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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 00:12

Julie Duchaussoy, Marianne féministe


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


L’œuvre de Musset est souvent considérée comme mineure, de nos jours. L’auteur, on va le voir, mérite mieux que cette réputation qu’il a parfois contribué à créer.

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« les Caprices de Marianne » | © Yves Le Moullec

Musset n’a que vingt-trois ans quand il publie les Caprices de Marianne, dans la Revue des Deux Mondes en 1833. Il n’en est pas pour autant un débutant, et les années 1833-1834 seront pour lui des années d’une exceptionnelle fécondité. Elles verront naître, notamment, ce qui est sans doute son chef-d’œuvre, Lorenzaccio. La pièce, néanmoins, ne sera représentée sur scène qu’en 1851, et encore, censurée comme non conforme aux règles du théâtre et attentatoire aux bonnes mœurs…

De quoi est-il question ? Cœlio, un jeune noble napolitain, est amoureux de la jeune et belle Marianne, mariée au vieux juge Claudio. Malheureusement pour lui, Marianne est fidèle (et peut-être dévote). L’entremise de Ciuta, une femme de mœurs légères, un peu maquerelle, s’étant révélée vaine, Cœlio se tourne vers son ami Octave. Il espère que celui-ci, qui est le cousin du mari, ayant accès à la maison, sera un meilleur avocat pour lui. Ce faisant, il prépare l’issue tragique de cette comédie en deux actes, écrite par un grand admirateur de Shakespeare et donc du mélange des genres.

Dans la mise en scène de Frédérique Mingant, le décor est réduit au minimum. Les comédiens le plus souvent masqués (cochon, zèbre, lapin, hibou, lion et même squelette) – nous sommes en carnaval – manœuvrent à vue des panneaux à claire-voie en une sorte de ballet. Les accessoires sont peu nombreux : chaises, guéridon… Ce dépouillement permet de resserrer l’attention sur le texte de Musset, qui mélange le réalisme et une forme d’écriture poétique, sa marque de fabrique.

Le dépit comme ressort de l’amour

Le début de la pièce est quelque peu languissant et on peut craindre une énième variation sur le thème éculé du trio femme-mari-amant, épicée du conflit cher à Molière entre une jeune épouse à peine sortie du couvent et un vieil époux aux allures de barbon. La pièce bascule au début du second acte à l’occasion d’un dialogue entre Octave et Marianne. Dans cette joute, au discours séducteur d’Octave, Marianne oppose le malheur des femmes, suspectes jusque dans leur comportement vertueux et déconsidérées si elles cèdent aux sirènes de l’amour. La douce Marianne se révèle ici capable d’une forme de violence. Celle-là même qui la guidera lorsque son dépit face aux soupçons injustes de son mari jouera comme le premier ressort de l’amour.

Julie Duchaussoy donne parfois à son personnage des intonations de féministe moderne : écho à la passion de Musset et George Sand qui jette également ses premiers feux en 1833 ? Si le mari (Claudio) est bien interprété par Daniel Dupont, on aurait néanmoins aimé qu’il rendît plus noire la double nature de ce juge qui se fait meurtrier par procuration. Cependant, les rôles principaux sont ceux de Cœlio, Octave et Marianne, et il faut en féliciter les interprètes. L’accent est mis sur Octave, et c’est justice. C’est lui le personnage double (cœur pur et comportement de ruffian, à l’image de son créateur), qui est au cœur de la pièce.

Frédérique Mingant a réussi son pari de présenter une pièce où les Caprices s’entendent comme ceux d’une femme qui obéit à ses pulsions et ceux qui désignent la fatalité du destin, qui transforme en tragédie la comédie de la vie. 

Jean-François Picaut


Les Caprices de Marianne, d’Alfred de Musset

Mise en scène : Frédérique Mingant

Avec : Gwenaëlle David, Julie Duchaussoy, Daniel Dupont, Sylvain Ottavy, Clément Pascaud, Boris Pomier et Gilles Ronsin

Assistant à la mise en scène : Clément Pascaud

Scénographie : Laurance Henry

Création lumière : Jean-Jacques Beaudouin

Création sonore : Mikaël Plunian

Costumes : Sophie Hoarau

Musique : Concerto pour violon en ré mineur, d’après BWV 1052 de Jean‑Sébastien Bach, Allegretto par gli Incogniti et Amandine Beyer

Régie générale : Fabrice Le Fur, Cédric Le Roux

Couturière : Isabelle Kerbec

Construction : Ronan Ménard, Christophe Lecouflet

Régie lumière : Jean-Jacques Beaudouin, Ludovic Morel

Recherches dramaturgiques : Frédérique Mingant, Damien Le Delezir, Mathilde Rouquet

Administration : Sandrine Vivier, Aude Challemel du Rozier

Théâtre national de Bretagne • salle Serreau • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du jeudi 30 janvier au samedi 1er février 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 35

25 € | 10 € | 7,50 € et abonnements

Tournée :

– 18 février 2014 : Le Canal à Redon (35)

– 21 février 2014 : Office culturel à Loudéac (2 représentations)

– 25 février 2014 : Le Carré, scène nationale à Château-Gontier (53)

– 28 février 2014 : centre culturel Jacques-Duhamel à Vitré (35)

– 3 avril 2014 : Le Grand Logis à Bruz(35)

– 8 avril 2014 : L’Hermine à Sarzeau (56)

– octobre 2014 : Le Théâtre de Verre à Châteaubriant (44)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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