ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Pierre Kretz, vigie de l’Histoire
Francis Freyburger interprète « le Gardien des âmes », pièce adaptée du roman de l’auteur alsacien Pierre Kretz. Œuvre éminemment touchante à voir à La Manufacture durant le Off d’Avignon 2012.
Un vieil homme parle dans le noir. Il s’est enfermé dans sa cave. Jamais remis de la mort de ses parents – celle de
son père mort en Russland, celle de sa mère devenue folle –, il est, par son histoire individuelle, la voix du peuple alsacien et au‑delà, de toute personne victime directe ou indirecte
des guerres. L’œuvre montre qu’on ne sort pas indemne d’une rencontre avec l’Histoire, et que ses marques restent longtemps après dans les consciences. La spécificité de l’identité alsacienne,
ballotée au gré des victoires et des défaites de l’Allemagne et de la France, rend encore plus sensible l’identité défaillante du vieillard. Toujours coupable, toujours gêné d’être le seul
survivant, il en arrive, au seuil de la mort, à cesser de vouloir oublier. Il se réfugie dans sa cave et devient le gardien des âmes des hommes tombés sur le front russe et le porte‑parole de
toutes ces femmes qui ont vieilli sans père, sans frère et sans époux à leurs côtés.
Le sujet est émouvant, et le comédien rend perceptible avec un jeu fort délicat la détresse du personnage sur le fil de la folie. Quand il évoque sa famille, ses amis, l’instituteur marseillais, etc, il fait revivre tout un monde oublié. Il rend avec d’infinies nuances le désarroi du personnage, son errance, tout un arsenal d’émotions et raconte tout cela avec la voix de la pudeur et avec la sincérité d’un vieil homme qui n’a plus rien à cacher.
Vers l’apaisement
Le dispositif scénographique – un fond tendu de noir et une toile transparente à l’avant pour la projection vidéo –, soutenu par une semi‑pénombre, crée une atmosphère onirique. L’homme semble parler de loin, comme une voix qui va bientôt s’effacer et qu’il est nécessaire d’écouter. Il faut dire aussi que le spectateur est absolument subjugué par la projection vidéo, courant sur toute la largeur du plateau et jouant en surimpression avec le comédien sur le plancher surélevé. L’effet est absolument magnifique, telle la vue du vieillard couleur sépia fondu sur un visage en gros plan en noir et blanc. Les séquences filmiques sur l’écran montrent le parcours d’un homme qui va vers l’apaisement. De beaux moments, d’ailleurs, que ceux des cimetières quand la table est dressée en l’honneur des morts, ou quand le vieil homme orne les croix de vêtements pour se sentir entouré de vivants. L’œuvre est touchante parce qu’elle est simplement vraie, touchante encore par l’interprétation de Francis Freyburger. Très beau moment qui n’est pas sans rappeler, avec beaucoup plus d’apaisement, le sujet de la Chambre verte de François Truffaut. ¶
Fatima Miloudi
Les Trois Coups
Le Gardien des âmes, de Pierre Kretz
Édition La Nuée bleue, 2009
Texte et traduction dialectale : Pierre Kretz
Adaptation et mise en scène : Olivier Chapelet
Interprétation : Francis Freyburger
Scénographie : Emmanuelle Bischoff
Images : Gontran Froehly
Lumières : Stéphane Wolffer
Musique : Olivier Fuchs
Costumes : Mechthild Freyburger
Régie générale et son : Olivier Songy
Régie lumières et vidéo : Stéphane Wolffer et Camille Flavignard
Production : O.C. & Co, compagnie de théâtre
Coproduction : Ville de Strasbourg
La Manufacture, salle Patinoire • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 12 71
Du 8 au 27 juillet 2012 à 18 h 45, relâche le 17 juillet 2012
Durée : 1 h 40 (trajet navette comprise)
17 € | 12 € | 6 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires