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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 18:01

La fête aux saxophones


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Après la trêve des confiseurs, les concerts reprennent au 1988 jazz club de Rennes. En ces mois d’hiver, la programmation fait la part belle aux saxophonistes, mais ils ne sont pas seuls.

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Géraldine Laurent | © Jean-François Picaut

Après un premier trimestre de fonctionnement qui lui a permis d’accueillir Brady Winterstein, Thomas Enhco, Olivier Temime, Pascal Salmon, Adrien Moignard, Rocky Gresset, Aïda Diene et Guillaume Saint-James, entre autres, le 1988 jazz club reprend les festivités avec un programme encore plus ambitieux. La programmation hivernale est très favorable aux saxophonistes, deux altistes et deux ténors, deux hommes et deux femmes, mais on y entendra aussi du piano et du chant.

C’est Géraldine Laurent, l’une des plus grandes altistes françaises et bien plus qui a ouvert le bal, le vendredi 25 janvier dernier. Elle était accompagnée de ses complices du Time Out Trio, Laurent Bataille (batterie) et Yoni Zelnik (contrebasse). Cette formation, constituée en 2006 pour la sortie de l’album qui porte le même nom, tourne régulièrement depuis tout ce temps, et cela se sent dans la cohésion et la complicité de l’ensemble. C’est heureux d’ailleurs, car le trio est une formation très exigeante et qui ne tolère pas l’à-peu-près.

Une émotion égale à celle de la voix

Le programme est composé de standards tels que Skylark (Johnny Mercer et Hoagy Carmichael), The Bridge (Sonny Rollins) ou Repeat, que les trois musiciens revisitent avec bonheur. On n’est pas ici dans la reprise mais bien dans l’interprétation. On retrouve d’abord la qualité majeure de Géraldine Laurent, un engagement total et constant, ce qui n’est guère surprenant pour cette altiste admiratrice de Sonny Rollins, le géant du ténor. Légère et même aérienne parfois, elle sait aussi enfler le son, et les raucités ne lui font pas peur. Très à l’aise dans les morceaux lents, elle peut aussi accélérer rapidement et atteindre des sommets de vélocité, faire étinceler un vibrato, détacher les notes d’un staccato avant de délivrer quelques doubles notes comme en se jouant ou terminer un morceau par quelques accents orientaux. Mais la technique est une chose et la sensibilité en est une autre. Et, sur ce point, ma préférence, est allée à Skylark, où le chant du saxophone s’emplit d’une émotion égale à celle de la voix quand ce titre est interprété par Ella Fitzgerald ou Aretha Franklin.

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Pierrick Pédron | © Jean-François Picaut

Derrière leur leader, Laurent Bataille et Yoni Zelnik ne se contentent pas d’établir la rythmique, ils composent véritablement le paysage sonore. Mais Géraldine Laurent leur laisse aussi toute leur place de solistes. C’est à ces moments qu’éclate la science rythmique de Laurent Bataille, parfois mâtinée de l’humour dont l’homme ne manque pas au naturel. Yoni Zelnik n’est pas en reste, et ses passages mélodiques où il semble embrasser, enlacer sa contrebasse comme en un tendre combat sont d’excellents moments musicaux. Belle soirée, vraiment.

Un hommage original à Monk

Le mois de février s’ouvrira en fanfare (vendredi 1er février) par un concert de Pierrick Pédron, cet altiste qui tutoie les sommets. On le retrouvera avec deux autres grands musiciens de la scène jazz, Thomas Bramerie (contrebasse) et Franck Agulhon (batterie). Ce trio de choc abordera un monstre sacré en la personne de Thelonious Monk. Le public rennais pourra goûter la performance de leur dernier album (Kubic’s Monk, chez Act), unanimement salué par la critique comme un album de jazz particulièrement rafraîchissant. On appréciera le défi relevé : rendre hommage à Monk, sans piano !

La géographie des rêves

L’album de Sophie Alour, que nous annoncions dans ces colonnes l’an passé, est désormais disponible. Cette Géographie des rêves (Naïve) est un album très original, également encensé par la critique. La saxophoniste ténor et clarinettiste, autre star de la scène jazz, y confirme pleinement ses « qualités de compositrice, d’interprète et d’arrangeuse » (Sylvain Siclier, le Monde). Pour sa prestation rennaise (vendredi 16 février), Sophie Alour sera accompagnée de Fédéric Nardin (orgue) et Frédéric Pasqua (batterie). À ne pas manquer.

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Sophie Alour | © Jean-François Picaut

Un émule de Sonny Rollins

Pour clore le mois de février, le 1988 accueillera un autre saxophoniste ténor, Ricky Ford. Celui qui eut la chance de se produire avec le Duke Ellington Orchestra et d’accompagner Mingus, Lionel Hampton, McCoy Tiner et Steve Lacy arrive précédé d’une grosse réputation. Il sera entouré par une jeune garde montante : Dexter Goldberg (piano), Fred Guesnier (contrebasse) et Marc Delouya (batterie).

Du piano, du chant et…

Les saxophonistes laisseront malgré tout un peu de place à leurs camarades d’autres disciplines. C’est ainsi que le samedi 2 février, on pourra entendre la guitare d’Erwan Boivent, bien connu en Bretagne. Le samedi suivant, 9 février, ce sera le tour d’un magnifique pianiste, Shaï Maestro, qui fut l’accompagnateur d’Avishaï Cohen et dont la presse salue le premier album en leader.

Surtout, la quatrième édition du festival Jazz à L’Étage, [voir notre reportage], verra quelques soirées se dérouler au 1988. Ce sera d’abord le jeudi 14 mars avec deux concerts. Le trio de Mina Agossi dans un répertoire plutôt blues, mais on sait que cette grande dame du chant vocal ne bride jamais son inventivité. Il faut donc s’attendre à de l’audace et à de la sensibilité. Puis, un habitué du festival, mais plutôt comme sideman, Rémi Panossian (piano), nous fera entendre son nouvel opus Bbang en trio avec Maxime Delporte (contrebasse) et Frédéric Petitprez (batterie). Ces trois-là nous arrivent tout auréolés de leurs succès à l’étranger, surtout au Japon. Enfin, il ne faudra pas négliger Sax Machine le vendredi 15 mars et la soirée D.J. du samedi 16 mars.

L’hiver promet donc d’être très chaud au 1988, ce club magnifique niché en plein centre de la ville de Rennes. Les amateurs n’auront aucune excuse pour ne pas venir profiter de l’acoustique parfaitement confortable dans ce cadre qui évoque un doux cocon, mais où l’on ne dort pas. 

Jean-François Picaut


Les rendez-vous d’hiver au 1988 jazz club de Rennes

Le 1988 jazz club • 27, place du Colombier • 35000 Rennes

Réservation : 07 86 15 09 89

Site : www.1988jazzclub.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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