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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 12:40

Un « Barbier » barbant


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


On oubliera vite ce « Barbier de Séville », qui vient de faire l’ouverture du Printemps des comédiens à Montpellier. La mise en scène de Jacques Delcuvellerie tout en lourdeur s’étire pendant plus de trois heures. L’énergie et le dynamisme ne suffisent pas à sauver la représentation de l’ennui.

Beaumarchais résumait ainsi sa pièce : « Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille, un jeune amant plus adroit le prévient, et ce jour même en fait sa femme à la barbe et dans sa maison ». Jacques Delcuvellerie n’a vu que la minceur de cette intrigue. Il l’a traitée au pied de la lettre, comme une farce énorme, sans se soucier de l’écriture de Beaumarchais. Il a choisi de pousser le trait jusqu’à la caricature dans tous les domaines, aussi bien dans le jeu des comédiens que dans leurs costumes ou dans l’univers musical. Le metteur en scène a croisé trop de souvenirs hétéroclites. Il s’est souvenu en vrac de : l’École des femmes, de Molière ; de Funès jouant l’Avare ; Julio Iglesias poussant la sérénade ; Tintin échappé de son album ; la Panthère rose grimpant l’escalier. Trop de citations nuisent à leur efficacité. La scène de la calomnie, par exemple, un pur chef-d’œuvre de finesse, est ici noyée sous les effets. On entend en fond l’opéra de Rossini, tandis que le comédien s’agite de façon désordonnée en chantant sa tirade sur un autre air.

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« le Barbier de Séville » | © Marie Clauzade

Parlons de la musique. Beaumarchais avait écrit une première version chantée du Barbier de Séville. Il était tentant et cohérent de s’appuyer sur la musique. Malheureusement, le metteur en scène noie la pièce dans un univers musical allant de Rossini à la Madelon, en passant par le Petit Vin blanc et Frank Zappa, sans pour autant jouer franchement la carte de la comédie musicale. Bernard Dekaise, excellent, joue en direct du clavecin un peu tout et n’importe quoi, comme on le lui demande. L’anachronisme, le mélange des genres, les citations en tous genres, bien maîtrisées, pourquoi pas ? Généralement, on apprécie ce style de fantaisie. Mais lorsqu’elles se télescopent ou arrivent comme un poil sur le plat à barbe, on s’interroge. Cependant, le travail de la voix est remarquable, et les comédiens guidés par Estelle Marion, leur maître de chant, révèlent bien du talent dans cet exercice.

On est perplexe sur le jeu des comédiens, trop souvent dans l’expressionnisme, dans l’hystérie ou le cabotinage. Rosine, par exemple, n’a plus rien de la délicieuse ingénue, espiègle et désespérée, sous ses dehors de femme au bord de la crise de nerfs, minaudant ou roublarde selon les actes. Bartholo hésite entre Paul Préboist et de Funès. Son rôle de barbon est suffisamment insupportable sans en rajouter. Figaro, plus bondissant que rusé, a recours à des acrobaties pour exister. Quant au comte Amalviva, il se perd sous ses différentes défroques et n’est jamais convaincant. Cependant, malgré ce jeu impossible, presque toujours faux, on devine les tempéraments de Jean-Pierre Baudson, Jeanne Dandoy ou Fabrice Murgia notamment, qui ne demandent qu’à s’exprimer hors de cette farce « cartoonesque ». Au final, un Barbier de Séville bien barbant, loin de la pièce pétillante et brillante de Beaumarchais. Trois heures trente d’ennui, malgré de bonnes intentions et un décor ingénieux. Le Printemps des comédiens est placé sous le signe des Tsiganes. Gageons que Daniel Bedos, son directeur, aura la main plus heureuse avec eux. 

Marie-Christine Harant


Le Barbier de Séville, de Beaumarchais

Collectif Groupov • 2, rue Ransonnet • 4020 Liège • Belgique

32 04 253 61 23 | télécopie : 32 04 90 253 60 94

www.groupov.be

info@groupov.be

Mise en scène : Jacques Delcuvellerie

Assistante à la mise en scène : Françoise Fiocchi

Avec : Jean-Pierre Baudson, Sylvain Daï, Jeanne Dandoy, Axel de Booseré, Bernard Dekaise, Christian Léonard, Fabrice Murgia, Benoît Randaxhe, Alfredo Canavate

Scénographie : Johan Daenen

Costumes : Greta Goiris

Lumières : Philippe Sireuil

Maître de chant : Estelle Marion

Musique : Beaumarchais, Rossini, Denis Pousseur, Ry Cooder, José Lopez Alvarez…

Conception sonore : Jacques Delcuvellerie

Printemps des comédiens • 178, rue de la Carriérasse • 34097 Montpellier

Réservations : 04 67 63 66 66

Du 3 au 5 juin 2010 à 22 heures

Durée : 3 h 30, avec entracte

28 € | 24 € | 13 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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