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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:51

C’est pas bien, les caprices !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Tout juste sortie des cours de théâtre, voici une bande de jeunes gens courageux qui portent à la scène du Théâtre du Marais « les Caprices de Marianne ». Un spectacle dont l’énergie bouillante ne dissimule pas des faiblesses de mise en scène et dont la distribution est très inégale. Séduisant, Musset ? Sûrement. Mais qui s’y frotte peut s’y piquer.

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« les Caprices de Marianne » | © D.R.

Ah, Musset ! Ses élans de désespoir, ses tirades superbement écrites, ses envolées lyriques ! Il y a de quoi rêvasser sur son petit classique. Il y a de quoi parler à la jeunesse encore aujourd’hui, à cette jeunesse bouillante mais déjà désabusée, à ces nouveaux enfants d’un siècle malade… Encore faut-il alors faire entendre cette actualité, dégager le jeune auteur de la gangue des classiques.

Or, la modernisation des costumes (au demeurant trop disparates et assez laids) ne suffit pas. Convenons que la tâche est ardue. Elle l’est peut-être encore davantage quand on n’a pas les moyens d’un Schiaretti. Mais, ici, le projet est inabouti. De fait, on sent que le metteur en scène, Émilien Benoît a voulu exploiter le potentiel tragique de cette comédie qui n’en a que le nom. En découlent quelques trouvailles comme ces cloches qui rythment la pièce et annoncent le glas tout en rappelant la force du carcan religieux, ou encore l’interprétation du personnage de Claudio. Le mari de comédie devient, en effet, ici un personnage ombrageux, noir à l’extrême, proche du mafieux. Très réussi.

Mais cette tentation tragique confine parfois au contresens. Le personnage de Marianne est sur ce point particulièrement raté. La voici réduite à une petite-bourgeoise psychorigide du XVIe arrondissement. Sa jupe courte et ses talons lui imposent une allure empruntée. Avec son jeu égal, sa belle voix de tragédienne, on l’imagine plutôt dans Phèdre. Elle semble donc à contre-emploi. Où sont les nuances de ce personnage qui porte tout de même l’un des plus beaux discours sur la condition féminine de ce temps ? Où sont la fine raillerie, la piété véritable et, surtout, ces degrés insensibles qui font passer de l’indifférence à l’amour ? On a du mal à comprendre que deux hommes puissent l’aimer…

Le talent de Raphaël Mostais

La distribution en vient ainsi à modifier la lecture de l’œuvre. On aimerait finalement écouter l’histoire de la mère de Celio, plus émouvante. Surtout, le talent de Raphaël Mostais (Celio) s’impose au point que son ami en devient bien fade. Habité, vibrant, il porte la pièce sur son ombre noire. C’est avant tout pour lui que l’on peut voir le spectacle. Si d’autres personnages sont monolithiques, son jeu passe par une gamme fine et riche. Paradoxale victoire dans les cœurs des spectateurs de celui que la pièce tue et évacue.

Quant à la mise en scène, elle pèche un peu par manque d’audace. Beaucoup de face public, de cavalcades : on peut-être touché par cette fougue, mais on reste un peu sur sa faim. Un spectacle très inégal en définitive dans un très joli décor bucolique. À l’image de Musset, peut-être : charmant mais un peu facile ? 

Laura Plas


Les Caprices de Marianne, d’Alfred de Musset

Compagnie Jeux-Nous

Courriel de la compagnie : generale.theatre@yahoo.fr

Mise en scène : Émilien Benoît

Assistante à la mise en scène : Léa Dauvergne

Avec : Alexis Ballesteros, Simon Bismuth, Laura de Boischevalier, Cyrielle Roquincourt, Olivier Duverger-Vaneck, Clément Magre, Raphaël Mostais, Marie-France Roland

Théâtre du Marais • 37, rue Volta • 75003 Paris

Site du théâtre : www.theatre-du-marais.com

Réservations : 01 45 44 88 42

Du 4 janvier au 31 mars 2012, du mercredi au samedi à 21 h 15

Durée : 1 h 30

20 € | 14 € | 11 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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