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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Claire Heggen : la rencontre intimiste
du corps et de l’objet
Né en 1975, le Théâtre du Mouvement accomplit un travail à la croisée des chemins entre mime, danse, manipulation et gestuelle. Dans « Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible », Claire Heggen, qui figure parmi les grands noms de la manipulation et du mime, nous propose de pénétrer dans un univers onirique, là où se rencontrent corps et objet.
C’est une femme d’une soixantaine d’années, tel un voyageur échoué sur une île, que l’on découvre assise de dos sur une caisse. Contrairement aux apparences, Claire Heggen n’est pas seule, mais entourée d’une pléiade d’objets qui font peu à peu leur apparition et prennent vie entre ses mains, à mi-chemin entre le rêve et le burlesque. Les forces s’équilibrent,les rôles s’inversent, et à leur tour les objets impulsent ou conditionnent parfois les mouvements de la manipulatrice, comme s’ils lui donnaient vie.
Au manteau sans tête succède l’oiseau de mauvais augure, puis le chien. Aux cailloux blancs sans Poucet fait suite le fil à plomb sans gravité ou le coffre-lit à outils trop étroit pour y pénétrer. Claire Heggen nous embarque dans un univers avec pour conducteur la question de l’enfance, à moins que ce ne soit l’enfance qui questionne le monde environnant. Cet univers, la comédienne l’a voulu décalé, drôle et burlesque. L’ensemble donne lieu à une forme intimiste emprunte de poésie, de lenteur, de sensibilité et de fine précision. À travers tout un jeu de mouvements et de pauses rendues subtilement malhabiles, on découvre et on apprécie le talent de cette grande manipulatrice.
« Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible »
Le jeu de Claire Heggen est rythmé par une bande-son composée d’instruments à vent qui renforcent et accentuent le ton doux et naïf de la pièce. L’espace scénique, quant à lui, consiste en un ensemble de grandes toiles de tissu blanc non tissé, tendues sur plusieurs niveaux. Cet espace donne l’occasion de créer des effets de transparence et des jeux de profondeur de plateau. On demeure admiratif face à cet univers intime et onirique fait de textures douces, feutrées et de teintes claires.
Le seul bémol de cette pièce concerne peut-être sa lenteur. Bien que celle-ci soit subtile et nécessaire, on a parfois la sensation d’un manque de rythme, qui rend certains passages un peu longs et tend à faire sortir le spectateur de ce qui se joue sous ses yeux.
Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible n’en demeure pas moins un des grands moments de manipulation de ce Off du Festival d’Avignon. C’est l’occasion d’une rencontre rare où l’esthétique d’un moment côtoie la justesse d’un jeu et le talent d’une manipulatrice. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible, de Claire Heggen
www.theatredumouvement.com
Conception, mise en scène et interprétation : Claire Heggen
Conception plastique : Étienne Bideau-Rey
Costume : Jean-Jacques Delmotte
Lumière : Gérald Karlikow
Construction marionnettes : Virginie Lallement
Musiques : Michel Musseau
Conseil à la dramaturgie : Valérie Deronzier
Conseil à la gestuelle : Yves Marc
Conseil à la manipulation : Philippe Rodriguez-Jorda
Assistante : Agnès Delachair
Régie : Nicolas Barraud
Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 05 51
Du 9 au 21 juillet 2010, jours impairs, à 10 h 30
Durée : 1 h 5
15 € | 10 €
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