Partager l'article ! « Le Voyage de Victor », de Nicolas Bedos (critique de Vincent Morch), Théâtre de la Madeleine à Paris: Quelle décepti ...
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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Quelle déception !
Guy Bedos. Macha Méril. Le Théâtre de la Madeleine. Une invitation à un beau voyage, aux confins de la souffrance, par-delà l’oubli et le désespoir, pour sonder jusqu’où peuvent descendre les racines de l’amour. Hélas, malgré ses belles promesses, « le Voyage de Victor » ne m’a guère emmené loin, seulement aux frontières du sommeil.
Quand la souffrance est intense, quand elle empoisonne chaque seconde de l’existence, l’oubli total, absolu, peut apparaître comme une solution. C’est cette recherche d’oubli qui pousse certains vers l’alcool et les drogues, vers la mort parfois. Victor est devenu amnésique dans un terrible accident de la route. Il fuyait quelque chose, lui aussi, et cet oubli, au bout du compte, lui convient – il a quelque chose de rassurant et de tendre, presque de maternel. Tous les matins, Victor se réveille ainsi la mémoire vierge, vierge non seulement de sa vie d’avant l’accident, mais de ce qui s’est passé la veille. Tous les matins, il se réveille comme un homme nouveau. Ou plutôt comme un enfant, qui ouvrirait ses yeux sur le monde pour la première fois. Mais il y a cette femme, cette femme qui lui tient obstinément compagnie, et qui l’enjoint de se ressouvenir. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Pourquoi vouloir l’arracher à ses limbes bienheureux ?
Si ce bel argument, séduisant sur le papier, m’a nettement moins convaincu sur les planches, c’est la faute d’abord au rythme de la pièce, où le débit de parole assez lent des acteurs se conjugue avec une structure dramatique linéaire, sans à-coups ni surprise véritable. L’intention de l’auteur envers ses deux personnages se devine en effet assez vite, et l’évolution de leur relation se passe de manière trop prévisible pour raffermir l’attention à chaque scène. Leur tête-à-tête sentimental finit presque par endormir par sa gentillesse un peu kitsch. C’est mignon, ça roucoule, ça ronronne, mais cela ne touche pas. Et rien dans la mise en scène, les lumières ou la musique n’apporte de souffle décisif.
« le Voyage de Victor » | © François Berthier
Le peu de matière textuelle de cette pièce (sept scènes aux répliques très brèves) n’est pas contrebalancé par la densité du sens. Pas de réel approfondissement de cette relation paradoxale entre un amnésique et sa « soignante ». Pas de coups de poing, pas d’éclairs aveuglants. Juste, de loin en loin, quelques répliques qui font mouche, mais je trouve le bilan au total trop maigre. Plus grave, l’explication finale de l’accident me paraît invraisemblable.
Écrite très vite, de l’aveu même de son auteur, cette pièce aurait donc gagnée à être beaucoup plus travaillée, étoffée et mûrie. En l’état, elle ne peut trouver sa principale force que dans le talent des acteurs. Or, la prestation de ceux-ci me paraît pour le moins contrastée. Si Guy Bedos m’a plutôt convaincu dans ce registre inhabituel pour lui, interprétant avec énergie et sensibilité cet homme-enfant égaré entre présent et passé (dès la scène d’ouverture, à sa table, sans rien dire, il est parvenu à me toucher par la vulnérabilité qu’il exprimait), le jeu de Macha Méril m’a déçu. Il m’a trop souvent donné l’impression de ne pas trouver un ton juste, naturel. Cet excès d’artificialité ne m’a pas aidé à croire à ce personnage dont, par ailleurs, j’ai eu du mal à saisir la motivation et la cohérence. Le Voyage de Victor est donc une pièce qui part d’une bonne idée, mais qui souffre à mes yeux d’un manque manifeste d’approfondissement. Malgré la belle prestation à mettre au crédit de Guy Bedos, j’ai fini par m’y ennuyer. Il serait difficile pour moi de la conseiller. ¶
Vincent Morch
Les Trois Coups
Le Voyage de Victor, de Nicolas Bedos
Mise en scène : Nicolas Bedos
Assistant à la mise en scène : Crystal Shepherd-Cross
Avec : Guy Bedos, Macha Méril
Musique : Nicolas Bedos
Collaboration musicale : Olivier Urvoy
Décors : Édouard Laug
Lumières : Laurent Béal
Son : Jérôme Calippe
Théâtre de la Madeleine • 19, rue de Surène • 75008 Paris
Réservations : 01 42 65 07 09 | 0 892 68 36 22
À partir du 20 octobre 2009, du mardi au vendredi à 19 heures, les samedis à 16 heures, les dimanches à 18 heures
Durée : 1 heure
32 € | 20 € | 10 €
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