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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 14:17

Du sang, des larmes
et un petit blanc sec


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


En compagnie d’un chanteur et de quatre musiciens, quatorze acteurs quittent l’école pour investir l’espace des Micocouliers. Ils y déclament la prose mordante de Hanokh Levin sous le regard bienveillant de Richard Mitou. Au Printemps des comédiens, la course de fond s’achèvera le 26 juin 2012. Un marathon prometteur.

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« les Numéros, cabaret » | Marie Clauzade

Les Numéros, cabaret, c’est un peu le pire de l’humanité selon Hanokh Levin ou encore le meilleur du dramaturge contemporain israélien selon Richard Mitou. Ingénieurs, secrétaires, magiciens, veuves, ministres, prostituées, soldats, institutrices, éclopés, infirmières et bien d’autres encore se croisent dans une sélection de textes, sketches et chansons absurdes. Bout à bout, ces extraits dessinent une société bête et méchante dont il n’y a rien à sauver, sauf peut‑être un sens infaillible de la dérision.

C’est le cœur léger que les dix-neuf artisans de cette satire infernale nous accueillent autour d’un verre de vin, avant de nous entraîner dans un théâtre de verdure. Ainsi, tout commence comme dans une fête de village. Chaque spectateur prend plaisir à échanger avec son voisin, en jetant quelques regards amusés sur les acteurs qui traversent la foule. Ils sont coquets comme des petits princes, pomponnés comme des vedettes, sulfureux comme des meneuses de revue.

Dans l’herbe, on a dressé une petite scène où jouent déjà les musiciens avant qu’un élégant Monsieur Loyal n’intervienne, coiffé d’un chapeau haut de forme, vêtu d’un costume trois pièces et d’un grand manteau noir. Nous sommes invités à les suivre, lui et sa troupe, pour prendre place dans des gradins pentus, disposés en arc de cercle sous les fameux micocouliers du domaine d’O.

Ici, les arbres encadrent un plateau de bonnes dimensions, fermé en fond de scène par une large baraque foraine. À l’image de la mise en scène, très fantaisiste et souvent perchée, les acteurs grimpent régulièrement sur le toit de cette baraque et dans les arbres. Installées sur des plates-formes décorées comme des cabanes enfantines, les jeunes femmes jouent les idiotes avec volupté. À leurs pieds, leurs partenaires masculins donnent de la voix et rivalisent d’adresse pour camper les imbéciles heureux, à part égale.

Les scènes se déroulent tantôt en groupe, tantôt en petits comités. Dans le premier cas, le travail du collectif est généralement dynamique et homogène. Dans le second cas, les acteurs qui ne sont pas directement impliqués soutiennent leurs comparses, en optant pour des poses soignées ou pour des mouvements précis et calibrés. Ce parti pris offre un contrepoint esthétique nécessaire à la trivialité des situations, que l’auteur explore, sans limites. En outre, il offre une source comique alternative, qui tempère l’acidité de l’écriture par des effets visuels simples.

Autre atout majeur du spectacle, l’interaction des acteurs avec les musiciens et l’omniprésence de la musique. L’influence klezmer cohabite avec des tonalités suaves qu’on situerait volontiers en terres portugaises. De registres variés, les mélodies accentuent la sensation d’exhaustivité procurée par la diversité des scènes. Elles rythment et colorent chaque intervention, en accompagnant le spectateur dans une étourdissante traversée de la bêtise humaine. Le tout avec une vraie délicatesse.

De sa grosse voix, le maître de cérémonie des Numéros, cabaret nous promet en chanson « du sang et des larmes ». Pour notre part, nous vous promettons une soirée piquante et réjouissante, à condition de réduire un peu la durée de la représentation. L’équipe a deux semaines pour effectuer cet ajustement et pour vous séduire. Nul doute qu’elle y parviendra. 

Delphine Padovani


Les Numéros, cabaret, d’après des textes, sketches et chansons de Hanokh Levin

Adaptation : Richard Mitou

Traduction : Laurence Sendrowicz

Mise en scène : Richard Mitou

Assistante à la mise en scène : Julie Méjean

Avec : Henri Alexandre, Maria Apostolakeas, Antoine Baillet, Marina Boudra, Thomas Champeau, Lou Martin‑Fernet, Romain Grard, Audrey Montpied, Marion Pélissier, Emmanuelle Reymond, Tristan Rosmorduc, Benoît Saladino, Sylvère Santin, Maxime Taffanel

Et : Éric Perez (chant et jeu), Gérald Chevillon (saxophone, trombone, tuba, clarinette), Joan Eche Puig (contrebasse, guitare), Marwan Fakir (violons), Rémy Poulakis (accordéon, piano, chant)

Régie générale : Guillaume Allory

Lumières : Christian Pinaud

Scénographie, costumes : Jane Joyet

Construction décor : Emmanuelle Debeusscher

Production déléguée : le Printemps des comédiens

Coproduction : École nationale supérieure d’art dramatique de Montpellier

Avec le soutien du Festival de Figeac

Le Printemps des comédiens • 178, rue de la Carriérasse • 34097 Montpellier cedex 5

Site du théâtre : www.printempsdescomediens.com

Réservations : 04 67 63 66 57

Du 8 au 24 juin 2012 à 21 heures, les 25 et 26 juin à 20 h 30, relâche les 10, 15, 20 et 21 juin 2012

Durée : 2 h 30

15 € | 12 € | 10 €| 9 €

Tournée :

– du 20 au 24 juillet 2012 au Festival de Figeac

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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