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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 13:46

Je sacre, tu sacres,
nous sacrons


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Nous avions découvert Roger Bernat avec « Pendiente de voto » lors du festival Sens interdits organisé par le Théâtre des Célestins il y a quelques semaines. C’est à l’occasion de la seconde édition de Micro mondes, festival des arts immersifs que le metteur en scène revient afin de s’atteler à une œuvre du répertoire chorégraphique et non des moindres : « le Sacre du printemps ».

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« le Sacre du printemps » | © Blenda

C’est à Igor Stravinsky que nous devons la partition originale du Sacre du printemps. Qualifiée d’œuvre de rupture, la chorégraphie qu’en a donnée Vaslav Nijinski fête cette année ses cent ans. Profitant de cette heureuse coïncidence, Roger Bernat donne ici un hommage osé à travers cette nouvelle reprise du Sacre qu’il dit inspirée de la version non moins connue, donnée par Pina Bausch en 1975 avant de fonder le Tanztheater Wuppertal.

La télécommande de Pendiente de voto a ici laissé place à un casque audio dont chaque spectateur est muni. Le plateau de danse du centre chorégraphique de Rillieux-la-Pape, quant à lui, est vide, simplement délimité par une série des lignes blanches au sol. Sur chacun des murs, sont accrochés quatre tableaux noirs. Les spectateurs sont priés d’y écrire à la craie, le décor ici résumé en quelques mots dictés à l’oreille par une voix de synthèse, compagne privilégiée de chaque danseur en puissance. Quelques minutes plus tard : la forêt, l’aube, la colline… l’ambiance et l’esprit du Sacre sont là.

Une énergie furieusement contagieuse

C’est ainsi que les spectateurs deviennent partie prenante de la chorégraphie du Sacre. Là encore, c’est une dimension ludique très forte qui est développée dans le travail de Roger Bernat. Les spectateurs totalement immergés dans le dispositif scénographique appliquent consciencieusement et à l’envi les préconisations qui leur sont données. Dès lors, à mesure que chacun entend dans son casque la partition musicale d’Igor Stravinsky, la chorégraphie du Sacre se trouve reproduite dans ses intentions. Romero et Aurore tiennent lieu de personnages principaux, interprétés à tour de rôle par les spectateurs-danseurs, tandis que d’autres constituent des groupes qui se font, se défont, combattent, courent, se poignardent ou s’étreignent dans une énergie furieusement contagieuse.

Au-delà de la légèreté et de la convivialité de cette création à l’interactivité forte, c’est un acte presque politique que celui de Roger Bernat. À travers la version qu’il donne du Sacre du printemps, il rompt totalement avec la scission classique entre scène et salle et va plus loin encore. Le spectateur est acteur de la création. Cette dernière version se trouve enrichie d’une dimension nouvelle, même si elle peut choquer plus d’un inconditionnel de Pina Bausch ou spectateur passif attendant de se délecter devant l’œuvre.

Qu’à cela ne tienne, c’est bien en spectateur actif que le festival Micro mondes considère son public et ce Sacre du printemps en est une forme emblématique. 

Élise Ternat


Le Sacre du printemps, d’Igor Stravinsky, Pina Bausch, Roger Bernat

Musique : Igor Stravinsky

Création scénique : Robert Bernat à partir de la chorégraphie de Pina Bausch

Centre chorégraphique national • 30 ter, avenue du Général-Leclerc • 69160 Rillieux-la-Pape

Mardi 26 et mercredi 27 novembre 2013 à 18 h 30 et 20 h 30

Le Sacre fut programmé à l’occasion du festival Micro mondes

Réservations : 06 99 05 12 12

www.micromondes.fr

Durée : 1 heure

Tarifs : 15 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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