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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« In girum imus nocte. » (« Nous tournons
en rond dans la nuit. »)
Dans le chapiteau-théâtre du Printemps des comédiens, Josse De Pauw fait planer cinq interprètes au‑dessus de l’Orchestre royal de chambre de Wallonie. L’image est superbe, mais la représentation s’étiole et tourne en rond.
« les Pendus » | Kurt Van der Elst
Selon le témoignage de l’auteur-metteur en scène et du compositeur Jan Kuijken, les Pendus seraient d’abord le fruit d’un désir visuel et sonore. Avant même de définir le propos de cette œuvre de théâtre musical, les deux artistes ont donc choisi de combiner leurs envies : travailler avec « un grand ensemble à cordes » et suspendre « quelques personnes au‑dessus des musiciens » *. Ils se sont ensuite nourris de réflexions sur la science, la philosophie et l’amour, forces vives de tout temps réprimées par les pouvoirs inquisiteurs. Ainsi, les personnes flottant au‑dessus des musiciens représenteraient‑elles des pendus, libres‑penseurs lynchés dans l’indifférence générale.
Ce fil narratif est développé de plusieurs manières. Dans l’espace scénique, deux acteurs ébauchent l’histoire d’un couple exécuté pour ses idées. Leurs brefs dialogues en néerlandais traitent une situation d’une grande violence sur un mode mineur et dégagé. À leurs côtés, trois artistes lyriques chantent en latin. Complétées par la voix d’un enfant diffusé en bande sonore, ces interventions scandent la représentation comme un refrain, qui en appuie les thématiques avec emphase et virtuosité. L’ensemble des textes est traduit en français, projeté et dupliqué sur un rideau de gaze qui fait écran entre la scène et la salle. Ces projections mettent les trois langues du spectacle en perspective. Déclinées en lettres rouges et blanches de grande et petite taille, elles surlignent aussi certaines formules sur le modèle du slogan militant.
Josse De Pauw et Jan Kuijken ne font aucun mystère de l’origine fortuite du spectacle : une image improbable dont l’étrangeté finit par créer du sens. C’est sûrement avec la même sincérité qu’ils revendiquent les orientations humanistes, voire politiques, qu’ils ont souhaité donner aux Pendus. Mais les prouesses techniques et la qualité de l’argument – si remarquables soient‑elles – ne garantissent en rien l’efficacité du spectacle.
De l’excès du vidéoprojecteur
Au commencement, on est frappé par l’apparition des acteurs et des chanteurs suspendus au beau milieu d’un grand volume scénique, sombre et profond. Plus encore, on est subjugué par la mise en lumière de l’orchestre, progressivement dévoilé. Mais la première partie du texte – liste laborieuse des tortures infligées aux hérétiques – est desservie par la projection de tous les termes latins, assortis de leur traduction. Bientôt couvert de mots, le rideau de gaze occulte complètement la scène. Très oppressant, trop long et peu inventif, l’effet confine à la parodie. Il est repris à d’autres moments du spectacle, pour des rendus moins caricaturaux, mais plus ou moins heureux et surtout très répétitifs.
En mettant sur un pied d’égalité la magie des propositions scéniques et la portée du travail dramaturgique, l’équipe des Pendus annonçait le meilleur. Nos attentes sont largement déçues par un dispositif sous-exploité, qui entrave les artistes plus qu’il ne les révèle, et par des séquences systématiques, où les textes chantés, parlés et projetés se télescopent sans surprise. Dès lors, on voudrait faire abstraction de tout ce qui entoure les musiciens pour entendre la composition de Jan Kuijken, mais d’histoires de pendus, non plus. ¶
Delphine Padovani
Les Trois Coups
* Propos extraits d’une interview réalisée par Évelyne Coussens en janvier 2011.
Les Pendus, de Josse De Pauw
L.O.D. • Bijlokekaai 3 • B-9000 Gent (Belgique)
+32 484 59 61 78
Site : www.LOD.be
Courriel : info@LOD.be
Mise en scène : Josse De Pauw
Musique : Jan Kuijken
Concept : Josse De Pauw et Jan Kuijken
Acteurs : Han Herckhoffs et Hilde Van Mieghem
Chanteurs de Vocaal-LAB Nederland : Janneke Daalderop (soprano), Ekaterina Levental (mezzo soprano), Steven Van Gils (ténor), Lidewei Loot (voix solo d’enfant)
Directions musicale : Étienne Siebens
Musiciens : Jan Kuijken (violoncelle) et l’Orchestre royal de chambre de Wallonie (Édith Baugnies, Roman Borkovski, Manuel Camacho, Jean‑François Chamberlan, Kela Canka, Pascal Crismer, Charlotte Danhier, Alain Denis, Persida Dharda, Red Gjeci, Jean‑Frédéric Molard, Pascal Schmidt, Isabelle Scoubeau, Marie‑Carmen Suarez, Michael Scorieels, Marc Tillema, Hans Vandaele, Christian Vanderborgt)
Recherche : Geerdt Magiels
Vidéo : Olivier Houttekiet, Chris Vanneste et Josse De Pauw
Surtitrage : Bart Boone
Techniciens : Olivier Houttekiet, Chris Vanneste et Marc Combras
Presse et communication : Sonja Peters
Coordination générale : Valérie Martino
Coordination technique : Olivier Houttekiet
Déléguée de production : Kristel Deweerdt
Production : L.O.D.
Coproduction : K.V.S., Théâtre national Bruxelles, Grand Théâtre de Luxembourg, le Maillon à Strasbourg, Orchestre royal de chambre de Wallonie, Vocaal-LAB Nederland, Kunst‑Fest‑Spiel Herrenhausen (Hannover)
Le Printemps des comédiens • 178, rue de la Carriérasse • 34097 Montpellier cedex 5
Site du théâtre : www.printempsdescomediens.com
Réservations : 04 67 63 66 57
Samedi 16 juin à 20 heures
Durée : 1 h 20
24 € | 20 € | 11 €
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