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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 21:11

À tout moment, ça peut chémar


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Samy Ameziane, alias le Comte de Bouderbala, débarque dans la salle voûtée du Petit Gymnase pour un stand-up malicieux et posé. Dans son collimateur : l’Éducation nationale, le rêve américain et les problèmes de syntaxe des rappeurs. Un menu original, souvent drôle, qui pèche malgré tout par le caractère inégal de ses textes et une interprétation en dents de scie.

comte-de-bouderbalaL’entrée est fracassante. Une musique de cirque ridée et criarde accueille la petite foulée du comique, affublé pour l’occasion d’un chapeau de bouffon à grelots. Prenant une voix de nez perchée, le Comte de Bouderbala compose alors un premier personnage hybride entre comique troupier et clown hystérique. Deux ou trois blagues volontairement vaseuses permettent de briser la glace avant d’entrer dans le vif du sujet.

La forme adoptée est celle du stand-up, « le debout » comme se plaît à l’appeler cet ancien du Jamel Comedy Club. Mais loin des diktats de rythme imposés par le genre, Samy Ameziane développe ici une tchatche tranquille qui prend la mesure du silence. Il parvient à s’affranchir de certains tics malheureux souvent inhérents au format : logique de production de la vanne (toutes les quarante secondes), humour communautaire, interprétation des personnages quasi inexistante… Cette liberté donne un certain souffle au spectacle. Elle se ressent dans le ton et dans l’originalité des thématiques abordées.

Envolées lyriques survitaminées

Côté rythme : rien à dire. Cet humoriste, connu pour avoir fait les premières parties de Grand Corps malade, aura sans doute hérité la science du slam. Des transitions aiguisées zappent entre conversation paisible et envolées lyriques survitaminées dans un joli yo-yo des tonalités. Parmi les temps forts du spectacle, on pense aux funérailles de Kiki le Fada, supporter de football de son état, et surtout à l’hilarant décryptage des textes de rappeurs comme Sefyu ou Booba.

Mais passés ces élans désopilants, le texte reste figé sur certaines facilités d’écriture. Le comique n’évite pas les pièges de l’humour trop référentiel en s’attaquant aux séries françaises et en cédant à la tentation du name-dropping *. Dans son viseur, les personnalités du petit écran défilent. De Roger Hanin à Mimi Mathy, tous les ringards du P.A.F. en prennent pour leur grade. Avec comme toujours quand on tire sur une ambulance, ce sentiment étrange de déjà-vu.

Champion de l’autodérision

On passera aussi sur certaines séquences hasardeuses comme ce sketch bourré de clichés sur la Gaypride et on regrettera une interprétation parfois trop appuyée. Mais le show, bien que très inégal, laisse une impression positive. Un sentiment qui repose en grande partie sur l’énorme coefficient sympathie dont jouit l’humoriste. Yeux bleus goguenards, sourire complice et force tranquille, il se décrit lui-même comme « le seul Arabe avec une tête de Portugais… et un corps de Turc ! ». Ce champion de l’autodérision revient par bribes sur un parcours professionnel et personnel fascinant, qui à lui seul aurait pu être le fil rouge du spectacle.

Tour à tour basketteur, professeur ou slameur, le Comte de Bouderbala (traduire : comte des Désargentés) a vécu entre les États-Unis, l’Algérie et Saint-Denis. Et, malgré une volonté affichée d’être grinçant, on sent chez lui une bienveillance et une ouverture d’esprit infinies. On regarde son T-shirt rouge étriqué où l’on peut lire les mots « ça peut chémar ». On pense d’emblée au texte de Grand Corps malade et de John Pucc’Chocolat. Un texte d’une beauté et d’une puissance inouïes sur l’infini des possibles. On réalise que ce bonhomme a dû traverser la toundra avant de pouvoir jouer au Petit Gymnase ou dans les Comedy Clubs de Manhattan. Comme quoi « Sur la pendule des acharnés, à tout moment ça peut chémar ». 

Ingrid Gasparini


Name-dropping : inclusion massive dans une œuvre de nom de personnes célèbres.


Le Comte de Bouderbala, de et avec Samy Ameziane

www.lecomtedebouderbala.com

Théâtre du Gymnase, studio Marie-Bell • 38, boulevard Bonne-Nouvelle • 75010 Paris

http://theatredugymnase.com

Réservations : 01 45 23 19 24

Du 15 octobre au 31 décembre 2009

Les jeudi, vendredi et samedi à 21 h 30

Tarif unique : 18 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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