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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 14:52

Trop facile


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Patrick Chesnais dans le rôle de Tartuffe, Claude Brasseur dans celui d’Orgon : voici une tête d’affiche des plus alléchantes – mais qui peut se retourner contre la pièce si le metteur en scène s’appuie trop sur elle. Sans aller jusque‑là, notamment grâce à la qualité de nombreux seconds rôles, ce « Tartuffe » m’a semblé manquer d’inventivité et de « peps ». De beaux moments, mais dans l’ensemble une déception.

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« Tartuffe » | © B. Richebé

Cette production réunit pourtant de nombreux atouts. Dès l’ouverture des rideaux, le spectateur est frappé par l’élégante sobriété de la scénographie de Nicolas Sire. Le décor est intégralement blanc, à l’exception d’une toile de fond sombre sur laquelle a été peint un Christ. Cette toile est mobile, tout comme de hauts pans de murs : les changements du lieu de l’action sont principalement suggérés par la combinaison de leurs déplacements respectifs.

La qualité des costumes mérite d’être elle aussi soulignée : tout en s’ancrant de façon assumée dans la mode du xviie siècle  (avec quelques incursions surprenantes du côté du xviiie), leur coupe est subtilement moderne. Il se dégage d’eux, surtout, une impression générale de sobriété qui convient très bien à l’humeur dévote du maître de la maison, l’irascible Orgon.

La première scène est l’occasion pour Jacqueline Danno de proposer au spectateur une interprétation d’anthologie de Mme Pernelle, la redoutable mère d’Orgon. En accablant, avec un talent consommé, son entourage de reproches aussi cinglants que honteusement jouissifs, elle laisse présager le meilleur pour la suite.

Une merveille de Dorine

Hélas, quelque chose, au fil des actes, se dérègle. Est‑ce dû au fait que certains acteurs se révèlent quelque peu décevants ? Ainsi d’Émilie Chesnais (Mariane), que sa diction approximative pénalise, et qui a du mal à rivaliser avec la puissante présence d’une Chantal Neuwirth (une merveille de Dorine, bonne fille du peuple, aux pieds solidement ancrés sur terre). Ainsi, aussi, de Patrick Chesnais, dont l’interprétation de Tartuffe est fine, intelligente, mais qui joue de nombreuses scènes sur un rythme si lent que le déroulement de l’action en est littéralement plombé. Ce manque d’énergie et de rythme est d’autant plus incompréhensible qu’il n’est pas constant. L’acteur était‑il dans un mauvais soir ?

Mais, surtout – et cela n’a rien à voir avec l’état de forme de l’un ou l’autre des acteurs –, j’ai trouvé la mise en scène de Marion Bierry particulièrement plate et statique. L’espace immense du plateau n’est quasiment pas exploité (des dialogues de cinq minutes où les acteurs semblent vissés sur place !), aucun jeu de lumière, peu d’effets sonores… vraiment pas grand‑chose à se mettre sous la dent. J’en ai ressenti une immense frustration. Est‑ce là un choix assumé pour le classicisme ? Je répondrai, pour ma part, que Molière et la troupe exceptionnelle qu’il avait réunie méritaient mieux que cette lecture trop facile. 

Vincent Morch


Le Tartuffe, de Molière

Mise en scène : Marion Bierry

Assistant mise en scène : Denis Lemaitre

Avec : Claude Brasseur, Patrick Chesnais, Chantal Neuwirth, Beata Nilska, Émilie Chesnais, Julien Rochefort, Arnaud Denis, Marcel Philippot, Guillaume Bienvenu, Roman Jean‑Élie, Alice de La Baume, Jacqueline Danno

Décors : Nicolas Sire

Costumes : Marion Bierry, Virginie Houdinière

Lumières : André Diot

Théâtre de Paris • 15, rue Blanche • 75009 Paris

http://www.theatredeparis.com/

Réservations : 01 48 74 25 37

À partir du 11 septembre 2012, du mardi au samedi à 20 h 30, samedi à 16 heures

Durée : 2 h 15

48 € | 38 € | 28 € | 18 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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