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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 13:27

Feydeau-do


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Un peu plus d’un an après sa création, « le Bourgeon » de Georges Feydeau est revenu au Théâtre de l’Ouest-Parisien. Malgré une mise en scène de Nathalie Grauwin quasi inchangée et la reconduction de la plupart des comédiens qui avaient fait son succès, le charme de cette pièce a moins bien opéré. Brève dissection d’une petite déception.

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« le Bourgeon » | © Victor Tonelli / Artcomart

Il y a quelque chose de pourri au duché de Bretagne. Malgré tous les soins, tant physiques que spirituels, que lui prodigue sa mère, la très dévote comtesse de Plounidec (Sylvie Debrun), le jeune Maurice (Romain Dutheil) dépérit à vue d’œil. Lui qui était si bon, si doux, si soumis, qui avait emprunté sans ciller le chemin de la carrière ecclésiastique qu’on lui avait indiqué, le voilà frappé de neurasthénie ! Le Dr Vétillé, un médecin militaire appelé à son chevet, découvrira le pot aux roses. Dans la langue truculente et imagée de Feydeau, cela donne : « C’est le bourgeon qui crève de sève jusqu’à éclater ». Aujourd’hui, on dirait, de manière beaucoup moins poétique : ses hormones le travaillent.

Il faut préciser que, dans le monde de Feydeau, au nom du respect que l’on doit à la nature, il n’est pas question de laisser ce bourgeon-là exploser sans tenter d’en soulager la pression. Ce sera l’occasion de brocarder la bigoterie féminine, l’hypocrisie des conventions sociales en général et de l’institution du mariage en particulier, tout en dévoilant une étonnante héroïne en la personne d’Étiennette, cocotte de son état (Anne Girouard). À la verve dévastatrice propre au théâtre de Feydeau s’ajoute ici une dimension mélodramatique véritablement touchante et une élévation d’âme que l’on croirait presque entièrement dénuée d’ironie.

Un problème de courbe énergétique ?

Alors, qu’est-ce qui a pu me gêner ? La distribution des rôles est irréprochable et, mis à part une réserve sur le jeu des deux bigotes, interprétées par Nadine Berland et Sylvie Debrun, qui a eu tendance à me crisper quelque peu, j’ai trouvé tous les acteurs excellents. Romain Dutheil est parfait en ingénu timide inconscient de son charme. Anne Girouard passe avec maestria du registre de la poule gouailleuse à celle de l’amoureuse transcendée par la pureté de ses sentiments. Parmi les seconds rôles, j’ai beaucoup aimé l’énergie et l’humour avec lesquels Cécile Camp a endossé le costume (soviétique) du Dr Vétillé. Sa petite chanson a constitué un véritable moment de grâce (je ne veux pas en dire plus…). Enfin, Stéphane Valensi campe un abbé Bourset – confesseur de Maurice – dépassé, dépité, mais plein d’humanité et d’une subtile drôlerie. La scénographie, si elle est très sobre, est ingénieuse et efficace : un lustre, quatre chaises qui virevoltent et qui se transforment en fauteuil.

Je crois que l’essentiel du problème tient dans la courbe énergétique de la mise en scène de Nathalie Grauwin. La pièce commence très fort, à coup de musique électro et de courses folles. Le premier acte regorge de trouvailles intelligentes (certes souvent axées sur l’explicitation des sous-entendus sexuels contenus dans le texte, voire en en forçant résolument le trait, par exemple en remplaçant un journal libéral par une revue porno). Puis, progressivement, au fur et à mesure que la pièce avance et verse dans le mélo, l’imagination s’épuise, le rythme ralentit. À la fin, la fantaisie a cédé la place à un théâtre classique, statique, qui ne tient debout que par la prestance des acteurs. Lancé à toute vitesse, faute d’avoir bénéficié d’un apport régulier d’énergie, ce Bourgeon arrive au terme de sa course vidé, exténué. On attendait une explosion de vie, on aboutit à la limite de la lassitude et de l’impatience. Sans doute était-il difficile de transcender tout du long cette pièce atypique de Feydeau, située à la frontière de deux genres, et qui finit elle-même par se perdre dans le sentimentalisme sublimé. Heureusement que tout se termine mal. 

Vincent Morch


Le Bourgeon, de Georges Feydeau

Mise en scène : Nathalie Grauwin

Avec : Pauline Belle, Nadine Berland, Olivier Broche, Cécile Camp, Sylvie Debrun, Jean‑Yves Duparc, Romain Dutheil, Marie Fortuit, Anne Girouard, François Godart, Stéphane Valensi

Collaboration à la mise en scène : Marianne Néplaz

Lumières : Jean Grison

Conseil chorégraphique : Sophie Mayer

Décor : Anne Leray et Antoine Redon

Costumes : Claire Risterucci

Effets visuels, magie : Nicolas Audouze

Théâtre de l’Ouest-Parisien • 1, place Bernard-Palissy • 92100 Boulogne-Billancourt

Réservations : 01 46 03 60 44

Site du théâtre : http://www.top-bb.fr/

Du 20 au 22 novembre 2014, à 20 h 30

Durée : 2 h 10 sans entracte

28 € | 23 € | 16 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans Île-de-France | 2014-2015
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