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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 15:48

Alain Leclerc fait trembler

la mort


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Alain Leclerc impressionne dans « le Dernier Jour d’un condamné », avec un jeu à la démesure toute hugolienne.

Ce ne sont pas moins de trois adaptations du roman de Victor Hugo qui sont cette année à l’affiche dans le Off d’Avignon. Dans cette œuvre se côtoient un rendu réaliste des états d’âme d’un condamné à mort vivant ses dernières heures et une distorsion, une posture grimaçante, qui teinte l’ensemble du récit d’un ton grinçant plutôt que pathétique. C’est cette dualité que l’on retrouve dans l’interprétation d’Alain Leclerc. Celui-ci, qui se condamne sur toutes les scènes de France et de Navarre depuis maintenant quinze ans, offre pourtant un solo d’une belle vitalité.

Le texte de Hugo a été habilement adapté par Jean-Marc Doron. Comme dans le roman, on ne connaît pas le crime du condamné. Le texte comme la mise en scène mettent au contraire l’accent sur le condamné en tant que fils, mari et père. Les accents déchirants de cet homme qui va laisser tant de dévastation autour de lui sont toujours aussi convaincants, plus de cent ans après. Alain Leclerc joue donc à la fois l’homme vulnérable, anéanti par la tristesse, et le commentateur souvent cynique de lui-même et de la société.

dernier-jour-dun-condamne

« le Dernier Jour d’un condamné » 

C’est ainsi que le visage du comédien se fend parfois d’un sourire qui se transforme en rire horrible. La mort, ça le fait bien marrer : nous, moins. Mais c’est là la façon hugolienne, « hénaurme » mais efficace, de poser les lecteurs face à leurs responsabilités. Ici, les spectateurs sont tour à tour dans une position extérieure et partie prenante de l’histoire : les badauds venus se distraire avec l’exécution du condamné, c’est nous…

Alors, on a beau se distancier parfois de ce ton exagéré, hyperbolique, on ne fait pas le malin quand le condamné abandonne enfin son cynisme et se laisse aller, en désespoir de cause, à implorer sa grâce à genoux, ni a fortiori quand il pose sa tête sur le billot. Alain Leclerc est vraiment superbe dans ces moments-là, très émouvant.

Avant cela, sa vigoureuse interprétation abuse toutefois du contraste entre des passages dits d’une voix profonde et suave, une de ces voix envoûtantes comme on en entend peu, et des éclats de voix qui font bondir le spectateur de sa chaise. On veut sans doute réveiller, dans tous les sens du terme, les esprits et la conscience du public. Le procédé est là aussi certes efficace, mais répétitif. Peu importe, le message passe, généreux, toujours d’actualité, porté par un comédien à la hauteur. 

Céline Doukhan


Le Dernier Jour d’un condamné, d’après Victor Hugo

Théâtre dans la nuit • la Grille dorée • Chanteloup • 37400 Amboise

02 47 30 49 52

tdnuit@wanadoo.fr

www.tdnuit.net

Mise en scène et adaptation : Jean-Marc Doron

Avec : Alain Leclerc

Lumières : Nabir Mérabet

Voix : Élisabeth Boulanger

Enregistrement : Studio Vert foncé-Tours

Conception graphique : Jean-Pierre Dubois

Musique additionnelle : Shérémétiev-chœur russe

Au magasin • 31, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 26 02 78

Du 8 au 31 juillet 2010 à 15 heures

Durée : 1 heure

16 € | 11 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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