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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 15:46

Délicieuse gourmandise


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Rares sont les comédies musicales créées en France. Pour clore sa deuxième saison à la direction du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, Jean Lacornerie, associé à l’Opéra de Lyon, met en scène « le Roi et moi », une adaptation de l’œuvre célèbre de Richard Rodgers pour la musique et d’Oscar Hammerstein II pour le livret et les lyrics. Principal enjeu de cette création : une ouverture vers un public mêlé d’enfants et de parents à qui l’on souhaite faire aimer un théâtre qui aime la musique.

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« le Roi et moi » | © Jaime Roque de la Cruz

Une fable élémentaire et vertueuse sert d’argument au spectacle. Engagée par le roi du Siam pour être la gouvernante de son dauphin de fils, Anna, jeune veuve anglaise séduisante, étend sa mission pédagogique à tous les enfants des nombreuses épouses du roi et jusqu’au souverain lui-même. Polygame et tyrannique mais habile diplomate, le monarque, charmé par sa préceptrice, adoucit sa barbarie juste avant de mourir. Située à l’époque du règne de la reine Victoria et des multiples tentatives des puissances états-uniennes et européennes pour forcer l’Extrême-Orient à s’ouvrir à l’Occident, cette aimable histoire évite de justesse l’écueil de vanter les mérites du colonialisme.

Heureusement, il y a la musique et les voix. Sous la baguette de Karine Locatelli, à la direction musicale, fine, précise et humoristique, neuf musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, trois solistes et la maîtrise de l’Opéra de Lyon donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Les enfants et les adolescents de la maîtrise, d’abord. Peu embarrassés par le discutable kitsch de leurs coiffures et costumes néo-siamois, rigoureux dans leurs attitudes et leurs déplacements, ils apportent avec leurs voix juvéniles déjà très en place les couleurs chatoyantes de leur partition et assurent avec autant de justesse des nuances plus sérieuses ou mélancoliques. C’est du bel ouvrage collectif qui permet au spectacle d’échapper à la mièvrerie.

De la musique avant toute chose

Vient ensuite le talent des neuf musiciens qui composent l’ensemble instrumental choisi pour cette production : piano, timbales et percussions, flûte, hautbois, clarinette, trompette, trombone et contrebasse. Cette réduction orchestrale est un choix judicieux. S’appropriant subtilement chorus, romances, valse ou polka, ponctuations ironiques et pastiche extrême-oriental, les musiciens évitent savamment la surcharge mélodramatique ou les tonitruantes fanfares de la comédie musicale américaine. Là aussi, le travail collectif s’impose avec élégance et intelligence.

À saluer, enfin, les belles interprétations vocales et dramatiques des trois solistes adultes. Edwige Bourdy dans le rôle d’Anna, la gouvernante, compose un personnage fin et délicat, mais aussi capable de résister subtilement à l’autoritarisme du roi. Son empathie avec les héritiers du souverain fait merveille. Sa légèreté corporelle est en parfaite harmonie avec la suavité de sa voix. Catherine Séon en Lady Thiang, première épouse du roi, s’empare remarquablement d’un rôle où elle conjugue sévérité et distance, assumant avec noblesse les élans contradictoires de son personnage. Jacques Verzier en roi du Siam est une stupéfiante réincarnation de Yul Brynner, crâne rasé, pectoraux avantageux et bronzage compris. Son interprétation malicieuse fait de lui une sorte d’Arlequin asiatique malgré son statut de souverain. Son humour, sa grâce physique, ses crises d’autorité et l’éveil de son sentiment amoureux pour Anna illuminent jusqu’à la mort son personnage.

À la sortie de ce spectacle qui s’écoute avec plaisir, on reste juste un peu déçu que Jean Lacornerie, le metteur en scène, qui nous a habitués jusqu’ici à de l’ironie acide et de l’insolence brillante, ait limité son travail à des mises en place, certes rigoureuses, mais un peu en mal d’invention. Pouvait-il se risquer dans des partis pris scénographiques plus aventureux avec une distribution aussi importante et éclectique ? Rien n’est moins certain. 

Michel Dieuaide


Voir aussi Ô mon bel inconnu, critique de Jean-François Picaut.

Voir aussi l’Oiseau rare, critique de Frank Bortelle.

Voir aussi la Poule noire, critique de Céline Doukhan.

Voir aussi l’Oiseau rare, critique de Vincent Cambier.

Voir aussi l’Ivrogne corrigé ou le Mariage du diable, critique de Céline Doukhan.

Voir aussi Dubas de haut en bas, critique de Vincent Cambier.


Le Roi et moi, livret et lyrics d’Oscar Hammerstein II d’après Anna et le Roi du Siam de Margaret Landon

Composition : Richard Rogers

Direction musicale : Karine Locatelli

Mise en scène : Jean Lacornerie

Avec :

– Edwige Bourdy (Anna)

– Catherine Séon (Lady Thiang)

– Jacques Verzier (le Roi)

Scénographie : Alice Duchange

Chorégraphie : Geneviève Reynaud

Lumières : David Debrinay

Costumes : Robin Chemin

Maîtrise de l’Opéra de Lyon

Orchestre de l’Opéra de Lyon

Chef de chant de la maîtrise : Grégory Kirche

Réalisation costumes, accessoires et décors : ateliers de l’Opéra de Lyon

Direction technique : Gilles Vernay

Production : Opéra de Lyon

Coproduction : Théâtre de la Croix-Rousse

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

Réservations : 04 72 07 49 49

http://www.croix-rousse.com/Saison-13-14/Les-spectacles/Le-Roi-et-moi

Du 8 juin au 15 juin 2013, les samedis 8 et 15 juin à 15 heures et 19 h 30, le mercredi 12 à 15 heures et 19 h 30

Durée : 1 h 30

De 20 € à 5 €

Reprise

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

infos@croix-rousse.com

Tél. 04 72 07 49 50

Du 16 au 28 décembre 2014 : mardi 16 à 19 h 30, vendredi 19 à 19 h 30, samedi 20 à 19 h 30, lundi 22 à 19 h 30, mardi 23 à 19 h 30, samedi 27 à 15 heures et 19 h 30, dimanche 28 à 15 heures

Scolaires jeudi 18 à 10 heures et 14 h 30

Tarifs : de 5 € à 26 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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