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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 15:39

Un Feydeau au top

et au T.O.P. !


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Une femme, un mari, un amant : comment, de cette sainte trinité du théâtre de boulevard, tirer des situations inédites à même de surprendre les spectateurs les plus blasés ? Dans « le Système Ribadier », Georges Feydeau apporte à ce problème des réponses jubilatoirement délirantes, que Jean‑Philippe Vidal et ses comédiens servent ici de main de maître. Un pur chef‑d’œuvre !

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Hélène Babu (Angèle) et Pierre Gérard (Ribadier)

© Christophe Raynaud de Lage/Wikispectacle

L’être humain, paraît-il, est capable de s’adapter à tout. Même devant les problèmes les plus épineux, même dans les situations les plus désespérées, son intelligence et son imagination lui conféreraient le pouvoir de trouver solutions et salut. Ainsi, lorsque l’ingénieur Ribadier (Pierre Gérard) s’est‑il trouvé en butte à la jalousie maladive d’Angèle son épouse (Hélène Babu) – il faut préciser que la malheureuse avait été trompée de façon éhontée par son défunt premier mari –, il a, à sa manière, fait honneur à l’espèce humaine en inventant une manière tout à lui d’endormir sa méfiance…

Las, comme toujours chez Feydeau, les plus belles mécaniques sont faites pour s’enrayer. En l’espèce, le grain de sable prend ici la taille et la figure de Thommereux (Loïc Brabant), un ancien soupirant d’Angèle, qui, par amitié envers son premier mari, avait pris le chemin de l’exil pour s’éviter de le trahir. De retour de sa lointaine Batavia, apprenant le remariage de la belle, il décide de prendre enfin ce qu’il considère comme son dû…

Des sommets de délire et d’absurde

Hommes, femmes, ingénieurs, marchands de vin, tout le monde ici en prend pour son grade. Sous le regard d’outre-tombe de feu Robineau, le premier mari d’Angèle (son visage est projeté sur le fond de la scène), se met en place un démantèlement méthodique de la raison et des apparences qui atteint des sommets de délire et d’absurde.

Les qualités intrinsèques de la pièce sont servies par une mise en scène particulièrement rythmée. La scénographie est sobre mais efficace (sur le plateau noir sont disposés symétriquement, côté cour et côté jardin, deux portes blanches et deux moitiés d’un canapé mauve). Les répliques fusent et font mouche, les acteurs bougent, occupent l’espace : une grande vitalité, un plaisir communicatif se dégagent grâce à eux de la scène.

Tous maîtrisent leur rôle sur le bout des doigts, et transcendent des scènes qui atteignent en elles-mêmes des sommets de drôlerie. Ainsi de celle‑ci, d’anthologie, où Angèle contraint Ribadier à rejouer la scène précédente, au cours de laquelle il s’était fort compromis, en alexandrins (pour s’en sortir, Ribadier avait en effet prétendu qu’il répétait une pièce de théâtre avec son club). Où l’on constate que les ingénieurs ne font pas toujours de très bons poètes ! J’ai aussi été particulièrement impressionné par l’interprétation de Savinet (le cocu de Ribadier, marchand de vins à Bercy de son état) par Gauthier Baillot, que j’ai trouvée d’une justesse et d’une fluidité qui frôlaient la perfection.

Il reste peu de temps pour voir ce Système Ribadier : courez-y ! 

Vincent Morch


Le Système Ribadier, de Georges Feydeau (en collaboration avec Maurice Hennequin)

Mise en scène : Jean-Philippe Vidal, assisté de Pierre-Benoist Varoclier

Collaboration artistique : Denis Loubaton

Costumes : Fanny Brouste

Création lumières : Thierry Robert

Création son : Alexandra Plavsic

Création image : Damien Villière

Construction scénographie : Ateliers de la Comédie de Reims

Avec : Hélène Babu, Gauthier Baillot, Loïc Brabant, Ludmilla Dabo, Pierre Gérard, Pierre‑Benoist Varoclier

Théâtre de l’Ouest-Parisien • 1, place Bernard-Palissy • 92100 Boulogne‑Billancourt

Réservations : 01 46 03 60 44

http://www.top-bb.fr/theatre-de-louest-parisien-calendrier/spectacle/2012-10/6-le-systeme-ribadier.html

Du 6 au 14 octobre 2012, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures

Durée : 1 h 45

27 € | 22 € | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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