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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 19:34

L’art de la suspension


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Moment hors du temps dans les jardins de la cathédrale Saint-Julien du Mans, avec Vincent de Lavenère et Éric Bellocq en jongleurs-musiciens poètes et virtuoses.

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« le Chant des balles » | © Philippe Cibille

En l’an 2014 de notre ère, toute la ville du Mans est colonisée par le bruit, les voitures, les engins de chantier (d’une nouvelle ligne de tramway). Toute ? Non ! Nichée dans les jardins de l’imposante cathédrale Saint-Julien, une scène accueille pour la deuxième année les spectacles du festival des Chimères. Un décor médiéval idyllique qui semblait tout désigné pour recevoir le tandem formé par Vincent de Lavenère, jongleur, et Éric Bellocq, joueur de luth, lesquels ne sont pas des inconnus pour les lecteurs des Trois Coups.

Vincent de Lavenère [ici et ici] jongle, certes avec des balles, mais surtout avec les genres et les cultures. Il a roulé sa bosse au Laos aussi bien que dans son Béarn natal, et le chistera est pour lui un instrument de jonglage aussi naturel que le piment d’Espelette l’est à tout cuistot du Pays basque.

Quant à Éric Bellocq, ce spécialiste distingué de la musique ancienne a notamment joué au sein de l’ensemble Clément-Janequin et est donc un habitué de la « mise en espace » intelligente et souriante de la musique. Une passion fort ancienne pour le jonglage l’avait amené à se rapprocher de Vincent de Lavenère, lui-même féru de lutherie (il fabrique lui-même ses instruments, dont la citole avec laquelle il joue sur scène). Quelques années plus tard, les voilà arrivés à la 300e représentation (ils ne les comptent même plus) du Chant des balles. Soit un tandem à la Laurel et Hardy – ou plutôt à la Fred Astaire et Gene Kelly, façon Ziegfeld Follies, l’un titillant son compère ahuri pour le plus grand bonheur des spectateurs. C’est que Vincent de Lavenère a un côté danseur. Il ne se contente pas de jongler en lancer des balles en l’air, c’est tout son corps qu’il met en mouvement avec une énergie gracile, comme dans ce long prologue, sorte de numéro d’air-jonglage, à l’instar de l’air-guitare où l’« instrumentiste » se déchaîne sur un instrument inexistant. D’ailleurs, on attend de voir Éric Bellocq dans un numéro similaire d’air-luth qui reste à inventer…

Bref, les amateurs de virtuosité façon « Je-jongle-avec-55‑balles-et-12‑assiettes-en-pédalant-sur-un-monocycle » risquent d’être déçus. C’est plutôt un éloge de la lenteur créative que proposent les deux artistes. Leur spectacle est immédiatement attachant car sans esbroufe : balles et guitares sont leurs seules armes. On n’y trouvera pas, comme dans Paï saï, solo de Vincent de Lavenère, de travail sophistiqué sur une bande-son ou sur les éclairages. Cette forme épurée correspond aussi au défi du plein air, car c’était la première fois que les deux artistes jouaient ainsi leur spectacle. Le Chant des balles a ainsi résonné de fort belle manière dans ces conditions particulières, car il n’était nul besoin d’artifices pour faire ressortir la poétique beauté de ce spectacle hybride, qui s’affranchit avec une totale liberté des genres de la jonglerie, de la musique et du théâtre. Le jongleur se fait ainsi percussionniste à plusieurs reprises, lançant en cadence ses balles sur ces cloches basques qui lui sont si chères, ou bien, jonglant avec des balles pleines et d’autres à grelots, créant des rythmes qui accompagnent avec délicatesse le subtil jeu de luth d’Éric Bellocq – qui, en plus d’avoir composé une partie de la musique du spectacle, a lui-même appris à jongler avec son partenaire et titille habilement la balle a plusieurs reprises. 

Céline Doukhan


Le Chant des balles, de Vincent de Lavenère et Éric Bellocq

Cie Chant de balles • 2, chemin de la Grange • 91190 Gif-sur-Yvette

Mise en scène : Rémi Ballagué

Conception et jonglerie : Vincent de Lavenère

Conception et musique : Éric Bellocq

Scénographie : Bruno de Lavenère

Lumières : Laurent Queyrut

Jardins de la cathédrale Saint-Julien • place du Marché • 72000 Le Mans

http://www.nuitdeschimeres.com/festival-nuit-des-chimeres/

Réservations : 02 43 28 17 22

Le 23 juillet 2014 à 21 heures

Durée : 1 heure

12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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