Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 16:03

Les délires du dindon


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


Le cirque Rasposo de la famille Molliens tend un fil entre traditionnel et contemporain. À l’un, il emprunte l’esprit nomade ; à l’autre, la relecture des numéros fondateurs. C’est la mère Fanny qui mène le jeu et met en scène. On avait aimé « Parfum d’Est », on a adoré « le Chant du dindon », un spectacle déjanté où l’émotion naît de l’extravagance.

Sous un chapiteau modeste, et par la taille et dans la forme, comme ceux de ces petits cirques qui s’installent presque en cachette sur les parkings des petites villes, Rasposo offre sa nouvelle production délirante, le Chant du dindon. Se dressent quelques rangées de gradins et des bancs amovibles pour accueillir le plus grand nombre, le sol jonché de vieux tapis dont les points usés racontent la longue histoire de la compagnie, commencée en 1987. Comme dans la tradition, les musiciens occupent une place de choix. Ils jouent du violon, de l’accordéon, de la contrebasse, des airs inspirés par les artistes nomades, par les tziganes. Fanny Molliens met tout ce beau monde en scène.

Grand bonheur des enfants et des adultes

Cela commence par un repas qui dégénère. Les acrobates montent sur les chaises, jonglent avec elles, les empilent pour les escalader. Ils s’unissent pour faire voltiger de mille et une manières la fille,
Marie Molliens, telle une poupée de chiffon. Dans son coin, Vincent Molliens, un échalas dégingandé, à la fois clown et acrobate, se débat avec la table, enchaînant les gags, au grand bonheur des enfants et des adultes, tandis que Julien Scholl grimpe au mât chinois, avec l’agilité d’un ouistiti. Le public applaudit leurs prouesses.

chant-du-dindon

« le Chant du dindon » | © D.R.

Et le dindon dans tout cela ? L’autre soir, il n’a pas chanté, mais il a fait une arrivée très remarquée dans sa charrette de condamné, sous les yeux effarés de la contorsionniste Katell Le Brenn. A-t-elle vraiment peur ? Est-ce une feinte ? En effet, le thème sous-jacent du spectacle est l’illusion. Cela n’est peut-être pas perceptible aux jeunes enfants, qui en bordure de piste, n’en perdent pas une miette. Le Chant du dindon traite aussi de la solitude à l’intérieur d’une troupe, des inimitiés, des jalousies, des peurs, du rêve pour échapper au quotidien. Tout est vrai, tout est faux sur la piste, tout est farce… de dindon ! Alors pourquoi pas une artiste poursuivie par ce volatile qui se gonfle de colère avant de se pavaner près des gradins ? La charrette donne lieu à un numéro très original d’équilibre. Avec son complice
Luca Forte, Katell transcende sa peur sur les barreaux démontés, devenus béquilles qu’ils utilisent comme appui pour leur exhibition
renversante.

Le strip-tease à l’envers

La Compagnie Rasposo ne lésine pas sur les accumulations et les enchevêtrements les plus déjantés. Le contrebassiste est poursuivi par le percussionniste, qui se sert de la table d’harmonie comme grosse caisse. Le musicien tente de fuir, les autres artistes s’en mêlent et s’emmêlent pour former une forteresse imprenable, une sorte de compression de corps humains à la César. Épatant. Autre fil conducteur : la corde. Elle sert à tout : à la magie, à canaliser le public. Aérienne, elle devient trapèze et donne lieu à une série de figures, d’autant plus impressionnantes qu’elles se font au ras des yeux du public. Autre bonheur mémorable : le strip-tease à l’envers par la contorsionniste, charme des spectateurs émerveillés. Et, instant magique, celui où l’immense lustre de cristal s’élève à la coupole, explose en plein vol comme un champignon atomique et se divise comme lors d’une méiose multiple. Les petits lustres deviennent partenaires du jongleur. Le spectacle lui aussi éclate en une sarabande savamment orchestrée.

Des numéros basiques donc, mais tous revisités à la lumière de l’imagination de cette famille formidable. Ajoutez à cela l’absence de paillettes sur les costumes, des petits pulls jacquard de tous les jours pour les uns, une redingote foldingue pour le clown, des dessous affriolants pour la contorsionniste, un short de starlette pour la voltigeuse, créés par Violaine Lambert et Clothilde Muavais. Le minimalisme chez les Molliens devient un art de la sublimation. Deux heures de bonheur intense pour les enfants de 4 à 104 ans. 

Marie-Christine Harant


Le Chant du dindon, de Marie et Fanny Molliens

Compagnie Rasposo • 71390 Moroges

03 85 47 93 72

www.rasposo.net

rasposo@wanadoo.net

Mise en scène : Fanny Molliens

Avec : Marie Molliens, Vincent Molliens, Julien Scholl,
Katell Le Brenn, Bruno Lussier, Jan Oving, Fanny Molliens,
Joseph Molliens, Luca Forte

Musiciens : Alain Poisot, Benoît Keller, Christian Millanvois,
Jacky Lignon

Scénographie : Vincent Molliens

Création costumes : Violaine Lambert, Clothilde Mauvais

Création lumière : Hélène Molliens, Vincent Mignot

Sortie ouest • domaine de Bayssan • 34500 Béziers

Réservations : 04 67 28 37 32

Le 17 décembre à 19 heures, le 18 décembre à 21 heures,
le 19 décembre à 18 heures, le 20 décembre 2009 à 17 heures

Durée : 2 heures

16 € | 12,50 € | 6 €

Tournée :

– 28 au 31 janvier 2010, Annemasse

– 4 au 7 février 2010, Istres

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher