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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Andrés Marín brûle les planches
Ouverture de saison éblouissante à Fontainebleau : les spectateurs privilégiés des « Chants du retour » ont vécu un moment intense, passionnant.
« les Chants du retour », avec Andrés Marín | © Hans Speekenbrink
Si tous les spectacles du Festival d’Île‑de‑France sont à la hauteur de celui‑là, cela promet. Cette année, le Festival a pour thème les diasporas. On y trouve donc des artistes et des styles du monde entier, dont Andrés Marín, danseur de flamenco, qui avait pour l’occasion invité son compatriote Arcángel, pour un spectacle intitulé les Chants du retour. Ou comment, après que la musique andalouse a influencé la production latino-américaine, les sonorités créoles avaient, elles aussi, traversé l’Atlantique pour irriguer tout un courant du flamenco. C’est ainsi qu’à Séville, les cafés cantantes permirent de faire voir et entendre à un public élargi le flamenco jusque‑là cantonné à la sphère privée.
Les Chants du retour mêle donc avec bonheur la danse à la musique et au chant, interprétés en direct. Andrés Marín impressionne d’emblée. Sa silhouette cambrée, vêtue de noir, a une prestance incomparable. Il donne une impression troublante de souplesse infinie mêlée à un certain hiératisme, une rigueur toute codifiée dans ses mouvements de bras et de jambes, parfois d’une rapidité démoniaque. Un style à la fois délié et précis qui laisse pantois. Ou plutôt qui rive le spectateur à son fauteuil : quand il arrive sur scène et entame ses mouvements, Marín montre une figure concentrée et un regard de feu qui aimantent littéralement le spectateur.
Fred Astaire matador
C’est un peu Fred Astaire matador : la mécanique infernale des semelles tapant en rythme contre le sol, la délicatesse des mains et des doigts claquant et se courbant gracieusement dans l’air… On observe avec fascination un interprète en pleine possession de son art, avec le sentiment d’un moment rare, voire exceptionnel.
Mais Andrés Marín n’est pas là pour en mettre plein la vue. Sa démarche est exigeante – voire parfois un peu opaque, comme lors de la fin. À ce moment‑là, le danseur traverse le plateau au son d’un piano couvert par celui d’une « friture » de plus en plus forte, et on ne voit pas vraiment ce que cela veut dire…
On peut avoir le même regret concernant les superbes chants d’Arcángel. Ce chanteur spécialiste de fandango possède une voix et une maîtrise du souffle proprement sidérantes. Sur un registre aigu semblant toujours « tirer » sur la voix, il brode avec intensité des vocalises virtuoses. Il chante avec son cœur et ses tripes. Sa rigueur musicale combinée à l’intensité très personnelle de son chant sont un bel équivalent vocal au style de Marín. Cependant, on se sent frustré de ne pas comprendre les paroles et, par‑delà le régal des sens, c’est le sens qu’on aimerait bien atteindre. Que serait‑ce si on comprenait mieux ! Peut‑être un surtitrage ou un dispositif équivalent pourraient‑ils être envisagés ? Ceci est d’autant plus dommage vu l’ambition artistique de cette création. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Voir aussi Noche flamenca (critique de Maud Sérusclat-Natale et la Pasión según se mire (critique de Fatima Miloudi)
Les Chants du retour, d’Andrés Marín et Arcángel
Festival d’Île‑de‑France
01 58 71 01 01
Danse et chorégraphie : Andrés Marín
Chant : Arcángel
Avec : Andrés Marín, Arcángel, Pablo Suarez (piano), Salvador Gutierrez (guitare), Antonio Coronel (percussions)
Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau
Réservations : 01 64 22 26 91
Le 30 septembre 2012 à 17 heures
Durée : 1 h 15
De 13 € à 22 €
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