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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
La Passerelle a encore gagné
Le Théâtre de la Passerelle revient au Off d’Avignon pour la 19e année consécutive. Cette fois‑ci avec un brûlot, toujours d’actualité, « le Journal d’une femme de chambre », d’Octave Mirbeau. Dans une mise en scène et un jeu particulièrement subtils.
« le Journal d’une femme de chambre » | © Franck Roncière
Seule devant nous, Célestine (Mauricette Touyéras) raconte. Elle vient de se placer comme domestique chez les Lanlaire (sic), des bourgeois étriqués de province. Elle décrit avec moult détails tous ses emplois précédents et l’existence qu’elle va mener après sa sousvie d’esclave chez les Lanlaire. Et elle en a des choses à cracher, Célestine. Surtout que, pour une fois, elle n’est pas sous le regard de ses patrons. On ne risque donc pas de lui couper la parole à « Ma fille », comme l’appelle systématiquement Madame Lanlaire. Cette femme au caractère « aigre et sûri ».
En tout cas, Mirbeau ne fait pas dans la dentelle. Sa vision de l’humanité est noire. Comme l’encre avec laquelle il écrit ses mots, qui dissèquent les maux des hommes. Avec, comme on le dit maintenant à propos des bombes, une précision chirurgicale. « […] cette tristesse et ce comique d’être un homme. Tristesse qui fait rire, comique qui fait pleurer les âmes hautes. » Ses phrases sont assassines, comme rarement dans la littérature. « Ah ! ceux qui ne percoivent, des êtres humains, que l’apparence et que, seules, les formes extérieures éblouissent, ne peuvent pas se douter de ce que le beau monde, de ce que la haute société est sale et pourrie. » ou « Ah ! dans les cabinets de toilette, comme les masques tombent !… Comme s’effritent et se lézardent les façades les plus orgueilleuses !… ».
Mais si vous croyez que Mirbeau ne s’attaque qu’aux riches, vous vous trompez. Célestine, l’esclave, l’opprimée certes, assène cette sentence d’une lucidité impitoyable : « Chez moi, tout crime – le meurtre principalement – a des correspondances secrètes avec l’amour… Eh bien, oui, là !… un beau crime m’empoigne comme un beau mâle… ». Quoi qu’il en soit, Mirbeau, quelle langue !
D’ailleurs, Michel Bruzat et Mauricette Touyéras ne s’y sont pas trompés. Leur spectacle est d’abord un hommage au verbe de Mirbeau, à sa puissance évocatrice et sa radicalité. Le metteur en scène a voulu un plateau nu, vide de superflu, pour offrir un écrin aux mots rouges et noirs de l’auteur. Quant au jeu de la comédienne, nous sommes frappés par sa précision, son sens des nuances, sa subtilité, son élégance. Comme les lumières de Franck Roncière. ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau
Gallimard, coll. « Folio », 1984
Adaptation : Mauricette Touyéras et Michel Bruzat
Théâtre de la Passerelle • 5, rue du Général‑du‑Bessol • 87000 Limoges
05 55 79 26 49
theatre-de-la-passerelle87@wanadoo.fr
Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat
Avec : Mauricette Touyéras
Lumières et photos : Franck Roncière
Costumes : Dolores Alvez-Bruzat
Théâtre des Carmes-André-Benedetto • 6, place des Carmes • Avignon
04 90 82 20 47
Blog : http://theatredescarmes.wordpress.com/
Du 7 au 28 juillet 2012 à 11 heures
Durée : 1 h 15
16 € et 11 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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