Cirque sur le fil du rasant
Dans « le Cirque », Sylvie Jobert nous offre un moment assez inattendu et assez déroutant. Appuyant sur la poésie d’un texte malheureusement un peu oublié, elle réalise ici un seul en scène qui, malgré la beauté de la langue et la recherche d’un certain esthétisme scénique, reste assez inaccessible.
oir un spectacle comme le Cirque soulève bien des questions chez l’amoureux du théâtre et de ses multiples expressions. Sommes-nous trop habitués à voir des pièces plus
accessibles, plus orientées vers le public, plus commerciales en somme ? Ou bien le Cirque, en allant à rebours de tous ces codes, ne tire-t-il pas trop sur le fil fragile de
l’attention du spectateur ? Comme assise entre deux chaises, l’assistance semble, d’une part, s’ennuyer ferme, d’autre part, essayer d’atteindre la beauté de la pièce.
C’est en effet d’une belle pièce qu’il s’agit. Chaque mot du texte de Ramuz trouve une résonnance dans la bouche de Sylvie Jobert, dont on devine dès les premières minutes les grandes qualités de comédienne. Elle nous raconte l’histoire de Miss Anabella, funambule travaillant dans un cirque venu s’installer, le temps d’une soirée, dans une petite ville. Le cirque sous son chapiteau succède ainsi au cirque des hommes, ces hommes « posés les uns à côté des autres », qui trouvent un moment le moyen de combler leur solitude et d’échapper à leur routine en s’élevant un peu au rythme de la fil-de-fériste. De fait, Ramuz insiste avec poésie sur la lourdeur de l’être, son inertie dans le monde, les raisons de sa présence ici et pas ailleurs, et sa finitude.
« le Cirque » | © D.R.
Sur la scène, plongée la plupart du temps dans une semi-obscurité, Sylvie Jobert a décidé de convoquer des éléments simples, liés à l’enfance, tels qu’un masque de chef indien, un jeu de fléchettes ou une robe de fillette. Après coup, après avoir bien réfléchi, on comprend bien où la comédienne veut aller, vers un rappel de l’émerveillement de l’enfance, l’hommage aux artistes et à leur travail. Mais la multiplication des effets, conjuguée à un texte complexe qui porte en lui une foule d’images et d’interprétations, laisse perplexe. C’est à se demander si la voix seule de la comédienne n’aurait pas suffi à mieux comprendre les mots de Ramuz. À force de nous montrer mille choses différentes, notre attention tangue et finit par se perdre en chemin.
En définitive, le plus grand mérite de Sylvie Jobert est d’être une passionnée mettant son talent au service d’un texte qui l’habite. Néanmoins, son spectacle n’est pas à la portée de tous. Un choix qu’elle semble assumer, si l’on en croit sa note d’intention : « Les croyants l’entendront d’une oreille et les athées, qui n’en ont pas moins une âme remuante et interrogeante, de l’autre ». Attention cependant à ne pas devenir sourd. ¶
Victorien Robert
Les Trois Coups
Le Cirque, d’après la nouvelle de Charles-Ferdinand Ramuz
Théâtre du Néon • 123, rue Saint-Maur • 75011 Paris
06 61 18 19 94 | 01 42 51 19 94
Conçu et interprété par Sylvie Jobert
Collaboration : Dominique Laidet
Lumières : Karim Houari
Décor : Daniel Martin
Costumes : Anne Jonathan
Accompagnement : Pascale Henry
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Du 20 janvier au 20 février 2010, du mardi au samedi à 19 heures
Durée : 50 minutes
22 € | 15 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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