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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 14:42

« Cahiers Jean-Vilar », nº 114

Spécial Gérard Philipe


Annonce de Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


L’acteur qui incarna la génération d’après-guerre et qui partageait avec Jean Vilar une approche sentimentale de la question populaire.

Archives et témoignages inédits, nombreuses photos.

Contient la correspondance échangée entre Vilar et Philipe (1951-1959).

112 pages

7,50 euros

Disponible en librairie ou directement auprès de la Maison Jean-Vilar (envoi franco de port)

cahiers-jean-vilar-no114-615

« Cahiers Jean-Vilar », nº 114 | Spécial Gérard Philipe

Gérard Philipe : une icône pour toutes les saisons

Faut-il mourir jeune pour le rester éternellement ? Les destins des Philipe, James Dean, Marylin, Patrick Dewaere, Romy Schneider… donnent le vertige. « Sur les ailes du temps la tristesse s’envole », prétend La Fontaine. Pourtant, en feuilletant et refeuilletant l’album de « Gérard », comment ne pas être à chaque fois étreint d’un regret indéfinissable, d’une tristesse étrange ? Un charme ne cesse d’agir sur ceux qui cherchent à le comprendre aujourd’hui comme sur ceux qui l’ont adoré de son vivant, hier. Le syndrome de Dorian Gray peut-être, qui renvoie à notre propre fragilité…

Incarnation d’une jeunesse en pleine reconquête après les années noires de l’Occupation, icône théâtrale et cinématographique sublimée par une mort survenue en pleine gloire, Gérard Philipe présente cette particularité exceptionnelle d’être plus qu’un comédien : un artiste qui a su s’élever à la conscience de sa responsabilité civique. Bondissant, généreux, rieur, il incarnait la France ressuscitée et beaucoup de Français se projetèrent en lui.

Il ne pouvait s’agir cependant d’idolâtrer seulement l’une des icônes de notre mémoire collective, en sacrifiant à la nostalgie. Les mille visages de celui qui apparaît dans ces pages – tour à tour chien fou du Conservatoire, combattant pour la Libération de Paris, militant de la paix, indocile disciple de Vilar avec lequel il partageait une approche sentimentale du « populaire », syndicaliste virulent, citoyen mettant sa notoriété au service des causes qu’il croyait justes… – renvoient moins au passé qu’ils n’interrogent notre misère présente.

On trouvera ici le récit d’une existence exemplaire pour ne pas dire héroïque : Achille, déjà, préférait une existence brève mais lumineuse à une longue vie obscure et anonyme. Le parcours de la comète Philipe fait œuvre et ne laisse de surprendre : tout commence chez lui par un dialogue étonnamment moderne entre la honte d’un passé qui ne passe pas (relation politiquement incorrecte avec un père condamné à mort) et l’orgueil d’une vie devant soi qui ne doit rien aux parents. Puis il y a ce besoin d’amitiés intellectuelles, poétiques, artistiques, de compagnonnages (Sigurd, Pichette, Perros, Clair, Vilar…), ce goût et tout à la fois cette insatisfaction du succès, ce besoin d’une famille d’esprit et de travail (le T.N.P., la troupe), cette soif de responsabilités, cet esprit d’entreprise, cette modestie d’individu ordinaire, cette fierté d’homme célèbre, cette utilisation discrète de son image, vedette au service de son temps, de son public et de sa profession, cette rare relation enfin à son épouse, Anne, quand tant de femmes l’adulaient…

Cette livraison de nos Cahiers cherche à nourrir une réflexion actuelle et non une contemplation passéiste. On y retrouvera, enrichis parfois, actualisés souvent, des articles que nous avions fait paraître en 2009, à l’occasion du 50e anniversaire de la disparition de Gérard, dans un numéro spécial épuisé. Nous joignons ici l’intégralité des échanges entre Jean Vilar et Gérard Philipe entre 1951 et 1959, précédemment édités par les soins de Roland Monod sous le titre J’imagine mal la victoire sans toi, également épuisé et régulièrement demandé en librairie, signe de la curiosité et de l’attachement que le public conserve pour Gérard Philipe.

Jacques Téphany et Rodolphe Fouano

 

Gérard Philipe vu par

Aragon : « L’image du printemps »

Pourquoi, de tous ces personnages insensés de courage ou de perversité, de grandeur ou d’amour, Gérard Philipe restera-t-il désormais pour moi Perdican ?

