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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 19:36

Des noces délirantes


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


Une pièce de jeunesse de Feydeau vient de faire un tabac à Sète. « Le Mariage de Barillon » a tout d’une grande. Portes qui claquent et morts qui ressuscitent. Dialogues cinglants et quiproquos en cascade. Godefroy Ségal n’y est pas allé avec le dos de la cuillère dans sa mise en scène tourbillonnante. On s’amuse beaucoup et de bon cœur malgré quelques faiblesses.

L’intrigue d’abord. Celle du Mariage de Barillon n’a rien à envier à la Dame de chez Maxim ou la Puce à l’oreille, deux chefs-d’œuvre du dramaturge. Tout est prêt pour la célébration des épousailles de Barillon à Virginie, fille de la jeune veuve Jambart (on entend évidemment Jean Bart), dont le mari a disparu en mer le lendemain de sa nuit de noces. Les employés municipaux donnent un dernier coup de plumeau à la salle lorsque arrivent les premiers invités. Les embrouilles viennent déjà perturber la cérémonie : il y a une affaire de duel entre le maire et le futur ; un prétendant de Virginie surgit à l’improviste ; et, dans la confusion générale, une erreur se glisse dans l’enregistrement des prénoms. Barillon se retrouve marié à la veuve ! Tout pourrait s’arranger, mais on n’est pas dans la réalité, on est chez Feydeau. Jambart débarque avec un phoque, après deux ans passés sur une île déserte. Voilà notre veuve flanquée de deux maris… et aucun dans son lit ! À la suite d’un nouveau coup de théâtre, Virginie pourra convoler avec son Surcouf chéri, et le pauvre Barillon sera le dindon de cette farce énorme.

mariage-de-barillon benjamin-yvert

« le Mariage de Barillon » | © Benjamin Yvert

Dérapages délirants

La scénographie d’Elsa Pavanel offre à la comédie tous les moyens de s’épanouir, de décoller jusqu’aux dérapages délirants. Les portes en suspension permettent des entrées et des sorties improbables. On peut les ouvrir et les fermer de manière traditionnelle, on peut s’y heurter de plein front, on peut les contourner, on peut se lancer des coussins à travers et par-dessus. On est au théâtre ! Les autres éléments descendent des cintres ou y remontent selon les tableaux. Les comédiens s’accrochent parfois littéralement aux lustres et changent de place les meubles en une sorte de ballet entre deux actes. Tout cela est mené tambour battant, parfaitement enchaîné : une mécanique bien réglée. Avec des objets réalistes, on finit par tomber dans l’irréalisme, presque dans le non-sens. Un monde qui part de guingois et qui s’effondre en une apocalypse joyeuse et délirante.

Avec de tels ingrédients, Godefroy Ségal a presque réussi son coup. Sa mise en scène et sa direction d’acteur vont dans le sens du bonheur de jouer, de la bouffonnerie bon enfant. Ses comédiens (mention spéciale à François Delaive [Barillon] et Marion Suzanne [Mme Jambart]) s’éclatent dans ce joyeux bordel. Soit dit en passant, ce désordre vient d’une erreur administrative, d’un de ces ronds-de-cuir que Feydeau adorait ridiculiser, ici un greffier ivrogne (savoureux Benoît Thiébaud), incapable de transcrire correctement un arrêté. Le grand mérite de Godefroy Ségal est de ne pas avoir voulu faire dire à l’auteur ce qu’il ne dit pas. Pour lui, le texte est prétexte à mouvement, les mots n’ont pas de sens comme chez les frères Marx ou les Monty Python, héritiers de Feydeau. C’est en cela que le dramaturge demeure très contemporain, voire précurseur. Malheureusement, l’ensemble se dérègle à l’apparition de Jambart. Il faut attendre que le comédien qui le joue, Eddie Chognara, se mette dans le bain, dans le rythme dès sa scène avec la camériste qui n’est ni des plus réussies ni essentielle à l’action. On ne retiendra que le positif, un spectacle dopant. 

Marie-Christine Harant


Le Mariage de Barillon, de Georges Feydeau

Compagnie In cauda • 2, chemin des Patissiaux • 78114 Magny-les-Hameaux

01 30 64 68 76 

http://lacompagnieincauda.blogspirit.com/

mathildeprioletublic@neuf.fr

Mise en scène : Godefroy Ségal

Avec : Géraldine Asselin, Olivier Breuils, Eddie Chignara, François Delaive, Laurent Halgand, Nathalie Hanrion, Marion Suzanne, Benoît Thiébault, Hervé Walbecq

Scénographie et costumes : Elsa Pavanel

Réalisation des costumes : Séverine Thiébault

Création lumière : Jean Grison

Théâtre Molière • avenue Victor-Hugo • 34200 Sète

Réservations : 04 67 74 66 97

Le 8 décembre 2009 à 20 h 30, le 9 décembre 2009 à 19 heures

Durée : 1 h 50

18 € | 16 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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