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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Les superstars du Panier sont de retour
Les as de l’opérette marseillaise continuent d’explorer avec talent ce répertoire un peu tombé dans l’oubli.
Il y a quelques décennies, la musique baroque sortait du placard grâce à quelques musiciens visionnaires. Et si pareil
phénomène n’était pas en train de se produire avec Vincent Scotto, le Lully de l’opérette marseillaise ? Imaginez un peu : dans vingt ans, Marseille accueille le
prestigieux festival O.U.F. : Opérettes unies de France. Les ensembles conduits par les chefs les plus brillants de leur génération se pressent pour voir Télérama couvrir leur
dernier enregistrement de J’ai rêvé d’une fleur sur instruments d’époque. Arte consacre une soirée Théma à Zou, un peu d’aïoli.
Pour l’heure, ce renouveau n’en est qu’à ses débuts. Il est l’œuvre des Carboni, troupe marseillaise qui n’en est pas à son coup d’essai. Ils ont triomphé un peu partout en France avec Un de la Canebière, première production à rendre justice à l’art quelque peu oublié, ou considéré comme ringard, de Vincent Scotto et René Sarvil, qui eurent leur heure de gloire dans les années 1930. Leurs œuvres popularisèrent une certaine image de Marseille, avec ses grandes gueules, son patois, son accent (prononcez « assant »), ses loubards…
Convivial comme une bonne bouillabaisse
Autre spectacle crée en 2011 : Sarvil, l’oublié de la Canebière. On avait adoré cette biographie en musique, avec Ali Bougheraba en meneur de troupe génial, ce vent de fraîcheur qui certes sentait un peu la sardine, mais emportait tout sur son passage. On revient donc cette année voir le Pays des galéjeurs avec une attente, euh… pas toujours comblée, mais pas franchement déçue non plus.
La mise en scène est rythmée, les séquences parlées et chantées s’enchaînent avec fluidité. On est content de voir des comédiens qui sont aussi bons musiciens et chanteurs (pour résumer, car, si tous jouent la comédie, certains chantent, mais ne font pas de musique, et vice‑versa…). Parfois même, ils dansent. Tous sont en tout cas rôdés à l’exercice du spectacle musical, à l’instar d’Amala Landré, vue en 2008 dans le sympathique Audimat. Certains assurent avec virtuosité des changements de costume et de personnage plus rapides que l’éclair : Benjamin Falletto, Laure Dessertine ou encore Edwige Pellissier. Celle‑ci campe en alternance une patronne de bar et une prostituée avec beaucoup de brio. Remarque : à un moment, Falletto aussi joue une prostituée…
Au centre de cette joyeuse bande, Marc Pistolesi se démène en Chichois, l’ami‑boulet de Titin, le personnage principal de l’intrigue. « Surjouer » est un faible mot pour décrire son énergie et son abattage. Mais ce cabotinage assumé fait partie de l’esprit du spectacle, un peu au même titre que les tenues volumineuses et criardes et les masques portés par certains personnages : le bourgeois Bouffetranche (sic), la patronne du bar… Des caricatures vivantes, dont on nous explique qu’elles sont inspirées par les dessins de Dubout. En tout cas, voilà ici exactement le même procédé que celui utilisé à l’été 2011 par la compagnie avignonnaise du Kronope dans leur Knock. Il semble qu’il ne soit plus possible de jouer une pièce sans convoquer la commedia dell’arte. Mais bon, ici, c’est plutôt réussi… Par contre, on n’est pas toujours très enthousiasmé par les calembours faciles, du style : « On t’a déjà dit que tu ressemblais à Marlon Brando ? — De la brandade, maintenant ? ». Vu que Marlon Brando n'était pas encore une référence en 1932, il se peut fort que cette réplique ait été précisément créée par les auteurs d’aujourd’hui. Mouais… Mieux vaut bien sûr retenir la réussite des passages chantés (et grattés : chouette solo de guitare manouche de Patrick Gavard Bondet) et le plaisir de découvrir un répertoire convivial comme une bonne bouillabaisse. Ça n’est pas (encore !) la cour d’honneur, mais c’est déjà pas mal. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Le Pays des galéjeurs, de René Sarvil, Vincent Scotto et Alibert
Les Carboni • 11, rue du Panier • 13002 Marseille
04 91 90 33 52
Mise en scène : Frédéric Muhl Valentin en collaboration avec Catherine Ferri
Adaptation : Frédéric Muhl Valentin en collaboration avec Ali Bougheraba
Directeur musical : Cristos Mitroploulos
Avec : Marc Pistolesi, Cristos Mitropoulos, Amala Landré, Laure Dessertine, Edwige Pellissier, Benjamin Falletto, Pascal Versini, Patrick Gavard Bondet
Chorégraphie : Martine Hébette
Scénographie : Sonia Mikowski
Costumes : Virginie Breger, Sylvie Delalez, Julia Didier, Aurélie Guermonprez
Masques latex : Colette Kramer
Documentation et conseiller historique : Georges Crescenzo
Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte‑Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 74 87
Du 7 au 28 juillet 2012 à 13 h 30
Durée : 1 h 40
20 € | 15 € | 8 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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Merci pour vos critiques Cécile toujours justes.
Quand nous avons eu le livret entre les mains d' Au pays du soleil, nous nous doutions que la galéjade sur Marlon Brando n'était pas d"époque. les Livrets qui circulent aujourd'hui ont été remanié en 1950/1960. J'ai donc demandé à Georges Crescenzo ( Neveu de Sarvil) qu'est que les auteurs avaient écrit en 1932...J'ai vu le Tapuscrit original et il n'y a rien, aucune référence...genre Rudolf Valentino... alors j'ai gardé Brando...Ce n'est pas un calembour de notre part...un hommage peut être ! Cordialement FMV