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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’amour dans tous ses éclats
Éclat de la jeunesse et de sa fougue généreuse : voici une troupe de jeunes comédiens qui se donnent pleinement pour faire entendre « les Amoureux » de Goldoni. Éclats de la mise en scène moderne de Julien Delbès, qui passe quelques bornes, mais avec tant de charme. Éclats enfin des voix des personnages truculents de la pièce : on aurait tort de bouder ce vrai plaisir !
« les Amoureux » | © Gwenaëlle Decloux
Le théâtre pour le plaisir du théâtre, comme c’est délicieux ! D’accord, rien n’interdit, lorsque l’on voit les Amoureux, de réfléchir à la place de l’argent dans la société milanaise, ou au mariage… mais rien n’y contraint non plus. C’est le jeu qui importe ici : jeu de l’amour et du pouvoir, jeu avec les codes de la commedia que Goldoni renouvelle à en étourdir, jeu des comédiens enfin, à qui Goldoni fait un magnifique présent.
Les deux personnages principaux sont de fait un rêve de comédiens – et les deux interprètes sont excellents. Ce sont deux amoureux, deux fous, deux jaloux impénitents : Eugénie et Fulgence. L’une passe son temps à quereller celui qu’elle aime. L’autre, en retour, prend la mouche, s’en va, prêt à rompre, mais revient sans cesse pour se réconcilier. Monstres de théâtre, ils sont peut‑être des monstres tout court. Mais on s’y reconnaît assez pour les aimer, et trop peu pour ne pas en rire franchement.
Autour de ces étoiles aux branches piquantes gravitent quelques raisonneurs et ridicules. On retrouve le vieil oncle marieur à marottes (Montassar Alaya, convaincant), l’importun magnanime, la soubrette délurée et son alter ego benêt. Julien Delbès dirige tout ce monde pour que chacun trouve sa place, une vraie place. Il a encore l’idée fine de donner un grain de folie aux raisonneurs, et une once de bon sens aux plus fous. Il ose quelques clins d’œil : le valet de Fulgence a ainsi l’accent italien (même s’il le perd malheureusement en route), l’oncle pourrait être un Sicilien ou un émigré truculent d’Afrique du Nord. Belles trouvailles.
Silhouettes hautes en couleur
Chaque personnage est croqué grâce à quelques traits saillants qui le distinguent. Il y a une fine blonde, une flamme qui souffle le feu, et la brune plus sage et généreuse. L’une est en rouge, l’autre est de bleu vêtue. Un code de couleurs très simple permet, de manière générale, de créer des duos, des couples ou des oppositions : parti pris efficace comme celui d’une modernisation sans prétention et d’un décor réduit.
Une table de café, trois chaises, une sonnette suffisent en effet. Ils ne sont là que pour créer du jeu. On est d’ailleurs assez épaté par toutes les ressources que trouvent acteurs et metteur en scène. La chaise peut servir de gueuloir, la sonnette en fond de scène permet à chaque personnage de se découper et de se présenter avant d’entrer en scène. Les entrées et les sorties, qui n’en sont pas vraiment, donnent alors lieu à des jeux comiques et variés. Le Théâtre du Funambule est un tout petit théâtre perché dans une des rues enchevêtrées de Montmartre : pas de dénivelé dans la salle, peu de moyens. Pourtant, la contrainte semble ici plutôt stimuler la création. Car les comédiens utilisent les spécificités du lieu. Un jeu de lumières très maîtrisé habille en outre le plateau. Il permet, par exemple, de jouer sur les apartés ou les didascalies abondantes du texte.
Lumières, placements, inventivité : il y a de quoi se réjouir… et oublier quelques outrances. Parfois, la mise en scène se veut un peu trop branchée et ne fait peut‑être pas assez confiance au texte, parfois elle explicite trop les sous‑entendus. Le personnage de Rodolphe, en particulier, pâtit de ces choix. Qu’il est délicat de faire rire ! En même temps, l’excès parfois emporte l’adhésion. Par ailleurs, les filles sont épatantes, des jeunes premières à la soubrette. Chapeau à chacune d’elle… et les garçons arrivent presque à leur niveau (ce n’est pas peu dire). Les comédiens sont donc si généreux qu’on leur pardonnerait tout… comme aux amoureux… ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
Les Amoureux, de Goldoni
Garnier Flammarion, traduction : Norbert Jonart
Adaptation : Julien Delbès
Compagnie Alacompote • 7, rue Eugène‑Varlin • 94800 Villejuif
Site : http://alacompote.canalblog.com/
Facebook : http://facebook.com/Alacompote
Courriel de la compagnie : alacompote@hotmail.fr
Mise en scène : Julien Delbès
Avec, en alternance : Claire Bosse‑Platière, Mathias Zakhar ou Amaury de Crayencour ou Éric Pucheu, Amandine Piot ou Élise Hobbé, Julien Rouvière, Montassar Alaya ou Rui Silva, Marianne Caillet ou Amandine Piot, Adrien Guitton ou Yoann Parize
Le Funambule-Montmartre • 53, rue des Saules • 75019 Paris
Réservations : 01 42 23 88 83
Site du théâtre : www.lefunambule-montmartre.com
Du 4 juillet au 1er septembre 2012, du mercredi au samedi à 20 heures et le dimanche à 16 heures
Durée : 1 h 15
21 € | 11 €
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