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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 21:34

« Le Prix des boîtes »

de Frédéric Pommier


Voir la critique de Juliette Rabat.


Athénée - Théâtre Louis-Jouvet • square de l’Opéra - Louis-Jouvet • 7, rue Boudreau • 75009 Paris

Réservations : 01 53 05 19 19

Du jeudi 21 mars au samedi 13 avril 2013, mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, relâche les lundi et dimanche

Matinées exceptionnelles : dimanche 7 avril à 16 heures et samedi 13 avril à 15 heures

francine-berge-615 eric-fougere

Francine Bergé | © Éric Fougère

Création

Mise en scène : Jorge Lavelli

Conception, mise en scène et lumières : Jorge Lavelli

Avec : Francine Bergé (la Grande), Catherine Hiegel (la Petite), Francis Leplay (le Docteur), Raoul Fernandez (le Monsieur Dame), Sophie Neveu (la Tutrice), Liliane Rovère (l’Auxiliaire de vie)

Collaboration artistique : Dominique Poulange

Scénographie : Rodolfo Natale

Costumes : Fabienne Varoutsikos

Lumières : Gérard Monin

Production : Robin production, le Méchant Théâtre

Coréalisation : Athénée - Théâtre Louis-Jouvet

Notes d’intention

« Avant, les biscuits tenaient mieux dans les assiettes. »

Ce texte est né en 2006. Une nuit d’avril. Deux mois plus tôt, elles étaient parties. D’abord Marie-Madeleine. Puis Marie-Anne. L’aînée, puis la cadette. À dix-huit jours d’intervalle. Elles étaient des amies d’enfance de ma grand-mère et je les aimais beaucoup. J’ai vécu chez Marie-Madeleine l’année de ma terminale. J’avais seize ans. Elle me préparait mon café le matin, me questionnait sur mes notes et sur mes professeurs, m’emmenait à la crêperie, me tricotait des écharpes… Marie-Anne n’habitait pas loin. Elle venait déjeuner tous les jours, et tous les jours, les deux sœurs ne cessaient de se disputer. Pour une bricole, un détail : la taille de leur père, la taille d’une tumeur, la qualité d’une quiche, la date des bombardements, la couleur du costume d’un chanteur d’opéra… Pour une bricole, un détail, il arrivait qu’elles se balancent des horreurs à la figure. Parfois même des casseroles. Elles ne faisaient rien l’une sans l’autre et pourtant ne se supportaient plus, chacune renvoyant à l’autre le miroir de sa vie ratée. Elles n’ont pas eu de mari. Pas d’enfant. Uniquement des chats. Quand je les ai connues, Marie-Madeleine et Marie-Anne étaient des vieilles filles à chats.

Ensuite, je me suis éloigné pour mes études et le travail. Avec Marie-Madeleine, on s’est alors écrit, on s’est téléphoné. Je lui racontais mes projets. Elle me racontait ses journées, sa vie et celle de ses chats : Praline qui perd ses poils, Caramel qui devient agressif, Mickey qui tombe malade… Puis c’est elle qui est tombée malade. Je l’ai constaté en revenant m’installer près de chez elle quelques années plus tard. Elle a commencé à perdre la mémoire. À perdre l’équilibre. À devenir un peu grossière. Et elle s’est retrouvée confrontée à des murs. Le mur du corps médical. Celui des services sociaux. Celui du système des tutelles. Marie-Anne s’est cognée aux mêmes, et je m’y suis cogné aussi. “Qui êtes-vous ?”, me demandait-on lorsque je venais aux nouvelles. “Et à quel titre êtes-vous là ?” Ce à quoi je répondais que j’étais là, tout simplement. Pas autant qu’il l’aurait fallu, mais j’étais là. Et j’ai vu. J’ai vu Marie-Madeleine devenir incapable d’habiter toute seule. Ses meubles vendus. Sa maison liquidée. J’ai vu la tutrice liquider sa maison et brader tous ses meubles. Puis, j’ai vu Marie-Anne tomber malade à son tour, mais continuer à se battre pour qu’on s’occupe de sa sœur. Laquelle a été transférée dans une maison de retraite. De plus en plus perdue. Effrayée. Un moineau. Ne reconnaissant plus personne, ne sachant presque plus parler. Ni marcher. Se laver. S’habiller. Parfois, on l’habillait. Parfois, on l’oubliait. Jusqu’à ce qu’elle se mette à crier. Quelqu’un qui crie, c’est dérangeant. Vous comprenez, monsieur, les autres pensionnaires se plaignent, ils ne peuvent plus dormir ! Pour que les autres puissent dormir, elle a donc été internée dans un hôpital psychiatrique. J’ai vu le délabrement des lieux et celui de Marie-Madeleine. Les bleus sur ses bras. Le personnel froid et les vêtements qui disparaissent, en même temps que les souvenirs.

Cette nuit d’avril 2006, je ne saurais dire exactement ce qui m’a amené à écrire. Peut-être le besoin de raconter ce que j’avais vu. Peut-être aussi l’envie de rendre hommage à ces deux femmes et de les faire revivre… Au départ, c’est d’ailleurs leurs prénoms que j’avais écrits. Ensuite, je les ai effacés et le texte est devenu pièce. Marie-Madeleine est devenue la Grande et Marie-Anne, la Petite. Deux sœurs sur le chemin de la mort. Raconté comme cela, ce n’est pas drôle. La mort n’est jamais très drôle. Mais parce que l’on est au théâtre, on peut tordre les choses et les retordre encore pour pouvoir en rire, même si le rire est jaune, quand il n’est pas totalement noir.

Je crois que le Prix des boîtes n’est pas une pièce sur la fin, mais plutôt sur le coût de la vie.

Frédéric Pommier, janvier 2013

Recueilli par

Les Trois Coups


Athénée - Théâtre Louis-Jouvet • square de l’Opéra - Louis-Jouvet • 7, rue Boudreau • 75009 Paris

Métro : Opéra, Havre-Caumartin

R.E.R. A : Auber

Réservations : 01 53 05 19 19

www.athenee-theatre.com

Du jeudi 21 mars au samedi 13 avril 2013, mardi à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures, relâche les lundi et dimanche

Matinées exceptionnelles : dimanche 7 avril à 16 heures et samedi 13 avril à 15 heures

Tarifs : de 7 € à 32 €

– plein tarif : de 14 € à 32 €

– tarif réduit * : de 12 € à 27 €

* plus de 65 ans et abonnés pour les spectacles hors abonnement (sur présentation d’un justificatif)

– tarif jeune moins de 30 ans ** : de 7 € à 16 €

** 50 % de réduction sur le plein tarif pour les moins de 30 ans, et les bénéficiaires du R.S.A. (sur présentation d’un justificatif)

– groupes / collectivités et demandeurs d’emploi : de 10 € à 25 €

Autour du spectacle :

– dialogues : À l’issue de la représentation, Frédéric Pommier et l’équipe artistique vous retrouvent au foyer-bar pour échanger à chaud sur le spectacle, mardi 2 avril 2013, entrée libre

– hors les murs : en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, conférence sur l’humour noir et l’ironie réaliste, en présence de Frédéric Pommier et Jorge Lavelli, site Richelieu (auditorium Colbert), entrée au 2, rue Vivienne • 75002 Paris, mercredi 3 avril 2013 de 12 h 30 à 14 heures, entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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