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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Mystère bouffe : tréteaux d’utilité publique
Au Lavoir moderne parisien se donnait jusqu’à samedi dernier « le Départ de Christophe Colomb », dernier projet en date initié par la Compagnie du Mystère-Bouffe. Il s’inscrit dans la continuité d’une réflexion sur la confrontation des cultures, un sujet intemporel qui nous concerne tous. Le choix de la commedia dell’arte permet, dans cette gravité du fond, de traiter la forme avec une énergie, un humour et un dynamisme impressionnants.
De Torquemada et de l’œuvre jamais jouée du vivant de Victor Hugo, on ne trouve presque que des bribes, comme si
l’intérêt n’était pas là, ou plus exactement, pour reprendre un vocabulaire de commedia, comme si l’intrigue hugolienne ne représentait qu’un canevas, un point de départ d’une tout autre
histoire. À la fin du xve siècle, Ferdinand d’Aragon entreprend de chasser le sultan Boabdil du royaume de Grenade. Victime de cette
invasion, Myriam, une jeune juive entreprend d’accompagner Christophe Colomb dans sa découverte des Indes pour fuir la violence des hommes et trouver une terre où son peuple pourra fuir
l’Inquisition. Entre-temps, évidemment, le roi Ferdinand sera tombé amoureux de la protégée du capitaine, lui-même en quête de pouvoir et éperdument amoureux, secondé par son valet Pulcinella,
amant secret de la jeune Myriam susnommée. Vous êtes un peu perdus ? C’est normal puisque là n’est pas l’objectif du Mystère bouffe.
De fait, une impression transpire de ce spectacle et transcende le nœud que forment ces intrigues : celle d’un grand espoir, celui de la découverte de l’Amérique, dont on sait bien qu’il aboutira à une nouvelle conquête et, par conséquent, à de nouveaux chocs culturels. À travers plusieurs complaintes dites sur une musique traditionnelle indienne, le spectacle s’achève sur un autre registre et s’ouvre vers d’autres perspectives plus graves. Le Départ de Christophe Colomb est, en ce sens, un spectacle intelligent où le rire populaire côtoie la cruelle ironie de l’Histoire.
Des « acteurs à tout faire »
Dans un courant d’air permanent, six comédiens accompagnés d’un musicien font tressaillir ce beau moment de divers accidents, éclats de rire, acrobaties en tout genre. Leur mérite est grand, puisque ces « acteurs à tout faire » parviennent à créer des ambiances très précises avec un minimum d’accessoires. La pantomime, les combats à l’épée, les acrobaties : les protagonistes savent décidément tout faire. Saluons ici la performance impressionnante de Jean-Bernard Ekam-Dick, qui campe un Pulcinella hyperactif insufflant au spectacle une énergie revigorante. Mais ses acolytes ne sont pas en reste, à l’instar de Benoît Turjman, excellent capitaine, de Mathilde De Groot Van Embden, impeccable, armée d’un violon comme d’un masque, et de Stephan Le Forestier dont la sincérité exacerbée provoque l’hilarité dans la cruauté des personnages qu’il incarne.
Le Départ de Christophe Colomb sera présent cet été au Off du Festival d’Avignon. Sans vouloir déprécier la qualité du Lavoir moderne parisien, espace culturel indispensable du quartier de la Goutte-d’Or, on souhaite néanmoins à la Compagnie du Mystère-Bouffe de se produire dans un lieu où ce spectacle peut davantage respirer, idéalement en plein air. Histoire peut-être de mettre encore plus en évidence les talents de bonimenteurs de ses comédiens et l’importance de la commedia dans l’universalité d’un tel projet. ¶
Victorien Robert
Les Trois Coups
Le Départ de Christophe Colomb, de Nelly Quette et Gilbert Bourébia, d’après Torquemada, de Victor Hugo
Compagnie du Mystère-Bouffe • 23, rue André-Jouaneau • 93310 Le Pré-Saint-Gervais
01 48 40 27 71
diffusion.mystere.bouffe@wanadoo.fr
Mise en scène : Nelly Quette et Gilbert Bourébia
Avec : Benoît Turjman, Mathilde De Groot Van Embden, Stephan Le Forestier, Sofia Lopez Cruz, Florencia Avila, Jean-Bernard Ekam-Dick et Julio Arguedas Arancibia
Direction musicale : Manuel Anoyvega
Chant choral : Marouan Mankar-Bennis
Pantomime : Benoît Turjman
Costumes : Johanna Avorel
Combats : Bob Heddel Roboth
Chorégraphie : Nelly Quette
Masques : Stefano Perocco
Acrobaties : Sofia Lopez-Cruz
Lavoir moderne parisien • 35, rue Léon • 75018 Paris
Réservations : 01 42 52 09 14
Du 17 au 20 février 2010, jeudi et vendredi à 14 h 30 ; mercredi, jeudi, samedi à 20 h 30
Durée : 1 h 20
15 € | 10 € | 5 €
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