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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 16:55

D’illusions provisoires

en désillusions


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Avec « les Illusions du provisoire », le Théâtre du Grabuge donne la parole à ces gens venus d’ailleurs pour un temps et restés finalement en France. Mais ce beau projet humaniste ne passe pas la rampe, car les mélanges entre théâtre et vidéo, fiction et documentaire restent formels et artificiels. Dommage.

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« les Illusions du provisoire » | © Denis Couvet

Le nouveau spectacle de la Cie du Grabuge est un beau projet de rencontres et d’échanges. Il s’est nourri non seulement de l’histoire de ses auteurs, Sylvain Bolle-Reddat et Slimane Bounia, mais d’entretiens filmés avec des hommes et des femmes de toutes les origines ainsi que de rencontres avec des collégiens et lycéens. Par ailleurs, l’on sent dans chaque proposition une volonté de respecter la pudeur de ceux à qui on donne la parole : la caméra filme des visages à moitié, un comédien prend un relai pour raconter les histoires.

Il y a aussi beaucoup de solidarité, on dirait presque d’empathie entre les auteurs et leurs sujets. Ainsi, Sylvain Bolle-Reddat et Slimane Bounia apparaissent souvent dans les vidéos qu’ils ont faites, comme les soutiens des gens qu’ils filment. Les images que l’on voit laissent imaginer de multiples rencontres et discussions liminaires. Par ailleurs, le jeu sur scène est conçu souvent comme un prolongement de ce que la caméra a filmé, de manière pudique.

Mais là où il convainc humainement, le projet achoppe artistiquement. Pour ne pas généraliser, la compagnie compose une mosaïque de visages et de paroles. C’est pourquoi on passe de l’histoire de Prince à celle de Hassina ou de Paulette : sitôt présentés, sitôt remplacés. On a donc peu de temps pour connaître toutes ces personnes, pour s’attacher à chacune d’elles. Parfois, on a même l’impression de perdre le fil quand ce n’est plus l’expérience de la migration qui est évoquée, mais celle du handicap.

« J’ai trois valises de papiers, mais j’en attends un. »

En outre, tous ces témoignages sont reliés les uns aux autres autour d’une fiction assez peu convaincante. Après l’auberge espagnole, voici en effet l’immeuble français. De fait, Sylvain Bolle-Reddat s’invente un personnage à peine estompé qui passe de l’enfance à l’âge adulte en arpentant un immeuble condamné, dont chaque appartement serait lié à une personne évoquée. Or on a du mal à suivre ce personnage sans traits définis dans un immeuble vide. On se serait en définitive bien passé de ce récit cadre. En effet, les témoignages ont une force telle et charrient tant d’histoires qu’ils se suffisent. On se souviendra ainsi peut-être de cette phrase d’Abdelkader : « J’ai trois valises de papiers, mais j’en attends un ». Elle en dit tant.

Mais si le récit rédigé par Sylvain Bolle-Reddat ne convainc pas toujours, il en est de même de la vidéo dont les images sont parfois assez laides. Bien sûr, il ne s’agissait pas de faire joli ici, mais le travail esthétique sur l’image aurait pu former ce voile pudique dont les auteurs et le metteur en scène ont voulu protéger les personnes. Enfin, si l’engagement des deux interprètes nous entraîne parfois, le jeu parfois très mimétique ou pseudo-enfantin n’est pas toujours efficace. Ces Illusions n’ont donc pas trouvé leur forme, à notre avis. Mais cette forme n’est-elle peut-être que provisoire ? 

Laura Plas


Les Illusions du provisoire, de Sylvain Bolle-Reddat et Slimane Bounia

Théâtre du Grabuge • 21, rue Genton • 69008 Lyon

Site : www.theatredugrabuge.com

Courriel : geraldinebenichou@theatredugrabuge.com

Film et interprétation : Sylvain Bolle-Reddat, Slimane Bounia

Mise en scène : Géraldine Bénichou

Dispositif scénique et graphisme : Denis Couvet

Création son : Raphaël Parseihian

Création lumière : Thomas Chazalon

Production Théâtre du Grabuge en association avec Nouveau Théâtre du 8e à Lyon

Avec le soutien de la région Rhône-Alpes, de la ville de Lyon, l’A.C.S.E., de la D.R.A.C. Rhône-Alpes, de la Fondation Abbé-Pierre

Maison des métallos • 94, rue Jean-Pierre-Timbaud • 75011 Paris

Site du théâtre : http://www.maisondesmetallos.org/

Courriel du théâtre : info@maisondesmetallos.org

Métro : ligne 2, arrêt Couronnes ; ligne 3, arrêt Parmentier

Bus : ligne 96, arrêt Maison-des-Métallos ou Saint-Maur / Jean Aicard

Réservations : 01 47 00 25 20

Du 6 juin au 8 juin 2013, le jeudi 6 et le vendredi 7 juin à 14 h 30 et 20 heures, samedi 8 juin à 19 heures

Durée : 1 h 15

14 € | 10 € | 8 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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