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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 22:27

L’impossible rencontre
avec Denis Plassard


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Pour sa dernière création, « Les cadavres se regardent dans le miroir », Denis Plassard a choisi de poursuivre le travail de la Cie Propos toujours plus loin des sentiers battus. Après le très réussi « Débatailles » qui s’inspirait des battles * de hip-hop, le chorégraphe s’est appliqué à reproduire le plus fidèlement possible le procédé du roman-photo. Dans sa définition, le roman-photo est une intrigue romanesque ou policière sous forme de photos accompagnées de textes intégrés aux images. Il présente pour la première fois dans le cadre de la Biennale de la danse cette forme encore jamais vue sur la scène du Théâtre de Vénissieux.

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« Les cadavres se regardent dans le miroir » | © Manon Millet

Tout commence par l’arrivée de quatre musiciennes, le quatuor à cordes Tercea composé de trois violonistes et une violoncelliste. Toutes quatre s’installent dans un caisson rouge au centre de la scène. La musique se déploie et impulse le rythme. Un second caisson s’éclaire alors, au-dessus du premier. C’est un appartement, où l’on voit apparaître une jeune femme. Cette dernière s’apparente à la parfaite ménagère des années 1950. Dans le mouvement suivant apparaît un troisième caisson, l’appartement d’un jeune homme qui incarnera le mari idéal. Ils seront suivis d’autres caissons et personnages : l’enquêteur et la vendeuse de pommes magiques.

Tout au long de la pièce, les quatre danseurs accomplissent un véritable « exploit » en forme d’exercice de style. Ils prennent la pause et demeurent figés durant la quasi-totalité des scènes. Les postures volontairement exagérées, les costumes ainsi que les perruques plus vraies que nature, en font de véritables caricatures, fidèles aux personnages de roman-photo. Les objets clés de l’intrigue ne sont autres que des nains de jardin, des pommes magiques, qui donnent aux personnages le pouvoir de reprendre vie, et des miroirs, qui figent davantage ces derniers. L’idée est astucieuse et drôle. Et tous ces éléments pareils aux cases d’une planche composent l’univers ultra cohérent du roman-photo qui se déroule sous les yeux des spectateurs durant un peu plus d’une heure…

Le rythme est inexistant

… Une heure qui paraîtra démesurément longue. La raison ? Le principe même du roman-photo qui consiste en une succession d’images figées. Les images sont là et l’esthétique parfaitement réussie. Les éclairages ainsi que le voile disposé devant chaque caisson créent un grain quasi photographique, témoignent d’une grande subtilité et participent à une mise en scène tout à fait fascinante. En revanche, le rythme, lui, est inexistant. Et cette absence constitue le comble d’un spectacle de danse, mais également le risque de provoquer l’ennui et l’incompréhension des spectateurs.

En effet, on ne saisit pas toujours les clés de lecture des images qui nous sont données à voir. Les protagonistes passent dans la plus totale immobilité d’une pièce à l’autre, les scènes se suivent et paraissent se ressembler de plus en plus. On aimerait que les danseurs, en mouvement sur les courtes séquences où ils mangent des pommes, bougent davantage. Hélas, rien ne se passe et le mouvement demeure le grand absent. Rapidement, on ne distingue plus vraiment les différents moments, on ne comprend plus ce qui se joue durant les ellipses. On est finalement ennuyé, frustré d’avoir perdu si vite le fil d’un scénario devenu totalement abscons.

Ainsi, Les cadavres se regardent dans le miroir touche les limites de l’expérimentation en danse. Cette pièce est un véritable exploit pour ce qui s’en dégage tant sur le plan esthétique que dans le respect du procédé de roman-photo. C’est également le lieu d’un rendez-vous manqué, d’une rencontre impossible entre la danse, art du mouvement par excellence, et l’immobilité de la photo. 

Élise Ternat


* Battles : confrontations dansées dans divers styles de danse urbaine.


Les cadavres se regardent dans le miroir, de Denis Plassard

Compagnie Propos

Mise en scène et scénario : Denis Plassard

Interprètes : Xavier Gresse, Jim Krummenacker, Pauline Laidet, Géraldine Mainguet

Musique : Ludwig Van Beethoven / Quatuor à cordes op. 59 / 2 et 3 (Rasumovsky)

Interprétation par le Quatuor Tercea : Claire Bucelle (violon 1), Anne Camillo (violon 2), Céline Tison (alto), Pauline Buet (violoncelle)

Musicien toppeur : Raphael Vuillard

Scénographie, décoration et accessoires : Denis Plassard, Nicolas Boudier, Amandine Fonfrède

Création costumes : Béatrice Vermande, Julie Lascoumes

Perruques : José de Pedro

Maquillages : Christelle Paillard

Création lumières : Nicolas Boudier

Construction décor : A.E.S.

Régie générale : Éric Dutrievoz

Régie lumières : Dominique Legland

Coproduction : Théâtre Durance / Château Arnoux-Saint-Auban, Biennale de la danse de Lyon, Théâtre de Vénissieux, La Rampe (Échirolles), Cie Propos

Avec le soutien de : D.R.A.C. Rhône-Alpes, région Rhône-Alpes, ville de Lyon

Accueil studio/compagnie : C.C.N. Ballet de Lorraine

Accueil : Théâtre de Vénissieux, Biennale de la danse de Lyon

Compagnie en résidence au Théâtre Durance, Chateaux-Arnoux-Saint-Auban

Maison du Peuple • 8, boulevard Laurent-Gérin • 69631 Vénissieux

Du 23 au 25 septembre 2010 à 20 h 30

Durée : 1 h 5

15 € | 18 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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