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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 23:26

STAN ou les équilibristes
de l’âme


Par Nicolas Belaubre

Les Trois Coups.com


Le tg STAN est une troupe jeune mais aguerrie, composée de cinq funambules du verbe qui ne se sentent à leur aise que le pied tâtonnant au-dessus du vide, de l’inconnu. Après « Voir et voir » et « les Antigones », ils reviennent puiser leur dose d’adrénaline au Théâtre Garonne, en nous présentant leur nouveau spectacle en français : « le Chemin solitaire », adapté et traduit collectivement de la pièce « Der einsame Weig » d’Arthur Schnitzler.

La compagnie tg STAN, acronyme de Stop Thinking About Names (« Cessez de penser à des noms »), est un exemple de collectif d’acteurs même si elle n’en revendique pas le nom. Refusant les modèles esthétiques préexistants, le dogmatisme de toute mise en scène, la sclérose d’une distribution figée ou encore l’autorité tyrannique d’un metteur en scène, tous ses membres s’accordent pour travailler sans filets ni plan précis, de manière collective et en privilégiant l’improvisation. Bref, en se dévoilant tels qu’ils sont : des comédiens forcément en danger face au public.

Pour sa part, Schnitzler renverse le schéma classique du fils prodigue. Il nous emmène ainsi sur la pente vertigineuse de l’introspection d’un vieux peintre qui, se sentant vieillir, voudrait trouver le réconfort d’une once d’immortalité dans une paternité qu’il a fuie vingt-trois ans plus tôt. La mort des uns et les rêves des autres obligeront le vieil homme, revenant sur son passé, à régler ses comptes non seulement avec ses proches, mais surtout avec lui-même. Par des jeux de doubles et d’oppositions, Schnitzler interroge, entre autres, l’étrange continuité entre misanthropie et humanisme ou le cruel lien de causalité qui unit l’assouvissement du désir et la fuite. Le texte est captivant, lucide, profondément humain et touchant. Un véritable miroir derrière lequel les comédiens se sont effacés avec élégance.

« le Chemin solitaire » | © X. D.R.

Cependant, s’effacer ne veut pas nécessairement dire disparaître. Et c’est là que toute la démarche du tg STAN fait sens. En rompant la logique de la distribution, les comédiens expriment leur volonté de ne pas « psychologiser » les personnages, mais plutôt de recentrer l’attention du spectateur sur cet insaisissable évènement qu’est l’incarnation du verbe. Les rôles passent de bouche en bouche comme on s’échange une chemise, un baiser ou un salut de la main. Les comédiens sont bons, ils se renvoient la balle avec une confiance parfois insouciante et une maîtrise qui viendrait presque démentir la dimension improvisée de leur travail. Il y a bien parfois quelques heurts, par exemple sur la langue française, qui ne leur est pas forcément familière. Mais ce sont ces accidents qui font naître le frisson et qui nous rappellent que les comédiens entrent en scène comme d’autres sautent depuis des ponts.

En revanche, sur scène, c’est la sobriété et la simplicité qui prennent le dessus. Le décor tend au dépouillement. Sur un carré blanc qui s’étale presque sur la totalité du plateau, des éléments d’une cuisine moderne sont disposés avec méthode. Un grille-pain en aluminium, une radio, un robot mixeur… Tout un intérieur moderne, fragmenté, éclaté, toujours selon des lignes de forces claires, matérialisées par les câbles d’alimentation rigoureusement déroulés. De même, la bande sonore est extrêmement minimaliste. Elle se compose seulement de quelques boucles musicales, parfois oppressantes, qui viennent ponctuer les différents actes.

Il est vrai qu’on peut avoir le sentiment d’être confronté à un exercice un peu scolaire. Toutefois, il est indéniable que tous ces efforts tendent vers une sincérité louable, vers un respect de soi et du texte comme du public. En suivant la voie étroite du dépouillement, nos cinq Flamands idéalistes parviennent à mettre à nu tant le comédien lui-même que la nature, ô combien mystérieuse, de ce qui unit le verbe, discours immatériel, avec celui qui le porte, ce fragile être de chair. 

Nicolas Belaubre


Le Chemin solitaire, d’Arthur Schnitzler

Adapté et traduit par le tg STAN

Éditions Actes Sud-Papiers, coll. « Théâtre », 80 p.

Compagnie du tg STAN • Toneelspelersgezelschap STAN • Hessenplein 2 • 2000 Anvers

+32 3 227 13 81 | télécopie : +32 3 231 80 58

info@stan.be

www.stan.be

Avec : Natali Broods, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Nico Sturm et Frank Vercruyssen

Costumes : An D’Huys

Lumière : Thomas Walgrave

Technique : Raf De Clercq, Clive Mitchell et Tim Wouters

Remerciements : Erwin Wurm

Production : tg STAN

Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31000 Toulouse

Réservations : 05 62 48 54 77

Du 16 au 19 novembre 2009 à 20 heures, samedi 14 et vendredi 20 novembre 2009 à 20 h 30

20 € | 16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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