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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le cabinet de l’imaginaire
Apparu à la Renaissance, le terme de « cabinet de curiosités » désigne habituellement le lieu où sont entreposées des choses étranges, précieuses et hétéroclites. À cette image, la dernière création de la compagnie dijonnaise Artifice présentée ces jours-ci au Théâtre Nouvelle Génération n’est rien de moins que la rencontre d’une plume, celle de Fabrice Melquiot, avec un imaginaire, celui du metteur en scène Christian Duchange. De cet échange est né un spectacle intergénérationnel, « le Cabinet de curiosités », véritable collection de toutes ces choses et de tous ces objets qui font le théâtre.
Et c’est par un cabinet de toilette que tout commence. En effet, nous sommes dans les loges d’un théâtre quelques instants avant le début de la représentation de Bérénice. Quatre comédiens s’apprêtent, dos au public. Ils échangent à propos de leurs maux de ventre, d’intestins et autres signes manifestes de trac. Dès lors, à défaut de guérir leurs troubles, ils s’enfoncent dans les conduits d’une cuvette de toilette devenue fontaine.
Le spectateur est alors immergé dans cet univers étrange et surréaliste né d’un imaginaire qui s’ouvre à lui. Un monde où « il suffit de dire les choses pour qu’elles existent », où les éléments se transforment sans cesse et les êtres changent continuellement d’identité, comme ne cessent de le faire les quatre comédiens. Le spectateur partage cette quête, véritable chasse aux trésors. Il suit d’île en île les protagonistes, traversant le pays des trous de mémoire, celui des répétitions, des langues étrangères ou encore des comédiens disparus… à la rencontre de nombreux personnages, Mélusine, une sirène, H, et même Sarah Bernard ou encore Louis de Funès. Telles des curiosités dévoilées au public, ce sont les rouages du théâtre qui sont disséminés tout au long de cette pièce.
« le Cabinet de curiosités » | © Michel Fréchaud
La présence d’un pianiste contribue à marquer le rythme de l’aventure. Cette quête est ludique, mais semble parfois effrénée, jusqu’à en faire perdre le souffle même au spectateur le plus averti. Bien que le spectacle s’adresse aux plus de 11 ans, on se demande parfois ce que le jeune public peu comprendre de tout cela. En effet, le procédé de mise en abyme, bien que donnant l’occasion de nombreux rebondissements, est continu. Des niveaux de jeux qui se multiplient à l’infini, associés à la densité du texte, tendent parfois à faire décrocher le spectateur de l’intrigue ou à le faire sombrer dans une relative passivité.
Une imagination sans limites
La mise en scène, quant à elle, est tout à fait séduisante. De magnifiques tableaux ne cessent d’attirer l’œil. Dans cet univers se croisent miroirs sans tain, jeux de transparence, clins d’œil au cinéma. Alice Duchange a créé un décor inventif et ludique, où tout change d’apparence en quelques secondes : un castelet, une cage thoracique géante en relief figurent parmi quantité d’éléments qui témoignent d’une imagination sans limites. Le jeu des comédiens, enfin, volontairement très appuyé, voire maniéré associé à la présence de brillants costumes féeriques (sirène, princesse…) font de ce Cabinet de curiosités un hommage aux différents langages et genres du théâtre.
Le Cabinet de curiosités, comme son titre l’annonce, constitue un véritable musée animé du théâtre. Loin d’une approche pédagogique classique, la Cie Artifice semble avoir gagné le pari d’une forme de théâtre à la fois intelligente, décalée et tout à fait vivifiante. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Le Cabinet de curiosités, de Fabrice Melquiot
Compagnie Artifice • 63, avenue de Langres • 21000 Dijon
03 80 30 12 91
Metteur en scène : Christian Duchange, assisté de Stephan Castang
Avec : Anne Cuisenier, Pascal Delannoy, Alban Martin, Géraldine Pochon, Philippe Poisse, Laure Seguette
Musique : Philippe Poisse
Éclairagiste : Jean-Jacques Ignart
Costumes : Nathalie Martella
Assistée de Frédérique Jay et les ateliers du DMA Costume de Dole
Scénographe : Alice Duchange
Construction décor : Stéphan Castang, assisté de Thomas Bart
Lumières : Jean-Jacques Ignart
Régisseur plateau : Alban Martin
Costumière : Nathalie Martella, assistée de Frédérique Jay
Chargée de production : Virginie Lonchamp, assistée de Céline Dupuy
Collaboration des philosophes Étienne Gruillot et Jean-Philippe Pierron
TNG-CDN • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon
Réservations : 04 72 23 15 15
Mardi 26 janvier 2010 à 19 h 30, vendredi 29 janvier 2010 à 20 heures, samedi 30 janvier 2010 à 20 heures, dimanche 31 janvier 2010 à 16 heures, mardi 2 février 2010 à 19 h 30
Séances scolaires : jeudi 28 janvier 2010 à 14 h 30, vendredi 29 janvier 2010 à 14 h 30, lundi 1er février 2010 à 14 h 30, mardi 2 février 2010 à 14 h 30
Durée : 1 h 15
11 € | 13 € | 14 € | 17 €
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