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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Lumineux Le Louët dans un « Horla » hors-pair
Après un détonant « Hot House » de Pinter l’an passé à Avignon, un « Macbett » endiablé en tournée, Jérémie Le Louët et sa Compagnie des Dramaticules créent un « Horla » fascinant et inquiétant au Petit Chien. Seul en scène, il se livre à une performance d’acteur d’une éblouissante maîtrise.
« C’est une œuvre d’imagination qui fera passer plus d’un frisson dans le dos, car c’est étrange », prévenait Maupassant en exergue au Horla, ce journal intime fantastique relatant l’emprise d’une présence invisible – le Horla – sur son narrateur. Souvent qualifié d’autobiographie prémonitoire à ce Maupassant devenu fou, la nouvelle traite non tant de la folie que du motif du double, du « hors-là ». Le double, cette figure de l’étrangeté qui nous hante au dedans, interlocuteur fictif dialoguant avec soi, le double, ce metteur en scène-comédien dirigeant le comédien-metteur en scène, lorsque l’un et l’autre sont confondus, comme ici. Car Jérémie Le Louët s’est lui-même mis en scène, avec une maîtrise remarquable, car tout, de la scénographie, des déplacements et de la technique vocale, est au cordeau. Avoir ce regard distancié vis-à-vis de soi, de soi-même comme un autre, épate. « Je ne me regarde pas jouer, mais je me surveille », affirme le comédien. « Dans le Horla, c’est l’acteur qui dirige. »
« le Horla » | © Cie des Dramaticules
Et quelle direction ! Mise à l’épreuve du texte, essai de résonance, l’acteur en éprouve la résistance. Diction parfaite, tantôt vociférant, tantôt murmurant, véloce ou lent, agité, frénétique, las, timbre changeant, ton « blanc », comme il est des écritures blanches, ou joyeux : Me Le Louët chante une partition littéraire heurtée, nerveuse, vivante en somme. Son jeu est un manifeste théâtral, une lettre au jeune acteur qu’il exhorte à réveiller « nerfs et cœur », un hommage à Maupassant dont on découvre la parfaite prosodie.
La scénographie, constituée d’une chaise pivotante montrant tantôt une face tantôt l’autre – celle des MM. Jekyll et Hyde –, d’un pupitre de lecture, d’une échelle où l’on se perche, symbolise plus qu’elle ne montre, cohérente avec la tonalité fantastique de la nouvelle. Le jeu de lumières particulièrement soigné de Jean-Luc Chanonat baigne l’ensemble de la scène dans une pénombre tachée de halos, de clairs-obscurs inquiétants, de flous, trouée par la brillance des yeux de jais du comédien. Récital cauchemardesque lumineux, le Horla de Jérémie Le Louët fait passer plus d’un frisson dans le dos. Frisson d’effroi ? Oui-da. Frisson d’admiration aussi devant l’impeccable performance d’un artiste doué. Bref, frisson d’ovation. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Voir aussi la critique de Mathilde Penchinat pour les Trois Coups
Le Horla, de Maupassant
Compagnie les Dramaticules • 42-44, rue Cauchy • 94110 Arcueil
01 55 01 04 53 | 06 99 38 15 30
Jérémie Le Louët, directeur artistique | j.lelouet@dramaticules.fr
Séverine Rozet, administratrice de production | s.rozet@dramaticules.fr
Noémie Guedj, chargée de diffusion | n.guedj@dramaticules.fr
Adeline Lyszyk, chargée de développement | a.lyszyk@dramaticules.fr
http://www.dramaticules.fr/accueil
Interprétation et mise en scène : Jérémie Le Louët
Lumières : Jean-Luc Chanonat
Son et régie : Simon Denis
Le Petit Chien • 76, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 89 49
Du 8 au 31 juillet 2010 à 22 h 15
Durée : 1 heure
17 € | 12 €
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