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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 18:47

« Mater le ciel par tous les côtés »


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


« Désir de l’humain », d’Eugène Durif : le titre vaut à lui seul une promesse. De l’humain en chanson et par le petit bout de la lorgnette, du bonheur et des histoires de cœur : tous les chemins de ce modeste cabaret d’amis mènent à l’homme. Ce quatuor tendre et littéraire a le souffle rabelaisien, le musette facile et la décontraction des guinguettes.

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« le Désir de l’humain » | © D.R.

Le bonheur personne n’ira le chercher avec les dents ni avec les bons sentiments. Eugène Durif, pour ses comparses musiciens, prévient : le bonheur, le poète ne sait pas trop quoi en dire. Contrebasse, trompette, accordéon et chant : leur musique à tous quatre c’est l’antimélodie du bonheur, une comédie humaine musicale, sans l’optimisme ni la gaieté béate « des cons et des ravis de la crèche ». Leur credo, c’est plutôt l’esprit de révolte d’Urgent crier de Benedetto, le « morceau suicidaire hongrois » les Sombres Dimanches (interdit, selon la légende, dans les établissements de Budapest, craignant de pousser leurs clients au suicide) et l’humour noir de Stanislas Rodansky, une comète surréaliste.

Karine Quintana, qui époumone son accordéon dans les bals, au cirque et sur scène, est l’instigatrice de ce tour de chant, dont Eugène Durif s’est fait le complice et l’auteur. Il a puisé dans ses textes anciens et dans des plus récents, allant piocher aussi des joyeusetés dans la Pochade millénariste, parue à l’orée de la fin des temps, en 2000. Orchestrant du bout de sa plume une drôle de « fête de gueux » et son carnaval bouffon, Eugène Durif a du sang surréaliste, une enfance passée à l’école Antonin-Artaud et une formation en philo : bref, de la suite dans les idées, claires et moins claires, mais tout à « l’invention subtile du vent explosif » (voir la reprise de C’est la faute à Rabelais, du 14 novembre au 30 novembre 2013 à L’Athénée - Théâtre Louis‑Jouvet).

S’il se frotte avec ses compagnons de la chanson, et sans jamais se débiner, à cette épineuse question du bonheur, essayant de « rire du peu que nous sommes », c’est qu’il essaie « d’au moins chuter un peu plus haut que terre ». Cinq combines olympiques et dionysiaques pour réussir cette modeste prouesse :

1. Prendre de la graine des Anciens, de Rabelais à Jarry, et botter au cul les « souffreteux bien enflés » et de « cafards empantouflés », sans oublier de rendre un hommage piquant aux « princes qui nous gouvernent ». Ex. : pratiquer le lancer de pintade, un soir dans la cour d’honneur du palais des Papes, lors d’une représentation d’un ballet de Béjart. Vous l’avez rêvé ? Durif l’a fait, foi d’anecdote.

2. Bannir l’esprit de sérieux et rire du peu que nous sommes, ensemble. Théâtre ? « Lieu où des gens tout seuls se rassemblent pour célébrer leur solitude tous ensemble, et tenter de danser sur le malheur. »

3. Avoir en tête que le bonheur est volatile : approchez-le et déjà il file entre les doigts.

4. Garder le rythme et même temps que la mélodie.

5. Jamais tout à fait perdre « le fil de son cœur » et tenir rebelle le « petit souffle asthmatique » de son âme.

Âme qui vive ! pourrait bien être le mot d’ordre de ce quatuor à cœur, qui gagnerait à rôder les voix, à arranger un brin les arrangements – un spectacle moins parlé et plus swinguant ? – histoire de nous faire parfaitement entrer dans cette danse des vivants ; leur valse à mille temps n’a qu’une ambition, humaine trop humaine évidemment : ne pas se laisser abattre et « mater le ciel par tous les côtés ». 

Cédric Enjalbert


Le Désir de l’humain, spectacle poétique et musical d’après des textes d’Eugène Durif

Cie L’Envers du décor

www.cie-enversdudecor.com

Chef de troupe : Jean-Louis Hourdin

Composition : Karine Quintana

Avec : Eugène Durif, Karine Quintana, Bruno Martins et Nathalie Goutailler

Lumières : Fabien Leforgeais

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 24 51

Du 6 juillet au 28 juillet 2013, relâche le 17 juillet

Durée : 1 heure

22 € | 15 €

Reprise de C’est la faute à Rabelais du 14 novembre au 30 novembre 2013 à L’Athénée - Théâtre Louis‑Jouvet à Paris

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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