Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 15:42

Des vacanciers paumés, cruels

mais férocement drôles

 

Alexis Maximovitch Pechkov, dit Gorki (« l’Amer »), est surtout connu en France pour ses romans autobiographiques. Ce fut aussi un dramaturge, et la création de ses « Estivants » par Éric Lacascade vient à point pour le rappeler, comme ce fut déjà le cas quand celui-ci monta « les Barbares », en 2006, dans la cour d’Honneur, à Avignon.

 

Dans un décor qui évoque de belles cabines de bains, doubles ou simples, Éric Lacascade nous présente les quatorze personnages des Estivants. En couple ou seuls, médecin, avocat, écrivain en mal d’inspiration, homme d’affaires, mère au foyer, femme en mal de mari, etc., ce sont tous, sinon des parvenus, au moins des déclassés. Issus du peuple, mais en rupture de classe, ils mènent une vie aisée. Cette vie a cependant perdu tout son sens. Leurs discussions sur l’amour, le couple, les enfants, la vie, la mort, la révolution, l’art, font le sujet de la pièce, qui, pratiquement dépourvue d’action, ne repose guère que sur des discours.

 

L’usage du double prénom en guise de patronyme, habituel chez les Russes, rend les premières minutes du spectacle un peu difficiles à suivre avec une telle pléiade de personnages. Puis, cet obstacle franchi et les caractères commençant à se dessiner, l’attention du spectateur est définitivement conquise. La pièce de Gorki est très bavarde, et ce n’est pas le moindre mérite de la scénographie d’Emmanuel Clolus et de la mise en scène, très nerveuse, d’Éric Lacascade que d’avoir su rendre vivante cette suite de discours qui dure trois heures. L’utilisation de tout le plateau où il se passe toujours quelque chose, l’ingéniosité du système des cabines de bains qui se déplacent et se transforment à volonté, permettant tous les changements de décor à vue et rapidement, concourent à la création d’un rythme rapide et efficace.

 

estivants DR

« les Estivants » | © D.R.

 

Le texte est servi par une troupe jeune et dynamique, fidélisée par Éric Lacascade. Quelques individualités s’en dégagent, dont, au premier rang, Lacascade lui-même, remarquable dans le rôle de Chalimov. Il campe avec brio un écrivain à succès, sur le retour, cynique et désabusé, nonchalant et piètre séducteur, de surcroît. Daria Lippi est une Youlia très convaincante dans son rôle de femme libérée, assoiffée d’hommes. Jérôme Bidaux, qui interprète son mari, Souslov, a aussi son moment de gloire, quand il est ivre ou quand il assume son personnage d’homme vulgaire et misogyne. Christelle Legroux (Carélie) et Élisabetta Pogliani (Maria Lvovna) sont excellentes dans le rôle de la soi-disant poétesse (célibataire prolongée) et celui de la femme engagée qui essaie d’aligner ses actes sur ses idées.

 

La traduction concourt à la vitalité de la pièce

Ne maîtrisant pas le russe, il m’est impossible de dire si la traduction est fidèle au texte de Gorki. Elle est conforme aux habitudes de Markowicz : modernisation qui ne recule pas devant les anachronismes, familiarité assumée. Telle qu’elle est, elle concourt indubitablement à la vitalité de la pièce.

 

En fin de compte, les Estivants constituent un spectacle populaire et de qualité, qui nous renvoie l’image d’une société proche de la nôtre par ses interrogations et son manque de perspectives. Les spectateurs, ravis, ont eu raison de faire un triomphe à la pièce de Gorki et à l’équipe d’Éric Lacascade. 

 

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Estivants, de Maxime Gorki

Traduction d’André Markowicz, éditions des Solitaires intempestifs

Mise en scène : Éric Lacascade

Avec : Grégoire Baujat (Vlas), Jérôme Bidaux (Souslov), Jean Boissery (Deuxpoints), Arnaud Chéron (Doudakov), Christophe Grégoire (Bassov), Stéphane E. Jais (Rioumine), Éric Lacascade (Yakov Chalimov), Christelle Legroux (Carélie), Daria Lippi (Youlia), Millaray Lobos Garcia (Varvara), Marco Manchisi (Zamyslov), Élisabetta Pogliani (Maria Lvovna), Noémie Rosenblatt (Sonia), Laure Werckmann (Olga)

Collaboration artistique : Daria Lippi

Scénographie : Emmanuel Clolus

Assistants à la mise en scène : Alice Martinache, David Botbol

Lumières : Philippe Berthomé

Costumes : Marguerite Bordat

Atelier costumes : Amélia Holland, Myriam Rault, Valérie Tellier

Son : Marc Bretonnière

Construction décor : Atelier du Grand T/Nantes, François Aubry, Jean Chrétien, Arnaud Quinson

Régie générale : Joël L’Hopitalier

Régie lumière : Ludovic Morel

Régie son : Vincent Buret

Poursuite : Benjamin Bouin

Habillage : Lydie Tarragon, Laure Fonvieille

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique, salle Serreau • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du 12 au 23 janvier 2010 à 20 heures

Durée : 2 h 50

23 € | 12 € | 8 €

Les Gémeaux, scène nationale • 49, avenue Georges-Clémenceau • Sceaux

R.E.R. B, station Bourg-la-Reine

Réservations : 01 46 61 36 67

Du mardi 9 au dimanche 21 mars 2010, du mardi au samedi à 20 heures (horaire exceptionnel), dimanche à 17 heures

Tarifs : de 9 € à 25 €

Tournée :

– 3 et 4 mars 2010 : Scène nationale de Sète et du Bassin-de-Thau (34)

– 14 au 16 avril 2010 : Théâtre national d’Aquitaine-Bordeaux (33)

– 28 et 29 avril 2010 : Théâtre d’Évreux, scène nationale (27)

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 1 commentaires
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