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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 17:09

Zarma ! V’là Molière dans le « 9-3 » !

 

Dans « le Médecin (malgré lui) », la Cie La Clé des planches pose une question déjà formulée à maintes reprises : peut-on transposer Molière dans notre époque ? Plus encore, il s’agit ici de déplacer l’action dans le contexte des banlieues. Un environnement contraignant, de par ses codes et son langage, auquel la pièce originale se plie, mais ne cède jamais pour autant.

 

medecin-malgre-luiSganarelle serait un petit malfrat des cités tandis que Martine, sa femme, tapinerait le long du boulevard périphérique pour rapporter quelques euros au domicile conjugal ? Lucinde et Léandre s’aimeraient d’un amour gothique à la peau blanche et aux lèvres noires ? Lucas et Jacqueline s’exprimeraient, non plus dans un patois du xviie siècle, mais dans un langage proche du texto ? Après tout, pourquoi pas ? Il est toujours intéressant d’observer comment les textes classiques parviennent à souffrir le nombre des années. C’est le cas, par exemple, de Shakespeare, dont les pièces, comme le Songe d’une nuit d’été, sont aujourd’hui rarement représentées dans leur contexte historique d’origine. De même, il devient de moins en moins évident, et « vendeur », de jouer Molière vêtu d’une fraise ou d’une robe à paniers. Les metteurs en scène Stéphane Braunschweig et Rodolphe Corrion ont ainsi présenté l’année dernière deux versions efficaces du Tartuffe placées en plein cœur de notre époque et de nos modes. Néanmoins, et c’est là que le bât blesse pour le Médecin (malgré lui), la scénographie, les costumes et l’atmosphère générale suffisaient à la transposition de l’œuvre sans que l’on touchât à ce qu’elle porte de plus précieux : la langue.

 

Ici, David Friszman et Frédéric d’Élia ont justement tenté une expérience linguisitique : traduire le patois parlé par certains personnages en utilisant les mots du quotidien des jeunes de Villeneuve-le-Roi. Malheureusement, la langue de Molière a la grande qualité d’être rythmée et de toucher juste, tandis que cette nouvelle version perturbe le spectacle par des répliques anecdotiques et sans saveur. En fait, pour être plus précis, c’est surtout le contraste entre ces deux registres trop différents qui est gênant. Dès lors, malgré tout le talent des comédiens, il subsiste tout au long de la pièce une impression étrange, comme si l’ensemble sonnait faux.

 

Lucinde une adolescente rebelle : une idée excellente

Cependant, il faut bien l’admettre : Aurélie Bargème est merveilleuse de sensibilité dans la scène d’exposition et Frédéric d’Élia campe un Sganarelle haut en couleur. On l’aime autant qu’on le hait, tour à tour filou, gouailleur, poltron, aimant la bonne chère et délaissant le travail. Plus encore, avoir fait de Lucinde une adolescente rebelle, en plein mal-être et en quête d’identité est une idée excellente et particulièrement vraisemblable. Pourtant, le grand travers de ce Médecin (malgré lui) est d’être tombé dans le piège d’une scénographie et d’une mise en scène très proches de la réalité, mais qui ne parviennent pas à y accéder. Ainsi, l’atmosphère de la pièce, très musicale, est faite de tubes branchés, au sein desquels NTM occupe une bonne place, ce qui contribue à mettre en avant le caractère très cinématographique de la mise en scène. Les personnages boivent des bières, prennent le soleil en lisant Voici, se menacent avec des gros calibres, mais rien n’y fait : le cliché de la banlieue violente n’est pas assez nuancé pour être crédible.

 

En définitive, on comprend bien la vertu pédagogique d’un tel projet, permettant de faire entendre aux jeunes à quel point un auteur aussi classique que Molière peut trouver grâce dans la modernité. Le soutien des villes de Villeneuve-le-Roi et de Gagny et du département de Seine-Saint-Denis en témoigne. Mais, pour parler de la banlieue, il aurait fallu également lui rendre hommage en donnant plus d’authenticité à ce spectacle, loin des images convenues que nous renvoient les médias. 

 

Victorien Robert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le médecin (malgré lui), de Molière

Compagnie La Clé des planches

Adaptation et mise en scène : David Friszman et Frédéric d’Élia

Avec : Aurélie Bargème, Frédéric d’Élia, David Friszman,Maïa Guéritte, Arnaud Maudeux et Cédric Tuffier

Costumes et chorégraphie : Matteo Porcus

Décors et lumières : Christophe Fouet

Son : J.-C. Dumoitier

Vingtième Théâtre • 7, rue des Platrières • 75020 Paris

Réservations : 01 43 66 01 13

Du 28 avril au 20 juin 2010, du mercredi au samedi à 19 h 30, dimanche à 15h heures

Durée : 1 h 10

24 € | 19 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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