Peut-être parce que c’est la dernière image vivante, je veux dire au théâtre, et non cette ombre de l’écran, que je garde de lui. Ah, quel Perdican c’était ! Intolérable comme la jeunesse […].

Perdican ne pouvait vieillir. À trente-sept ans, l’âge où meurt Pouchkine, Apollinaire, Maïakovsky, il a fermé ses yeux avant d’être différent de lui-même. Oui, en un jour, tout change sous le soleil… De Kean, de Frédéric Lemaître ou de Talma, quand nous pensons, nous ne voyons plus que le visage d’un homme âgé ; Gérard Philipe, lui, ne laisse que l’image du printemps. Il faut savoir amèrement l’en envier. Les héros comme lui ne prennent jamais de rides […] Par le monde entier, cette mort frappe de stupeur tous ceux qui ont la tête pour les rêves et un cœur pour aimer. Par le monde entier, tous ceux qui ont le sang généreux partagent le deuil français.

Les siens l’ont emporté dans le ciel des dernières vacances, à Ramatuelle, près de la mer ; pour qu’il soit à jamais le songe du sable et du soleil, hors des brouillards, et qu’il demeure éternellement la preuve de la jeunesse du monde. Et le passant, tant il fera beau sur sa tombe, dira : « Non, Perdican n’est pas mort ! ». Simplement il avait trop joué, il lui fallait se reposer d’un long sommeil. (France nouvelle, 3 décembre 1959)

Maria Casarès : « Une âme errante »

Plus que quiconque, il échappait à la nomenclature. Je n’ai jamais su qui était Gérard. Il m’est toujours apparu attentif à tout et à tous, et cependant je garde le sentiment de ne l’avoir jamais connu. Il passait, insaisissable, invisible si j’ose dire, comme une âme errante qui cherche dans ce monde un support pour se préciser, pour s’incarner. Drapé dans les lumières de la scène ou bien concentré autour d’un être, d’une idée ou d’une action, il semblait alors, et alors seulement, se condenser et exister avec la force de je ne sais quelle volonté désespérée. Profondément romanesque, épris de légendes, il appartenait plus au roman et à la légende qu’à la vie. Mais, comme en exil entre ciel et terre, souffrant de se sentir partagé entre deux royaumes, il s’agrippait à l’existence avec toutes les forces d’un enthousiasme qu’il cultivait avec ferveur et qu’il refusait de perdre ; autour de lui, il s’enroulait comme autour d’un tuteur pour garder ses pieds rivés au sol. J’ai vu un dessin qu’on lui avait demandé de faire pour se définir lui-même : il avait placé un petit bonhomme sur un haut plateau où il y avait un arbre et, en manière de légende, il avait écrit : « Les pieds sur la terre et la tête dans le ciel ».

Armand Gatti : « Une création d’instants parfaits »

Ceux qui ont vu le Cid et la performance de Philipe dans le rôle le plus momifié de la tragédie française ne l’oublieront jamais. Fougueux, passionné, sensible, romanesque, il réussit ce que le théâtre n’avait plus connu depuis Mounet-Sully : une création d’instants parfaits. Le lendemain, la tragédie était réhabilitée en France.

Philipe n’en perdit pas pour autant le sens de l’humour. Un reporter de la radio lui présenta le micro et lui demanda à quoi il attribuait ce renouveau, cette jeunesse du Cid. Il répondit sans broncher : « À Pierre Corneille. ».

Vilar lui-même avait si bien senti passer le génie du théâtre qu’il fit ce qu’aucun acteur ne fait, à moins d’y être obligé : il lui céda un de ses plus grands rôles, celui de Richard II de Shakespeare et, de sa propre main, il écrivit au tableau de service du palais de Chaillot : « Le Roi est mort, vive le Roi ! ». (Paris-Match, 5 décembre 1959)

 

La suite à découvrir dans les Cahiers Jean-Vilar, nº 114.

Recueilli par

Vincent Cambier


Association Jean-Vilar • Maison Jean-Vilar • montée Paul-Puaux • 8, rue de Mons • 84000 Avignon

Tél. 04 90 86 59 64

http://maisonjeanvilar.org/public/accueil.html

Courriel : contact@maisonjeanvilar.org

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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