir de livres et de photographies, qui ne cessent – dans un mouvement alternant la construction et la déconstruction – de meubler et de transformer l’espace. Ce petit espace intime de L’Aktéon sert bien le parcours poétique des comédiennes placées juste à côté du spectateur.
Dès lors, on oublie vite que le ton du spectacle est parfois trop didactique ou narratif, que le regard ainsi que certains accessoires se montrent par moments naïfs ou stéréotypés. Et, même si la partie introductive, biographique, se révèle trop longue par rapport à l’essentiel – la confrontation avec l’espace poétique –, on applaudit, le sourire aux lèvres et le cœur haut, cette création exaltante, urgente et profondément humaine. ¶
Maja Saraczyńska
Les Trois Coups
Les salamandres dansent, d’après Marina Tsvetaeva
(L’Histoire de Sonetchka, traduit par Véronique Lossky, éditions Clémence Hiver ; Vivre dans le feu, traduit par Nadine Dubourvieux, éditions Robert Laffont ; Le ciel brûle, traduit pas Pierre Léon, éditions Gallimard ; Correspondances à trois, également de Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, traduit par Lily Denis, Philippe Jaccottet et Ève Malleret, éditions Gallimard)
Compagnie Vivre dans le feu • 56, rue de la Roquette • 75011 Paris
Mise en scène : Louise Lévêque
Regards : Mattia Scarpulla
Avec : Pauline Clément, Hélène Defline, Louise Lévêque
Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris
Réservations : 01 43 38 74 62
Du 14 octobre au 7 novembre 2009 à 20 heures, du mercredi au samedi
Durée : 1 heure
16 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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