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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Bien choisir son médecin (mal) traitant
L’Auditorium de Seynod présentait cette semaine « le Médecin volant », en séances scolaire et tout public. La mise en scène de cette farce de Molière a été commandée par la maison de la culture de Nevers à Sandrine Anglade, artiste qui lui est associée. Celle‑ci a abordé l’œuvre en direction du public le plus jeune. Mais la volonté d’initiation à la langue de Molière n’atteint pas totalement son but.
« le Médecin volant » | © Pascal François
Le Médecin volant est une courte farce écrite par Molière dans les premiers temps de sa carrière. Lucile et Valère s’aiment, mais Gorgibus, le père de Lucile, veut marier sa fille à un meilleur parti, le vieillard Villebrequin. La jeune fille feint la maladie pour gagner du temps. Sganarelle, le valet de son amant, s’improvise médecin auprès d’elle pour servir leurs intérêts.
Le ressort comique du médecin est courant dans les farces de cette époque où la médecine est une science bien incertaine. Molière devine l’intérêt que les docteurs trouvent à ne pas se faire comprendre, et il parodie leur jargon savant : à défaut de savoir guérir les malades, les disciples d’Hippocrate les étourdissent de leurs discours. Le thème de la maladie permet également quelques scènes scabreuses autour des pots de chambre de la patiente.
La pièce emprunte aux scénarios de la commedia dell’arte, dont la mise en scène reprend quelques éléments : des ébauches de cabriole et de jonglage se mêlent à une gestuelle plus actuelle. En tout cas, le jeu repose sur l’énergie et le physique. L’intrigue a été quelque peu simplifiée pour être jouée par quatre comédiens. Aussi, le discours pédant de l’avocat dans le texte initial est‑il tenu par Villebrequin lui‑même, ce qui est une coupe habile.
Une esthétique de dessin animé
Les quatre comédiens (Olivier Broda, Marie‑Julie de Coligny, Cédric Joulie, Anne‑Laure Pons) interprètent tout de même sept personnages. Pour cela, ils usent de pastiches grossiers : canne et rubans pour le barbon, ventre mou pour le cuisinier, crinière de plumes pour le jeune premier…
L’ensemble confère une esthétique de dessin animé télévisuel (et pas les beaux dessins animés de notre enfance, plutôt ceux d’aujourd’hui), à laquelle participe le décor. Les personnages évoluent au milieu des fleurs et des bruits d’insectes, et l’on peut d’ailleurs se demander à quelles fins. Une cabane en bois au centre du plateau, avec plusieurs ouvertures, sert de cadre à toute l’intrigue. Les personnages apparaissent aux fenêtres, sortent d’un côté quand on les attend de l’autre. Et surtout, ils tournent et tournent autour de cette cabane. Pour se poursuivre, pour se cacher, pour se battre… Un peu à la manière des cartoons, où le chat poursuit inlassablement la souris, et le coyote poursuit l’oiseau. Certains passages sont même joués dans un faux ralenti de cinéma.
Un ensemble non abouti
Seulement, l’effet produit sur scène n’est peut‑être pas assez approfondi ou pas assez chorégraphié, et il devient vite lassant. De plus, les bandes blanches qui griment le visage des comédiens, ajoutés aux défauts de prononciation prêtés aux différents personnages, rendent peu audible le texte. Aussi ne goûtons‑nous pas vraiment à la langue de Molière, ce qui est plus que regrettable. L’ensemble, brouillon et peu esthétique, ne convainc pas. Cette mise en scène n’apporte pas grand-chose à la farce dont elle cherche pourtant sans doute à respecter l’esprit. Mais elle peine à faire rire, y compris les plus jeunes. ¶
Estelle Pignet
Les Trois Coups
Le Médecin volant, de Molière
Compagnie Sandrine-Anglade
09 81 35 20 70
Site : www.compagniesandrineanglade.com
Courriel : ar.compagniesa@gmail.com
Mise en scène : Sandrine Anglade
Avec : Olivier Broda, Marie‑Julie de Coligny, Cédric Joulie et Anne‑Laure Pons
Scénographie : Claude Chestier
Lumières : Éric Blosse
Création sonore : Michaël Grébil
Costumes : Claude Chestier et Julie Lardrot
Masques : Julie Lardrot
Coproduction maison de la culture de Nevers et de la Nièvre
Auditorium de Seynod • 25-27, avenue du Champ-Fleuri • 74600 Seynod
Billetterie : 04 50 52 05 20
Vendredi 26 octobre 2012 à 14 heures et 20 h 30
Durée : 1 h 15
De 18 € à 7,50 €
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