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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 15:49

Deux mimes qui illuminent vos lanternes

 

Déjantées, drôles, émouvantes, « les Loupiotes de la ville » éclairent les soirées pluvieuses de cet hiver au Ciné 13 Théâtre. Repéré cet été au Off du Festival d’Avignon, le spectacle avait porté un coup au cœur des programmateurs et n’a pas raté le mien. Kamel Isker et Antoine Guiraud sont à l’origine de cette balade urbaine, promenade comique et poétique balisé par des loupiotes. S’il y a une route pour la réussite, ils l’ont certainement trouvée.

 

Le plateau s’éclaire sur un tableau : deux chaises servant de lit à un comédien, seul. Le tableau suivant illustre le même comédien tendant la main, attendant une pièce de monnaie… Il paraît que la vie est plus belle à deux, c’est donc rapidement qu’un autre personnage surgit. Les deux vagabonds deviennent bientôt amis à la vie à la mort, deux facettes d’une même personne, se complétant à merveille, identiques jusqu’à leur couvre-chef… Le spectacle débute sur leur rencontre au détour d’une rue et se poursuit dans les méandres de leurs rêves. De rivalité à amitié, il n’y avait qu’un pas pour ces deux gaillards que les similitudes rapprochent. Un pacte fraternel est rapidement scellé par un coup de chapeau.

 

Ce sont deux clowns dotés d’une langue inconnue qui font passer le spectateur du rire aux larmes. La frontière entre les deux est mince, mais parfaitement maîtrisée par les comédiens. Leurs personnages, Kmel et Toine, semblent ancrés dans une réalité, certes décalée, mais qui les rend pour le moins attachants. Les dialogues, eux, semblent incompréhensibles au premier abord. Ils sont cependant énoncés avec tant de sincérité que la langue, loin de devenir un obstacle, permet alors de nous conduire dans l’univers imaginaire que se créent ces deux clochards sur leur coin de bitume. Le spectateur est du voyage et suit les comparses dans leurs aventures, qui sont aussi diverses qu’un match de boxe, une séance de pêche ou un vol sur un avion de ligne.

 

Le fil du spectacle est aussi décousu que l’univers chimérique des personnages. Le public suit une histoire fragmentée, mais sans crainte de s’égarer puisque nos fameuses loupiotes et leurs mimes ont la magie de nous porter. Le grommelot * n’est qu’un accessoire au service d’un mime maîtrisé. Quant au décor, aux éclairages et à l’univers musical, ils sont restreints, mais pourtant judicieusement choisis. Deux chaises deviennent ainsi le support de transition entre des rêves sans liens logiques. De leur côté, les lumières, dépouillées, suggèrent les lieux et ancrent les actions de Toine et Kmel dans leur monde. Elles font partie intégrante de la scénographie et lui donnent une consistance. Le fond musical classique vient quant à lui renforcer une émotion, un tableau poétique ou, au contraire, introduire un brin de dérision lors d’un marathon au son de la Chevauchée des Walkyries.

 

Les Loupiotes de la ville est donc un spectacle intelligent où les émotions sont vraies, un spectacle où l’on parle d’amitié et d’évasion… Alors, dit comme ça, qui ne serait pas volontaire pour éclairer sa loupiote urbaine ? 

 

Noémie Doutreleau

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* « C’est le mot qui désigne, au théâtre, un faux dialogue, indistinct, destiné à n’être pas compris du public. Les grommelots sont produits sciemment par des acteurs afin de “meubler” une scène en faisant semblant de dire quelque chose, sur une intonation quelconque alors qu’ils prononcent une suite de syllabes sans aucun sens. “Touf do boss ti mota mou”, lancé d’un air étonné, ou contrit, ou bien d’un ton joyeux, ou encore sans aucun ton du tout, constitue à proprement parler un grommelot. »


Les Loupiotes de la ville, de Kamel Isker et Antoine Guiraud

Compagnie du Toucanlouche

06 62 29 49 01 | 06 86 48 74 26

http://www.letoucanlouche.eu

info@letoucanlouche.eu

Mise en scène : Kamel Isker et Antoine Guiraud

Avec : Kamel Isker et Antoine Guiraud

Création lumière : Guillaume Tesson

Ciné 13 Théâtre • 1, rue Junot • 75018 Paris

Réservations : 01 42 54 15 12 

Du 21 octobre 2009 au 17 janvier 2010 à 20 heures, relâches exceptionnelles les 24 octobre 2009 et 25 décembre 2009

Durée : 1 h 15

20 € | 15 € | 12 € | « Carré or » dans les canapés rouges : 25 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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