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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 10:10

Souvenirs, souvenirs… mythologie du rock

 

Le « Jeu de l’ouïe » est un projet d’éducation artistique initié et porté par l’Association des Transmusicales (A.T.M.) et les Champs libres à Rennes, soutenu par Rennes-Métropole, la ville de Rennes et la D.R.A.C. Bretagne. Sa formule combine une conférence et un concert, choisis en lien avec la programmation du moment : atteint-elle les buts proposés ?

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Les Spadassins, avec Monsieur Moustache | © www.alter1fo.com

Le Jeu de l’ouïe entend favoriser la compréhension et l’écoute « par un biais plus intellectuel et savant que celui du concert ». Pour ce faire, il met à la disposition du public « des éléments de connaissance et de compréhension visant à faciliter l’accessibilité générale des musiques actuelles et à provoquer un changement de regard sur ces domaines artistiques, souvent cantonnés à n’être que des produits de l’industrie culturelle ». Les questions abordées sont diverses, depuis l’histoire de ces musiques et des courants qui les traversent jusqu’aux processus de fabrication et aux « liens qu’elles entretiennent avec d’autres grandes familles musicales et artistiques ». Comme on le voit, l’ambition est grande.

Concrètement, cela passe par l’organisation de conférences aux thèmes variés. Lors de chaque conférence, accompagnée d’un concert, un dossier complet est remis à chaque spectateur. Pour le cycle « décryptage du rock » qui a commencé en 2010, on trouve, par exemple : « 1945-1960 : naissance et explosion du rock », « Les marges et avant-gardes dans le rock », « 1960-1989 : les Trente Glorieuses du rock », « Le rock dans la société », etc. Celle à laquelle nous avons assisté s’intitule : « Mythologie du rock ».

Le conférencier du jour, Jérôme Rousseaux, qu’on connaît aussi dans le monde du spectacle sous le pseudonyme d’Ignatus, est un auteur-compositeur-interprète qui fait également de la production et s’occupe de l’animation d’ateliers. L’homme est d’une érudition impressionnante et la galaxie rock ne semble guère avoir de secrets pour lui. Avec lui, nous avons parcouru (souvent au pas de course, la conférence ne dure qu’une heure) l’histoire et l’imaginaire du rock : le statut de ses héros (hérauts ?), sa géographie, son rapport aux objets et ses rituels. Les propos sont illustrés d’images, qu’on aimerait plus nombreuses et parfois mieux identifiées, ainsi que de trop rares extraits musicaux. On est parfois noyé sous l’avalanche des références. Pour un projet qui se veut pédagogique, l’auteur aurait eu intérêt à mieux définir son auditoire cible : les happy few (mais alors où est l’intérêt pédagogique ?) ou le commun des mortels (et alors son propos aurait gagné à être hiérarchisé). Le texte, surtout évènementiel, nous a semblé manquer de conceptualisation, et c’est dommage.

Les spadassins : des combattants introvertis…

Après quelques minutes de pause, c’est le moment du concert. Au programme sont inscrits Les Spadassins, un groupe rennais qui arbore sur son blason cette fière devise : Les fines lames de la soul. Les six jeunes gens dans le vent qui le composent sont Bloody Boulga (basse), Captain Beat (batterie Asba), Docteur Love (Silvertone/chœurs), Fred Ernest (Vox populi), Monsieur Moustache (Biff, bang, pow, chœurs, harmonica) et le Professeur Zorino (Philicorda, Vox Jaguar). Ces bretteurs d’un nouveau genre arborent des cheveux plutôt longs et portent volontiers des rouflaquettes. On ne s’étonnera donc pas que leur style musical soit plutôt à l’ancienne, comme leur style vestimentaire où domine la veste à carreaux. Le programme est plaisant et son interprétation impeccable. Les quelques textes en français (Christine, Verrine, tu m’assassines, l’Effet que ça fait ou Diabolique) sont suffisamment bien troussés pour qu’on regrette qu’ils ne soient pas plus nombreux.

Pourquoi reste-t-on, alors, quelque peu sur sa faim ? Parce que le groupe est fatigué par le concert scolaire qu’il vient de donner ? Parce que le public (entre trente et soixante ans majoritairement) est un peu trop sage ? Parce que Fred Ernst est peut-être un ténor un peu léger pour ce répertoire ? Il nous semble surtout qu’il faut incriminer un groupe qui, dans cette séance, est resté trop introverti : organiste, batteur et bassiste mutiques et guitariste qui s’obstine à faire ses annonces sans articuler et sur les applaudissements. Ah, si chacun avait ferraillé comme Monsieur Moustache, véritable ludion déchaîné sur son tambourin au point de le briser, virevoltant jusque dans la salle, se démenant à l’harmonica et sachant se faire entendre en parlant comme en chantant !

Le Jeu de l’ouïe est un projet tout à fait louable. La réalisation à laquelle il nous a été donné d’assister ne tient pas toutes ses promesses. Nous ne demandons qu’à être convaincus une prochaine fois. 

Jean-François Picaut


Le Jeu de l’ouïe, une production de l’Association des Transmusicales (A.T.M.) et des Champs libres à Rennes

Coproduction : Le Grand Logis (Bruz)

Réalisation des conférences : Atelier des musiques actuelles (Paris)

Site : www.ama.asso.fr

Concert des Spadassins

Avec : Bloody Boulga (basse), Captain Beat (batterie Asba), Docteur Love (Silvertone/chœurs), Fred Ernest (Vox populi), Monsieur Moustache (Biff, bang, pow, chœurs, harmonica) et le Professeur Zorino (Philicorda, Vox Jaguar)

lesspadassins@gmail.com

Le Grand Logis • 10, avenue du Général-de-Gaulle • B.P. 17157 • 35171 Bruz cedex

Le 27 janvier 2012 à 20 h 30

Réservations : 02 99 05 30 62

Durée : 2 h 30

Entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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