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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:44

Le temps des petits Gitans

 

La Compagnie du Chameau et la péniche de La Baleine blanche : ces deux noms qui invitent au voyage étaient faits pour en accueillir un troisième, « les Contes tsiganes ». À l’image des Bohémiens dont elles célèbrent l’imaginaire, Béatrice Vincent et Élisabeth Urlic nous font embarquer dans un monde où le mystère est en chaque chose, en chaque être. Où la musique et le rêve, forces vitales, s’emmêlent…

 

contes-tsiganesC’est mercredi, jour de répit pour les plus petits, jour où l’échappée hors du quotidien s’impose. Les garderies, les parents et grands-parents cherchent des occupations, toujours nouvelles, à l’occasion de ces retrouvailles hebdomadaires. Mais les modes s’épuisent, éphémères, et laissent bien souvent les adultes à cours d’idées, hésitants. Pendant des siècles pourtant, et ce en tous coins du globe, une puissante et foisonnante tradition a épargné à des millions de parents ce problème délicat : le conte. Parmi d’innombrables répertoires de récits oraux, celui des Tsiganes se singularise par sa richesse et son inventivité. D’autant plus qu’il détient un lien étroit avec les origines de ce peuple, devenues mythiques, objets de légendes multiples. Dépositaire d’une mémoire ancestrale, mais aussi susceptible d’être enrichie et adaptée à l’envie, cette pratique du conte mérite à plus d’un titre d’être sauvegardée et propagée. Cela, la Compagnie du Chameau l’a très bien compris, et offre au jeune public une traversée digne de cette forme d’expression immémoriale.

 

Pour suggérer une atmosphère d’Orient imaginaire, nul besoin d’artifices sophistiqués ni de décors grandioses. Quelques étoffes colorées, de longues robes gitanes et un coffre massif qui regorge de trésors cachés : un théâtre de bric et de broc, de l’itinérant. Tanguant au rythme du bateau, dans une semi-obscurité, nous voilà plongés dans l’univers de la joyeuse contingence des gens du voyage. Un air de violoncelle lent et profond, que l’on devine issu du répertoire traditionnel tsigane, accélère notre immersion dans l’âme d’un peuple souvent méprisé parce que méconnu.

 

Courte introduction, la « Prière de la femme tsigane pour ses enfants » établit un lien avec le jeune public assis à même le parquet, et esquisse certaines lignes de pensée qui se déploieront dans les contes. En cette femme qui bénit ses enfants et son foyer, on devine des souffrances, mais aussi un irrépressible optimisme, celui d’un peuple qui n’a pu jouir d’un lieu fixe où se reposer. Peuple condamné à l’errance, donc, à la marche incessante, comme le héros du premier conte intitulé Yachko et la Mort. Mais le voyage est son choix, sa passion. C’est d’ailleurs ce qui distingue ce récit des contes européens, dont on retrouve par ailleurs les ingrédients essentiels : une princesse, un roi, un dragon… Dans cet autre système de valeurs, la pauvreté et l’aventure valent mieux que l’abondance et l’ennui, même au prix de la solitude.

 

Attentive, ouverte aux réactions de son petit public, Béatrice Vincent incarne avec tendresse et sensibilité l’ensemble des personnages qu’elle convoque. Et, parce que ce jour-là l’assemblée était particulièrement jeune, elle choisit pour clore le spectacle de raconter l’histoire de Kebala. Alors que Yachko était pourvu d’un sac magique, la jeune et belle Kebala se voit offrir par le soleil un peigne qui change ses cheveux en or. Mais que faire d’un tel don sinon s’en servir à des fins personnelles ? Ingénieuse, dévouée à sa communauté, elle trouve une solution en même temps qu’une morale habilement amenée. Si les enfants sont comblés à l’issue de la séance, leurs compagnons plus âgés auraient sans doute souhaité un peu plus de complexité dans les intrigues, dans les rebondissements. La langue aurait aussi gagné à être plus travaillée, à faire apparaître par exemple des expressions tsiganes, pour une touche supplémentaire d’authenticité.

 

Cette petite réserve s’efface devant le ravissement juvénile, magie incomparable pour les parents. En bref, c’est du Kusturica pour les 5-10 ans, qui attendrit les plus grands. Une belle escale avant la féerie d’Avignon, où la compagnie pourra poursuivre son enchantement. 

 

Anaïs Heluin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Contes tsiganes

Par la Compagnie du Chameau

Avec : Béatrice Vincent

Et au violoncelle : Élisabeth Urlic

La Baleine Blanche• péniche-théâtre Port-de-la-Gare • quai de la Gare  75013 Paris

www.baleine-blanche.com

Réservations : 01 45 84 14 41

Du 2 au 30 juin 2010, les mercredis à 14 h 30

7 € | 5 €

Off du Festival d’Avignon

La Tache d’encre • 1, rue de la Tarasque • 84000 Avignon

www.latachedencre.com

Réservation : 04 90 85 97 13

Du 8 au 31 juillet 2010, tous les jours à 15 heures

14 € | 10 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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