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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 17:22

Quand les clowns
font du théâtre


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Ceux qui aiment les clowns et se sont déjà laissé séduire par Arletti et Zig, les interprètes fétiches de François Cervantes (au fait, peut-on parler d’interprète pour un clown qui ne se livre qu’à une interprétation poétique de lui-même ?) seront ravis de les retrouver en compagnie d’un troisième lascar, Boudu.

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« les Clowns » | © Christophe Raynaud de Lage

Le spectacle, appelé tout simplement « les Clowns », est composé de deux courtes pièces et d’une troisième plus longue. Les deux premières mettent en scène de façon relativement classique trois clowns : deux hommes, une femme avec nez rouges, plâtre sur le visage, sourcils outrageusement marqués, perruques et oripeaux pleins de fantaisie. Bedaine confortable pour l’un, taille respectable pour le deuxième, fragilité fluette pour elle. Types bien marqués : grand benêt gentil, ours pataud et mal léché au cœur tendre, petite mais maligne… Quant aux ressorts : claques, bousculades et chutes, répétition, onomatopées rigolotes, interjections et adresses à la salle, surprises diverses, coup du râteau, fausse naïveté et incompréhension jouée, rythmes soit ralentis soit exagérément accélérés… On pense aux Marx Brothers, à Laurel et Hardy, à Charlie Chaplin beaucoup. C’est drôle, enlevé, mais sans emporter l’adhésion : trop vu, pas assez de matière ni d’émotion.

La troisième partie, quant à elle, est un petit bijou d’intelligence et de sensibilité. Arletti (Catherine Germain), pour tuer le temps et pour pacifier la relation entre eux, propose à ses deux acolytes, Zig (Dominique Chevallier) et Boudu (Bonaventure Gacon) de faire du théâtre. La voilà partie à la recherche d’un texte : ce sera le Roi Lear, qui peut le plus peut le moins !… Sur-le-champ, elle se déclare metteur en scène, distribue les rôles, décide de n’en garder que trois, celui de la fille aînée et de la plus jeune et s’attribue d’autorité le rôle-titre. Non sans quelques chamailleries, évidemment. La voici parée de vêtements et attributs royaux, tandis que Zig et Boudu, qui n’ont évidemment pas le physique de l’emploi, reçoivent robe et perruque tressée… Les futurs maris sont vite expédiés dans les catacombes de l’histoire… Autrement dit, exit les dimensions historique et politique. Le drame de Shakespeare est ramené à une histoire de famille façon roman-photo, certes peu banale, avec étendard, cheval et mâchicoulis, mais aussi amour, traîtrise et jalousie.

C’est quoi un clown ? C’est quoi du théâtre ?

Voilà donc nos trois clowns occupés à construire (grâce à l’aide quelque peu forcée des trois techniciens ramenés manu militari des coulisses) avec de gros cartons le décor… de carton-pâte, occasion de dispute déjà, le texte précisant que la première scène se déroule sur une lande déserte… Puis Arletti convoque la lumière et la musique, transforme les spectateurs en pierres et bosquets, devient homme-orchestre et démiurge… Avec une vivacité et une joie naïve très communicatives. Une grande poésie aussi, comme un parfum d’enfance.

On est bien sûr très loin de la pièce de Shakespeare. Et pourtant, c’est bien de théâtre qu’il s’agit, des coulisses et du travail sur le texte, des susceptibilités des acteurs, des liens qu’entretiennent les comédiens avec leur rôle et avec leur metteur en scène, et c’est extrêmement drôle et malicieux. On se prend même à suivre avec plaisir et entrain les aventures paternelles du vieux roi, les disputes des deux sœurs, tout cela mené tambour battant par un François Cervantes qui en profite pour nous parler ici, sans en avoir l’air et sans peser, de ce qui est son premier métier : faire du théâtre. Dès lors, on comprend que les disputes des filles du roi sont infiltrées par les petites vexations et tiraillements issus de leur rencontre qui s’est déroulée dans la première histoire, qui prend à retardement de l’épaisseur et du sens. Des clowns, avec leur caractère, leurs émotions, se mettent en scène en train de faire du théâtre, et cela opère avec beaucoup d’habileté, d’intelligence et de sensibilité… 

Trina Mounier


Voir aussi l’article de Léna Martinelli.


Les Clowns, de François Cervantes

Mise en scène : François Cervantes

Avec : Bonaventure Gacon, Catherine Germain, Dominique Chevallier

Régie générale et création son : Xavier Brousse

Régie lumière : Nanouk Marty, Bertrand Mazoyer (en alternance)

Production : Cie L’Entreprise

Partenaires de production : Théâtre Paul-Éluard à Choisy-le-Roi, Théâtre Massalia, friche de la Belle-de-Mai à Marseille

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannes-Ambre • 69004 Lyon

Tél. 04 72 07 49 49

www.croix-rousse.com

Du 3 au 7 décembre 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 40

Dès 10 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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