Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 13:33

Cirque sur le fil du rasant

 

Dans « le Cirque », Sylvie Jobert nous offre un moment assez inattendu et assez déroutant. Appuyant sur la poésie d’un texte malheureusement un peu oublié, elle réalise ici un seul en scène qui, malgré la beauté de la langue et la recherche d’un certain esthétisme scénique, reste assez inaccessible.

 

lettrine-didot-102pt-V.gif oir un spectacle comme le Cirque soulève bien des questions chez l’amoureux du théâtre et de ses multiples expressions. Sommes-nous trop habitués à voir des pièces plus accessibles, plus orientées vers le public, plus commerciales en somme ? Ou bien le Cirque, en allant à rebours de tous ces codes, ne tire-t-il pas trop sur le fil fragile de l’attention du spectateur ? Comme assise entre deux chaises, l’assistance semble, d’une part, s’ennuyer ferme, d’autre part, essayer d’atteindre la beauté de la pièce.

 

C’est en effet d’une belle pièce qu’il s’agit. Chaque mot du texte de Ramuz trouve une résonnance dans la bouche de Sylvie Jobert, dont on devine dès les premières minutes les grandes qualités de comédienne. Elle nous raconte l’histoire de Miss Anabella, funambule travaillant dans un cirque venu s’installer, le temps d’une soirée, dans une petite ville. Le cirque sous son chapiteau succède ainsi au cirque des hommes, ces hommes « posés les uns à côté des autres », qui trouvent un moment le moyen de combler leur solitude et d’échapper à leur routine en s’élevant un peu au rythme de la fil-de-fériste. De fait, Ramuz insiste avec poésie sur la lourdeur de l’être, son inertie dans le monde, les raisons de sa présence ici et pas ailleurs, et sa finitude.

 

cirque

 « le Cirque » | © D.R. 

 

Sur la scène, plongée la plupart du temps dans une semi-obscurité, Sylvie Jobert a décidé de convoquer des éléments simples, liés à l’enfance, tels qu’un masque de chef indien, un jeu de fléchettes ou une robe de fillette. Après coup, après avoir bien réfléchi, on comprend bien où la comédienne veut aller, vers un rappel de l’émerveillement de l’enfance, l’hommage aux artistes et à leur travail. Mais la multiplication des effets, conjuguée à un texte complexe qui porte en lui une foule d’images et d’interprétations, laisse perplexe. C’est à se demander si la voix seule de la comédienne n’aurait pas suffi à mieux comprendre les mots de Ramuz. À force de nous montrer mille choses différentes, notre attention tangue et finit par se perdre en chemin.

 

En définitive, le plus grand mérite de Sylvie Jobert est d’être une passionnée mettant son talent au service d’un texte qui l’habite. Néanmoins, son spectacle n’est pas à la portée de tous. Un choix qu’elle semble assumer, si l’on en croit sa note d’intention : « Les croyants l’entendront d’une oreille et les athées, qui n’en ont pas moins une âme remuante et interrogeante, de l’autre ». Attention cependant à ne pas devenir sourd. 

 

Victorien Robert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Cirque, d’après la nouvelle de Charles-Ferdinand Ramuz

Théâtre du Néon • 123, rue Saint-Maur • 75011 Paris

06 61 18 19 94 | 01 42 51 19 94

theatreduneon@gmail.com

Conçu et interprété par Sylvie Jobert

Collaboration : Dominique Laidet

Lumières : Karim Houari

Décor : Daniel Martin

Costumes : Anne Jonathan

Accompagnement : Pascale Henry

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 20 janvier au 20 février 2010, du mardi au samedi à 19 heures

Durée : 50 minutes

22 € | 15 €

Publié dans : Île-de-France | 2009-2010 - Par Les Trois Coups - Réagir ? - Voir les 0 commentaires - Partager    
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