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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 23:04

Si tous les cris du monde…


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Le Théâtre municipal de Fontainebleau accueillait un réjouissant pot-pourri des spectacles de l’Ensemble Clément-Janequin consacrés aux cris.

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Dominique Visse | © Émiko Bellocq

Retour en arrière : tout au long de la saison 2010-2011, l’Ensemble Clément-Janequin donnait avec la Péniche-Opéra une série de quatre concerts intitulée les Cris du cri. Le concept : du chant, certes, mais assaisonné d’une pointe de science (ah, Damien Schoëvaërt et ses didactiques et charmants diaporamas !) et, en fait, de tout ce qui pouvait paraître intéressant sur le sujet : psychanalyse, zoologie, philosophie, langue des signes… Nous n’eûmes hélas pas l’heur d’assister aux deux premiers spectacles : Cris de la rue et Cris érotiques. Moins folâtres, les Cris de guerre et les Cris de lamentation ont, eux, bien retenti dans ces colonnes. Alors, deux questions se posaient : comment transposer dans un théâtre assez vaste comme celui de Fontainebleau le dispositif de la modeste Péniche-Opéra ? Et comment faire du neuf avec du vieux, c'est-à-dire présenter d’une façon intéressante ce qui avait déjà été fait dans les spectacles précédents ?

Pour la première question, la sensation que l’on a, perché au deuxième balcon, quoiqu’entendant et voyant tout fort aisément, diffère tout de même sensiblement de celle, délicieusement intime et conviviale, que l’on éprouve sur les petits bancs de la Péniche : moins de proximité, moins de présence quasiment physique du son vibrant parfaitement dans l’air. Mais, quand même, les cinq chanteurs et leurs acolytes (pianiste et organiste, pour ne citer que ceux qui demeurent en permanence sur le plateau) occupent fichtrement bien l’espace, avec un mélange de détente et de rigueur, d’humour et d’expertise qui évoque ces enseignants maîtres de leur art, sachant faire à tout coup rire leur auditoire sans avoir à forcer le trait, tout en faisant bel et bien cours. La scénographie contribue à cette réussite : utilisation judicieuse de rideaux de fils formant écrans, lumières soignées… Dommage, par contre, que l’on n’ait pas les paroles de ces chants anciens parfois difficilement compréhensibles à la première écoute, en dépit de l’excellente articulation des chanteurs.

« Madrigal zoologique »

Côté musique, on retrouve ainsi le répertoire de l’ensemble, allant de la Renaissance au contemporain. Le célèbre Chant des oiseaux de Janequin permet aux chanteurs de faire entendre des vocalises amusantes imitant divers volatiles. Idem dans le Madrigal zoologique de Régis Campo, datant de 2008 : cette fois, ce sont plutôt les mammifères qui sont à l’honneur. Passent aussi à la moulinette le classique Cri du poilu de Vincent Scotto, ou encore le Cri du cow-boy, dont les premières notes pitoyablement chantées par un Dominique Visse en grande forme sont proprement désopilantes : « Je suis comme mon papa / Cow-boy dans la pampa ». Tout cela est rondement mené, jusqu’à la fin de la première partie et les Cris de Paris de Kastner, où le rythme s’essouffle un peu.

La grande réussite est d’avoir fait venir quelques invités-surprise dont les prestations variées éclairent d’une façon insolite le thème du cri. On bondit de joie en voyant se pointer le génial mélangeur des genres qu’est Vincent de Lavenère. Quelle bonne idée ! Comme sa démarche, multidisciplinaire et exigeante, son ton bon enfant et plein d’humour s’accordent bien avec le projet des « Janequin » ! La rencontre va de soi. On avait adoré les spectacles de ce jongleur béarnais ayant roulé sa bosse au Laos. Il apporte non seulement quelque chose au chant (par exemple quand les balles marquent le rythme de la musique), mais aussi une merveilleuse touche de folie (non que les Janequin en manquent, entendons-nous bien…), mêlant à ses talents de jongleur ses autres violons d’Ingres : musique, chant et fibre comique qui trouve ici toute sa place.

On aime aussi l’intervention maligne d’Alain Dubois, du Muséum d’histoire naturelle : les explications rieuses qu’il donne du cri érotique de la grenouille sont poilantes. On ne peut ici les citer tous. Un mystère demeure : cette sculpture sur glace que l’on voit goutter petit à petit au fond du plateau. Que représente-t-elle ? Quel est le rapport avec les cris ? Le cri muet, douloureux de la glace qui fond inexorablement ? On ne voit pas bien… 

Céline Doukhan


Les Cris du cri

www.penicheopera.com

http://www.dominique-visse.com

Direction musicale : Dominique Visse

Mise en espace : Mireille Larroche

Avec : Dominique Visse (haute-contre), Hugues Primard (ténor), Vincent Bouchot (ténor), François Fauché (baryton), Renaud Delaigues (basse), Yann Moulin (orgue), Christophe Manien (piano et épinette), Damien Schoëvaërt, Djénébou Bathili, David Slaviero, Véronique Lafaurie, et sur écran : Gérard Chevalier, Alain Dubois

Vidéo : Romain Boulais, Frédéric Marchadier, Colas Reydellet

Régie générale et lumières : Colas Reydellet

Assistants artistiques à la mise en espace : Francesca Bonato et Alain Patiès

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 12 novembre 2011 à 20 h 30

Durée : 2 heures

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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