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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 21:09

« Leks » : l’extase est dans le bois

 

Amusant et poétique, « Leks », au Théâtre des Hivernales, offre au spectateur un bol d’air et une récréation. Dans une forêt remplie de sons mystérieux, une danse de l’homme se déploie au rythme de plusieurs rencontres. Un ballet inattendu d’où surgissent quelques questions sur la condition humaine.

 

Le rideau se lève sur un décor boisé plein de charme. La verdure à la profondeur énigmatique nous happe immédiatement. Un premier personnage, sorte de Robinson Crusoé, apparaît. Il semble peu à l’aise dans cet environnement, sursautant au moindre bruit : brames, crissements de feuilles ou autres échos de la nature. Il est l’homme d’aujourd’hui qui découvre la nature et tente de la réapprivoiser. Ce pourrait être chacun d’entre nous, lâché en pleine forêt et forcé d’y survivre. Ses mouvements peu assurés font sourire. Comme un homme seul est maladroit dans ce milieu qu’il a quitté depuis longtemps ! Puis une femme apparaît. Elle se fond bien mieux dans le décor de la forêt, ses déplacements sont précis et posés. Ils échangent quelques mots, mais communiquent-ils vraiment ? Chacun reste plutôt dans son monde, répétant ses gestes de cueillette ou de guet, comme autant de rituels rassurants. Un deuxième homme entre en scène, il danse et secoue la poussière dans ses cheveux. Peut-être se débat-il, peut-être est-ce un animal ? En pleine nature, il n’est pas facile de distinguer l’homme de la bête.

 

leks dorina-fauer

« Leks » | © Cie Dora Fauer 

 

Une fois ces trois personnages présentés, chacun avec son attitude et son rythme, trois duos différents se forment pour danser à tour de rôle. Là, les trois « accouplements » (pour reprendre le sous-titre, Mating Areas, qui signifie « aires d’accouplement ») sont autant d’hymnes à la nature, à sa force, aux questions qu’elle inspire. Comment retourner à des échanges plus purs ? Notre prétendue civilisation nous éloigne-t-elle irrémédiablement de la nature ? Nous est-il désormais impossible de retrouver le salutaire « état de nature » ? Les interrogations sont abordées sans lourdeur et laissent place à une belle démonstration d’agilité. Ainsi, ce spectacle rythmé est un bel exemple de ce qu’aime raconter la danse : l’attirance, l’entente, le rejet, la peur, la fuite. Les danses sont une suite de surprises et un délice des yeux. De la sorte, à travers la maîtrise des corps et leur harmonie, se dévoile avec finesse le portrait de trois personnages étranges. Ils nous emmènent au fil de leurs errements, de leurs tentatives, avec une grande complicité.

 

Les comédiens sont pour beaucoup dans cette réussite. Chacune de leurs acrobaties nous surprend et nous touche. C’est comme s’ils partageaient avec le public la liberté dont ils savent jouir sur scène. On le sent bien, le projet a été monté en étroite collaboration, par une équipe soudée et impliquée à 100 %. Certainement, un grand travail préparatoire sur la gestuelle, sur l’expression sans paroles, a aidé les comédiens à acquérir une parfaite maîtrise. Sans prétention, le spectacle est ludique et rafraîchissant. 

 

Cécile de Palaminy

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Leks (Mating Areas), de Pierre-Yves De Jonge

Compagnie Dorina Fauer • 9, rue de Lisbonne • 1060 Bruxelles, Belgique

dorinafauer@gmail.com

Conception : Pierre-Yves De Jonge

Avec : Pierre-Yves De Jonge, Cille Lansade, Fran De Jonge

Chorégraphie, scénographie, décor sonore : Pierre-Yves De Jonge

Lumière : Alice Dussart, en collaboration avec Pierre-Yves De Jonge

Régie : Vincent Tandonnet

Diffusion : Camille Gibrat / L’L (Lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création, Bruxelles)

Théâtre Les Hivernales • 18, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 33 12

http://www.hivernales-avignon.com

Du 11 au 23 juillet 2010 à 21 heures, relâche le 17 juillet 2010

Durée : 55 min

17 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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