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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Ils peuvent être fiers
Vous aimez la commedia dell’arte ? Courez vite voir « le Soldat fanfaron ». Vous apprécierez en fin connaisseur la qualité exceptionnelle de l’interprétation, du jeu masqué, vous reconnaîtrez tous ces types comiques que vous appréciez. Vous n’aimez pas la commedia ? Courez quand même à la cour du Barouf, vous changerez d’avis tant le spectacle convainc par sa beauté (des costumes, de la musique) et son intelligence. Ce soldat nous a conquis !
« le Soldat fanfaron » | © Martin Bernhart
Le Soldat fanfaron est une comédie de Plaute. Mais si, Plaute… cet extraordinaire auteur qui vécut… au iiie siècle avant J.‑C., à Rome. Ne vous inquiétez pas, son œuvre ne sent pas la déclinaison. D’ailleurs, Molière lui a piqué une bonne partie de ses sujets. Plaute est le créateur (bien inspiré par la nouvelle comédie grecque) de ces types que nous connaissons tous : le valet débrouillard, le jeune premier éploré et un peu niais, la courtisane rusée, le vieux benêt… Il a en particulier conçu ce monstre magnifique, promis à la postérité : le soldat fanfaron.
Ce soldat fanfaron est peut‑être un reflet de notre société au sens où il veut posséder femmes et objets, où il s’enivre de paroles, et se trouve fasciné par lui‑même. C’est la vision de Marc‑Alexandre Cousquer, qui met ici en scène la pièce. En tout cas, c’est une formidable gageure d’acteur et un superbe aiguillon dramatique. Plaute écrivait des comédies motoria (« à moteur »). Ici, le moteur est le fanfaron. Tout se trame autour de lui, à cause de sa bêtise. Il suffit qu’il arrive pour que l’on rie, si l’interprète est à la hauteur. Or, c’est bien le cas ici. Jean‑Serge Dunet est généreux, fin, incroyable. Il hennit, blêmit, se ridiculise, et l’on se prend de tendresse pour lui.
Si le Soldat fanfaron est la plus longue pièce de Plaute, qu’importe donc ! Le temps file, comme dans un rêve de théâtre. On savoure chaque réplique, quand le comique est au rendez‑vous. Comique de mots, comique de situation. Il faut dire que l’histoire est abracadabrante. Enlèvement, amours secrètes dans la pure tradition grecque, mais aussi traquenard d’esclaves malins et rusés, fausses jumelles. On a vraiment l’impression que Plaute s’amuse. Peut‑être se moque‑t‑il un peu de Pyrame et Thisbé ou de ses modèles comiques ? Pour faire partager cette allégresse, Marc‑Alexandre Cauquer a conçu une belle scénographie ludique. De fait, les deux traditionnelles maisons de la comédie se transforment en des boîtes à malice d’où surgissent puis disparaissent les personnages. On a alors parfois l’impression d’être face à un beau castelet aux magnifiques couleurs lavées.
Tout est beau, harmonieux sur scène
Mais tout est beau, harmonieux sur scène. Les costumes magnifiques, les maquillages impressionnants sont du niveau de ceux que l’on trouve chez Ariane Mnouchkine. Les masques ont des couleurs chaudes, et leur qualité expressive n’a d’égale que leur somptuosité. Comme, très judicieusement, la compagnie emploie les techniques de jeu de la commedia dell’arte, on ne trouve pas de vaine reconstitution. Mais, tandis qu’assis dans la cour du Barouf, on voit la lumière du jour varier de minute en minute et habiller la scène, tandis qu’un vent léger passe et que l’on est protégé par un voile, peut‑être ressent‑on quelque chose des sensations du théâtre en plein air romain.
Il est difficile de faire état de toutes les qualités du spectacle, mais on ne saurait oublier la musique créée spécialement pour la pièce et interprétée en direct. Quelle bonne idée ! Les personnages et leurs émotions ont leur couleurs musicales, des interventions soulignent ironiquement des passages romanesques. Deux spectacles nous sont en fait offerts, car du balafon aux percussions, les instruments sont éclatants, et les deux interprètes font preuve d’un talent remarquable et d’une réelle complicité avec les comédiens. Ah, les comédiens ! Aucun ne démérite. Ils sont proprement exceptionnels. On pèse ses mots, quand on connaît la difficulté du jeu masqué. Menés sans doute par un metteur en scène inventif, ils se donnent et nous donnent un plaisir infini par leur engagement, et par la finesse de leur prestation.
Quand nous avons assisté à la représentation, il restait des places dans la cour, et la troupe joue seulement jusqu’à vendredi. Alors allez les voir, ils valent vraiment le détour ! ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
Le Soldat fanfaron, de Plaute
Le Théâtre de l’Homme‑Inconnu • 2, rue Werinhar • 67000 Strasbourg
03 88 61 45 71
Mise en scène, scénographie, masques : Marc‑Alexandre Cousquer
Avec : Marc‑Alexandre Cousquer, Jean‑Serge Dunet, Cédric Ingard, Wilhem Queyras, Nadia Reeb, Marc Schweyer et Estelle Sebek
Création musicale : Benoît Moerlen
Interprétation musicale : Vincent Vergnais et Isabelle Scrive
Décor : La Pièce manquante / Martin Bernhart
Costumes : Farida Kalt
Conseil en conception lumière : Christian Peuckert
Régie lumière : Quentin Lemaire
Cour du Barouf • 7 bis, rue Pasteur • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 15 18
Du samedi 7 juillet au vendredi 20 juillet 2012 à 12 heures
Durée : 1 h 30
16 € | 11 € (carte Off) | 7 € (enfants)
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