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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 15:39

Delerm, le séducteur


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


En ouverture de Mythos, festival des arts de la parole, à Rennes, Vincent Delerm se produisait à l’Opéra, une grande première. Le trentenaire à l’air fragile et un peu timide s’y est révélé un redoutable séducteur.

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Vincent Delerm | © D. R.

La dernière œuvre discographique de Vincent Delerm, la cinquième depuis 2002, porte un titre énigmatique, les Amants parallèles (Tôt ou tard / V.F. musiques, 2013). Voilà bien un superbe oxymore, s’il en est, puisque, les parallèles « ne se rencontrant jamais » comme on l’apprend à l’école, il y a là quelque difficulté pour des amants ! Cette considération de géométrie euclidienne n’émeut guère Vincent Delerm, et il déclare tout uniment que ses amants ne sont « pas les mêmes, pas mélangés, pas loin et à côté quand même ». Vous me suivez ?

Le spectacle commence par des projections savamment maladroites qui évoquent le cinéma muet des patronages d’antan et le théâtre d’ombres chinoises de M. le vicaire ou de l’instituteur. Puis, Vincent Delerm partage la scène avec deux pianos, un piano de concert dont il joue dans une curieuse position assis-debout grâce à un tabouret spécial et un piano droit préparé (c’est-à-dire piloté par ordinateur) dont on voit les cordes et les marteaux.

Un autre personnage joue également un rôle important : la voix off. Ainsi paré, chacun peut embarquer pour un voyage sensible et plein d’humour de plus d’une heure trente. C’est ce que fait un public inhabituel à l’Opéra qui remplit cette auguste salle à ras bord.

Tout est elliptique, à la limite de l’épure

Les Amants parallèles constituent la première partie du concert, une petite quarantaine de minutes. On y voit défiler treize petites saynètes, autant de moments de la vie d’un couple. Leur histoire commence avec la première chanson dans l’Avion. Nous allons la suivre quelque temps, entrelacée aux souvenirs de l’un et de l’autre. Delerm nous la raconte sur le ton de la confidence, sans pathos, souvent sous la forme d’un chanté-parlé qui est un peu sa marque de fabrique. Les textes sont en prose souvent rimée ou même en prose tout court comme Robes, qui est le récit d’un morceau de vie. L’univers des amants est suggéré par des noms propres, des lieux, des personnes, ou des objets emblématiques. Plus que jamais, tout est elliptique, à la limite de l’épure. La mise en scène est également très dépouillée. Les transitions, qu’elles soient assurées par Delerm en direct ou par des voix off, jouent beaucoup sur le registre de l’humour avec une prédilection pour le dérisoire et l’autodérision.

La seconde partie repose sur des reprises. Dès le premier titre, la Vipère du Gabon (2002), le public chante spontanément le refrain. Dans la première, déjà, les battements de mains pour marquer le rythme démarraient dès qu’un passage était reconnu. Une partie du public, surtout féminin, se laissait même aller à chantonner. On poursuit dans son premier album avec Deauville sans Trintignant que suivront Fanny Ardant et moi, Châtenay-Malabry, le Monologue shakespearien. Puis ce seront Quatrième de couverture, les Filles de 1973, le Baiser de Modiano et Natation synchronisée (2004) avant Avec ta tête (2007) et Un temps pour tout (2008).

Cette façon de parcourir le passé, notamment le plus lointain, est très intéressante. Elle permet d’approcher l’univers de Vincent Delerm et sa construction. Dès les débuts, on voit cette attraction pour une forme de réalisme quotidien, mais dynamité par un humour subtil et une distance quasi absurde. On retrouve cette propension à l’introspection, souvent rétrospective, et cette façon d’entrelacer flux intérieur et notations concrètes. Un grand art, derrière une apparente simplicité. La nouveauté, c’est sans doute la tentation minimaliste. C’est dans cet assemblage patient et subtil, comme on dit pour les grands crus, que réside le charme de Vincent Delerm, ce qui fait toute sa séduction. 

Jean-François Picaut


Les Amants parallèles, de Vincent Delerm

Spectacle et mise en scène : Vincent Delerm

Scénographie et conseil artistique : Aurélien Bory

Lumière théâtre d’ombres : Arno Veyrat

Création et mise en lumière : Nicolas Maisonneuve

Arrangements musicaux : Clément Ducol

Avec : Vincent Delerm (piano et voix)

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de-Ville • B.P. 3126 • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 23 62 28 28

Le mardi 15 avril 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

30 € | 25 € | 20 € | 15 €

Mythos 2014, festival des arts de la parole, du 15 au 21 avril 2014, Rennes Métropole, Ille-et-Vilaine

Tél. 02 99 79 00 05

www.festival-mythos.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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