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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:08

Sa Majesté, le malade imaginaire


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Au centre de la scène trône, dans une profonde bergère, le malade imaginaire, vieil homme rompu aux comptes de ses maux. De Molière, on connaît la fin, et de ses pièces, on garde des souvenirs comme des morceaux d’anthologie. Ils étaient nombreux au Théâtre de Nîmes pour voir le rôle-titre tenu par Michel Bouquet. Riant parfois comme convenu aux endroits attendus ou libérant une hilarité plus vraie à certains jeux burlesques des acteurs, le public a, en tout cas, applaudi chaleureusement.

Argan a, ce jour-là, l’allure d’un vieil homme rongé par des peurs infantiles. À la fois despote en sa maison et dépendant de sa garde rapprochée – médecins hygiénistes tout de blanc vêtus –, il fait en sorte d’être le centre des attentions. Tel un Roi-Soleil en son domaine ou tel un enfant capricieux, accaparant la liberté d’autrui, Argan gouverne le monde de son fauteuil. Il édicte sa loi à sa fille, Angélique, qu’il veut marier pour avoir à ses côtés un gendre à son corps dévoué – celui du faux malade s’entend. Mais chacun, ici, défend ses intérêts. Et, si Argan, alors qu’il est un vieil homme, n’a vraiment pas l’air d’un sage, on ne peut en dire autant d’Angélique. Elle gagne en maturité et devient tribun, défendant le droit au choix dans le mariage. Quand Argan reste égal à lui-même – trop heureux de devenir au final son propre médecin –, le monde autour de lui évolue. Les mœurs changent. Vieux roi solitaire à la voix chevrotante, il marque la fin d’un règne et d’une époque.

Argan n’est donc pas un homme mature. Le front dégarni de Michel Bouquet jurait donc avec le costume : pyjama blanc à collerette et tout d’une pièce, chaussettes hautes et bariolées. Aux deux extrêmes de l’âge, il n’est pas l’homme de la mesure. Heureusement, un peignoir aux larges coquelicots venait rappeler le bourgeois. Face à lui, une Toinette campée par Juliette Carré, jamais la langue dans sa poche, posant là sa ménagère et bien rompue aux réalités du monde. Béline trouvait en Vanessa Fonte une interprète de choix, sachant jouer avec finesse de la duplicité, n’outrant pas le caractère. Port de bras, légèreté du dire, rire méprisant, toute honte bue, elle joue avec naturel. Sylvain Machac et Sarah Llorca, en Cléante et Angélique, usaient d’un ton quelquefois un peu trop « jeunes premiers ». Pierre-Alain Chapuis, dans le rôle de Béralde, interprète le seul homme de confiance, mais aussi le seul vrai malade. Toussant et refusant les soins, il est aux antipodes d’Argan : l’un est élégant ; l’autre traîne la pantoufle.

« le Malade imaginaire » | © Guirec Coadic

Il faut dire quand même que le propre de la pièce est de faire rire. Cependant, il faut avouer que cela est bien difficile quand l’œuvre est si connue. On ne peut faire semblant de découvrir les traits d’esprit. Il reste toujours de beaux mots, davantage mis en valeur que d’autres et qui renouvellent la surprise. C’est donc surtout les jeux de scène – passage du clystère comme un objet sacré, petits pas d’Argan partant toujours pour un lavement ou sa résultante… –, et les jeux de voix – le fameux « drelin » qui a fait rire les enfants, les râles, le ton saccadé et imbécile de Diafoirus fils – qui suscitent le comique.

Le décor, signé par Agostino Pacé, est véritablement de toute beauté : grands lais de tapisserie sur les côtés, rideau de légers fils et grand drapé central dérobant, en fond de scène, un amphithéâtre, magnifique lustre suspendu. L’ensemble baigne dans des tons rouges. Les costumes ne sont pas en reste. Plus classiques et volontairement anachroniques pour certains – puisque la fable est universelle – ou flamboyants pour d’autres, comme la robe d’Angélique ou celles de Béline. En sortant du théâtre, après avoir vu le Malade imaginaire, mis en scène par Georges Werler, on se dit que l’on a vu un classique. Tout est net, tout est joué comme l’on s’y attend ou comme il faut. Peut-être manque-t-il l’étonnement ? 

Fatima Miloudi


Le Malade imaginaire, de Molière

Mise en scène : Georges Werler

Avec : Michel Bouquet, Juliette Carré-Bouquet, Sara Llorca, Christian Bouillette, Pierre-Alain Chapuis, Clémence Faure, Pierre Forest, Sylvain Machac, Pierre Payet, Sébastien Rognoni, Vanessa Fonte, Vincent Menjou-Cortes

Décors : Agostino Pacé

Costumes : Pascale Bordet

Lumières : Jacques Puisais

Bande-son : Jean-Marie Prévost

Production : Pascal Legros Productions en accord
avec le Théâtre de la Porte-Saint-Martin

Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • B.P. 1463 • 30017 Nîmes cedex 1

Réservations : 04 66 36 65 00

Mardi 13 octobre 2009 à 20 heures, mercredi 14 octobre 2009 à 19 heures

Durée : 2 h 15 avec entracte

32 € | 30 € | 16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Garde Malade 03/11/2009 17:20


Merci pour ces infos !
Bonne continuation


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