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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Franz danse
Le dernier texte de Kafka, « le Terrier », est un récit inachevé écrit à Berlin en 1923. Deux visions sont proposées pour ce texte. D’une part, il pourrait être la représentation du travail d’écriture face à la nécessité pour l’écrivain d’écrire, à la difficulté d’élaboration d’une création littéraire. D’autre part, cela pourrait être la représentation de la maladie, la tuberculose en l’occurrence, cette maladie envahissante, grandissante et effrayante dont Kafka mourra en 1923.
Le personnage nous emmène dans les couloirs, les galeries, les ronds-points et la place forte du labyrinthe de son
terrier. Une seule connexion, dissimulée par une épaisse couche de mousse, le relie à l’extérieur, dont il se protège. Plus loin, un leurre pour égarer le curieux. Quoi qu’il en soit, on ne
connaît rien de celui qui nous promène d’un bout à l’autre de son antre durant une heure.
Ici, le narrateur est double : la comédienne Nathalie Royer et le danseur Denis Plassard. Le Terrier peut donc être le nid de ce couple, à moins que ce ne soit le narrateur et son double, son mental ou sa psychologie. La force de ce choix de mise en scène est de transcender les premières interprétations et de nous donner à voir la force intemporelle de ce texte. En effet, cette ouverture de sens nous pousse à élargir notre vision jusqu’à y inclure la peur de la nouveauté, de l’inconnu, de l’étranger, du changement, de l’autre.
La difficulté de ce spectacle aurait pu consister en une illustration du texte par les gestes. Il n’en est rien. Comédienne et danseur jouent et dansent le texte à leur façon. Ici, le geste enrichit le texte, complète, donne du rythme, fait sourire et fait peur. Il ne gêne pas la compréhension des mots, il l’appuie. Ce jeu mêlé nous aide à assimiler le texte qui, donné comme un monologue, serait peut être difficile à suivre sans le support de la lecture papier.
Quant à l’interprétation elle-même, la comédienne est épatante d’énergie lorsqu’elle danse et dit le texte. Elle danse, monte, descend, remonte, tourne et redescend de l’échafaudage, qui représente une partie du terrier, s’assoie, se lève du canapé, place forte du terrier, sans que jamais le moindre essoufflement ne vienne gêner la diction. Le danseur, lui, joue avec ses yeux tout autant qu’avec son visage et son corps. Par moments, nous le ressentons un peu comme un double, qui serait un peu spectateur et moqueur du narrateur, allégeant ainsi son angoisse, sa paranoïa, sa violence. ¶
Esther Mano
Les Trois Coups
Le Terrier, de Franz Kafka
Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Acqueducs • 69005 Lyon
Coproduction à la création (en janvier 1998) : salle Gérard-Philipe, Villeurbanne-Compagnie Propos
04 78 15 01 80
Mise en scène : Denis Plassard, avec la complicité de Nathalie Royer
Interprètes : Denis Plassard et Nathalie Royer
Scénographie : Alain Poirot, Jean Tartaroli, Denis Plassard, Bénédicte Jolys (pour la remise en état du décor)
Costumes : Béatrice Vermande, Fabienne Guidon
Création lumières : Jean Tartaroli
Reprise lumières : Nicolas Boudier
Régie lumières : Dominique Legland
Photo : Christian Ganet
Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Acqueducs • 69005 Lyon
04 78 15 01 80
Lundi 11 au jeudi 14 janvier 2010, mardi 19 au vendredi 22 janvier 2010 à 20 h 30
Durée : 1 heure
20 € | 15 € | 7 €
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