Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 15:57

Le cas « Buzzati » à l’honneur

 

Le metteur en scène Xavier Jaillard nous donne sa recette pour transposer sur scène le texte d’un auteur majeur tel que Dino Buzzati : « une profonde admiration, une absolue sincérité, un comédien de talent, une bonne dose d’inconscience, un peu de temps et beaucoup de modestie ». Dans le Théâtre du Petit-Hébertot, la magie opère pour « le K » : pari réussi !

 

Le spectacle prend le parti de faire entendre quinze des nouvelles du célèbre auteur italien, regroupées avec d’autres dans son recueil le plus connu : le K. On pourrait redouter l’hétérogénéité de cette forme de pièce, mais il n’en est rien, tant la force du style de Buzzati rend chaque nouvelle fascinante, autour de thèmes majeurs qui s’entrecroisent : le temps qui passe, la création artistique, la relation amoureuse, la destinée… Il est aussi question de mort, de Dieu, de justice… Si les textes oscillent entre réalisme et fantastique, l’humour est souvent là, noir, grinçant, désespéré. Clairvoyant.

 

La lumière se fait sur l’unique élément de décor : un grand K en trois dimensions, construit en contreplaqué, se dresse sur la scène du Petit Hébertot. C’est intéressant comme objet, un K. Debout, énigmatique jusqu’à la fin, il s’élève dans tout son mystère. Couché, il devient un bureau. De l’autre côté, il peut être un lit, un fauteuil, un bateau, un banc… Déplacée entre chaque récit, cette machine à jouer est bien utilisée dans toutes ses possibilités. Il en est de même pour le costume du personnage, décliné au maximum : avec ou sans chaussures, avec ou sans cravate, avec ou sans chapeau, avec ou sans veste, avec ou sans chemise… Dans un parti pris de simplicité, Xavier Jaillard utilise très bien les possibles qui s’offrent à lui.

 

Dans ce seul en scène, Grégori Baquet sait se servir de sa beauté et de son naturel pour s’attirer d’emblée toute notre sympathie. Charmeur, subtil, comique, sincère, sa palette de talents est large, et on l’accompagne avec plaisir tout au long du spectacle. L’illustration sonore, trop redondante avec le texte dans les bruitages, prend peut-être un peu trop de place, mais la création lumières est d’une grande qualité, créatrice à la fois d’atmosphères et d’espaces différents.

 

L’ensemble est bien rythmé (alors qu’il s’agissait de la première), bien construit, et se laisse voir avec bonheur. La magie de la rencontre sur une scène entre un comédien et un auteur opère totalement : les deux, ici, sont excellents. La pièce est à l’image de son affiche : élégante et intrigante. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir Dino Buzzati, formidablement servi et respecté ici. 

 

Emmanuel Arnault

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le K, de Dino Buzzati

Collection « Pocket », 2002

Mise en scène et adaptation : Xavier Jaillard

Avec : Grégori Baquet

Musique : Frédéric Jaillard

Lumières : Stéphane Baquet

Photo : © Julie Carretier-Cohen

Théâtre du Petit-Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 55 63 96 06

www.petithebertot.fr

À partir du 15 o

ctobre 2009 à 19 h 30, du mardi au samedi ; dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 15

20 € | 15 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher