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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 04:51

Brecht comme un conte !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Un Brecht utopiste, onirique, et optimiste ? Un Brecht à la lisière du cirque et de la poésie ? Ça n’existe pas, ça n’existe pas. Et pourquoi pas ? Fabian Chappuis propose ainsi une jolie mise en scène du « Cercle de craie caucasien », pleine de propositions. À découvrir avec candeur.

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« le Cercle de craie caucasien » | © Bastien Capela

Comme la Bonne Âme du Se-Tchouan, le Cercle de craie caucasien est une parabole. La pièce a ainsi la pureté des contes (il s’agit justement de la récriture d’une légende chinoise). Mais cette simplicité s’accorde à la complexité d’une intrigue gigogne. La pièce s’ouvre en effet sur les débats que mènent deux groupes de kolkhoziens pour déterminer à qui doit revenir la terre : à celui qui la fait fructifier ou à celui qui la possède ? Pour éclairer cette discussion, on en vient à raconter deux histoires liées. La première nous relate les épreuves qu’affronte la fille de cuisine Groucha pour sauver le fils du gouverneur lors d’un soulèvement révolutionnaire, puis son combat pour conserver la garde de l’enfant. La seconde évoque l’étrange juge qui instruit l’affaire opposant mère biologique et mère adoptive. Construction abyssale et théâtre dans le théâtre.

La mise en scène de Fabian Chappuis, sans négliger aucun aspect de la pièce, met en lumière son aspect onirique et merveilleux. Le fin travail sur les lumières de Florent Barnaux nous plonge ainsi dans un doux clair-obscur qui éclaire les visages et le bois, oppose le bien et le mal, et baigne enfin le plateau dans une forme d’irréalité. Les coiffes étranges conçues par Philippe Fargeas transfigurent, quant à elles, les comédiens. Faites d’objets détournés, elles sont comme des postiches qui interdisent l’illusion naturaliste. Il en est de même des marionnettes, si délicatement manipulées ici. Cet art de l’enfance permet précisément de représenter l’enfant éduqué par Groucha à divers âges, sans nous le figurer.

Un cercle de cirque

Mais il est un autre art très souvent associé à l’enfance, qui est surtout convoqué ici : le cirque. En effet, le jeu de Florent Guyot, incroyable de souplesse, y fait songer, comme la scénographie. Cette dernière est pour beaucoup dans le charme de la pièce. Sur scène, deux plans inclinés en bois dessinent et redessinent l’espace. Voici que surgit le palais, puis le pont que doit franchir au péril de sa vie Groucha pour sauver l’enfant, ou encore un cours d’eau au bord duquel se retrouvent deux amants cruellement séparés par la vie. L’espace dépouillé du plateau se met à bruire, et l’on imagine chaque lieu.

Certes, le passage le plus onirique de la pièce, très beau, nous laisse justement un peu songeur, tant on a du mal à le raccorder au reste de la pièce. Certes, les personnages sont des types, des stéréotypes, à tel point que l’on a parfois l’impression que certains comédiens jouent faux. Mais c’est un choix du metteur en scène que de réduire le personnel de la pièce en jouant sur les types, justement. En tout cas, l’humanité des deux protagonistes, Groucha (Stéphanie Labbé) et le juge (Florent Guyot), est ainsi mise en valeur. On apprécie d’autant plus la qualité de leur jeu.

C’est donc un joli cercle, un cercle de cirque, original et candide, que l’on découvrira, si l’on pousse les portes du Théâtre 13 / Seine. L’occasion aussi de réfléchir sur la légitimité, sur le droit du sang et le droit du sol. 

Laura Plas


Le Cercle de craie caucasien, de Bertolt Brecht

L’Arche éditeur

Traduction : Georges Proser

Cie Orten • 5, rue de Turbigo • 75001 Paris

Mise en scène et scénographie : Fabian Chappuis

Avec : Jean-Patrick Gauthier, Florent Guyot, Stéphanie Labbé, Benjamin Penamaria, Agnès Ramy, Boris Ravaine, Jean‑Christophe Laurier, Marie-Céline Tuvache, Élisabeth Ventura, et Éric Wolfer

Assistant à la mise en scène : Philipp Weissert

Musique : Cyril Romoli

Vidéo : Bastien Capela

Chorégraphie : Serge Ricci

Marionnettes et masques : Sébastien Puech et Priscille du Manoir

Coiffes : Philippe Fargeas

Lumières : Florent Barnaud

Production Cie Orten, coproduction Théâtre Victor-Hugo de Bagneux, avec le soutien d’ I.D. Production, de l’A.D.A.M.I, de la S.P.E.D.I.D.A.M.

Spectacle créé en collaboration avec le Théâtre 13 à Paris

Théâtre 13 / Seine • 30, rue du Chevaleret • 75013 Paris

Métro : ligne 14, arrêt Bibliothèque

Réservations : 01 45 88 62 22

Site du théâtre : www.theatre13.com

Du 17 janvier au 3 mars 2013, mardi, jeudi et samedi à 19 h 30, mercredi et vendredi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30

Durée : 1 h 30

24 € | 16 € | 13 € | 12 € | 11 € | 10 € | 6 €

Autour du spectacle :

– dimanche 10 février 2013 : rencontre avec le public et l’équipe artistique à l’issue de la représentation

– jeudi 21 février 2013 à 19 h 30 : café philo dans l'espace cafétéria du théâtre en rapport avec le spectacle dont le thème sera la liberté

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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