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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 20:12

Ces lumières-là sont bien vives

 

Pour leur troisième spectacle ensemble, Antoine Guiraud et Kamel Isker forment un duo efficace et touchant. Ces deux camarades de bitume nous invitent à un voyage assez inattendu, qui amène le spectateur à faire travailler son imaginaire. C’est drôle, incisif, parfois trop volontaire, mais résolument prometteur.

 

En sortant des Loupiotes de la ville, on se dit que c’est finalement dans la simplicité que naissent les bons spectacles. Celui-ci en est un bel exemple : un espace vide, hormis la présence de deux chaises en fond de scène, un jeu de lumières efficace, le tout agrémenté d’une musique omniprésente, un immense travail d’imagination et de créativité et, surtout, deux doses massives de talent et d’énergie injectées du début à la fin.

 

K’mel et Toine sont deux personnages lunaires à la sensibilité exacerbée, deux clowns des villes qui promènent un regard amusé sur le monde au travers d’affrontements, de moqueries ou même de véritables drames. Il existe chez eux un succulent pouvoir de manier la dérision et l’absurde, celui-là même dont ont fait preuve leurs illustres prédécesseurs, Laurel et Hardy, Charlie Chaplin, Buster Keaton ou, plus récemment, le duo australien des Umbilical Brothers. D’emblée, la force des loupiotes relève avant tout de l’imaginaire sans bornes qui a été mis en place par les deux comédiens.

 

« les Loupiotes de la ville »

 

De fait, s’il n’existe pas de scénographie à proprement parler, c’est bien parce que celle-ci est ici inutile et s’en remet essentiellement au jeu des acteurs. Nous voilà donc transportés tour à tour d’une voiture à un ring de boxe, de la chorale des chœurs de l’armée Rouge à la salle d’attente d’une clinique, où l’on attend fiévreusement la naissance de deux petits chapeaux… Cela se fait sans artifice, grâce à la force et la qualité d’une gestuelle parfaitement maîtrisée. Les mots, quant à eux, sont également vains puisque K’mel et Toine parlent une langue connue d’eux seuls (et de tous ceux qui ont, un jour, fréquenté une école de théâtre) : le grommelot. Ce dernier point est d’ailleurs assez symbolique de la réussite du spectacle, puisqu’on saisit tout ce qui se dit sans rien y comprendre.

 

C’est un travail gigantesque qui a dû aboutir au bon fonctionnement de ce duo, tant le jeu en miroir et la synchronisation des comédiens relèvent de la performance. Il ne reste qu’un regret dans ce spectacle : le fait que la jeunesse et l’énergie des deux protagonistes soient parfois mal canalisées et viennent presque polluer la théâtralité de la chose. C’est un défaut qui part pourtant d’un bon sentiment : l’envie. À trop vouloir nous distraire, nous amuser, nous raconter jusqu’où vont leur délires, Kamel Isker et Antoine Guiraud usent quelque peu leurs effets et ne laissent pas suffisamment respirer le trésor qu’ils tiennent entre leurs mains. Les silences pesants, la gêne, le flegme, voilà justement ce qu’on aimait tant chez Vladimir et Estragon, les deux héros d’En attendant Godot de Samuel Beckett, dont K’mel et Toine sont particulièrement proches.

 

Pour finir, et sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, les Loupiotes de la ville est un spectacle lumineux, un divertissement qui prouve une fois de plus l’existence du pouvoir de conviction illimité que possède le théâtre, bref une œuvre jeune mais promise à des lendemains heureux. 

 

Victorien Robert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Loupiotes de la ville, de Kamel Isker et Antoine Guiraud

Compagnie du Toucanlouche • 110, rue des Amandiers • 75020 Paris

06 62 29 49 01

http://www.letoucanlouche.eu/13.html

info@letoucanlouche.eu

Mise en scène : Kamel Isker et Antoine Guiraud

Avec : Kamel Isker et Antoine Guiraud

Création lumières : Guillaume Tesson

Ciné 13 Théâtre • 1, avenue Junot • 75018 Paris

Réservations : 01 42 54 15 12

À partir du 21 octobre 2009, du mercredi au samedi à 20 heures, matinées les samedi et dimanche à 15 h 30, relâche exceptionnelle les 24 octobre et le 25 décembre 2009

Durée : 1 h 15

20 € | 15 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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